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ThéâtreSa «Lettre au père» offre à Franz Kafka une séance de psychanalyse

Dans cette production de la Comédie de Genève qui arrive au Pulloff, à Lausanne, le metteur en scène Daniel Wolf adapte une nouvelle fois ce texte phare de la littérature allemande.

En guise de divan, un lit en fer forgé trône sur le plateau du Studio André Steiger. Et à la place de Freud, le metteur en scène genevois Daniel Wolf a eu la bonne idée d’imposer l’écoute de la Lettre au père à son premier destinataire, Hermann Kafka. Même si son fils Franz n’a jamais jugé bon de la lui remettre dans la vraie vie. Pas plus, d’ailleurs, qu’il ne destinait à la publication ce courrier intime devenu posthumement un classique de la littérature allemande.

Au moment où il prend la plume pour régler ses comptes avec celui qui l’a «écrasé» toute son existence durant, l’auteur de La Métamorphose a 36 ans. En 1919, sa toux annonce déjà l’agonie que causera sa tuberculose quatre hivers plus tard. Franz vient de voir annuler son mariage avec Julie Wohryzek par la faute du «tyrannique» patriarche: il lui fait, par voie épistolaire, un procès à la fois redoutable et terriblement révélateur.

Car l’écrivain juif praguois ne sort pas plus indemne du réquisitoire œdipien que l’accusé. En prenant acte des griefs de Franz contre son géniteur, le spectateur – le lecteur – est amené à démystifier quelque peu la psychologie kafkaïenne. A dénicher au gré du soliloque une tendance à la jérémiade, à l’autocomplaisance, voire à la mauvaise foi. Le malaise qui en résulte a conduit Daniel Wolf, exégète familier de l’auteur, à monter, pour la seconde fois dans sa carrière, une Lettre au père qui intègre la parole paternelle. Parole fictive, pouvant sonner creux ici ou là, mais que le vénérable comédien Dominique Catton, fondateur du Théâtre Am Stram Gram, sait rendre crédible.

Trop, peut-être même, car le jeu de son jeune partenaire Jean-Aloïs Belbachir, lui, pâtit par moments, comme son illustre personnage, d’un certain flageolement – pour reprendre une expression du texte. Si bien qu’au terme d’une représentation quelque peu monotone, pour le moins figée dans la forme, c’est bien cette figure de père, «despote et mendiant» à la fois, source de peur et de honte, cible de haine et d’admiration, qui a le dernier mot. Et que son interprète, ainsi que le rôle discret qui lui a été taillé, désigne comme un prévenu que l’histoire se doit d’acquitter. Ce d’autant plus qu’en engendrant chez son descendant un travail d’écriture défini comme «tentative d’évasion hors de la sphère paternelle», il semble qu’il ait rendu un fier service à l’humanité.

Lausanne, Pulloff, jusqu'au 15 septembre. Réservation: 021 311 44 22

(Mis à jour d'un article paru en novembre 2016)

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