Le Lido joue sa dernière scène

LausanneL’aventure de la salle lausannoise, lieu incontournable du stand-up romand et défricheur de talents émergents, se termine samedi avec une soirée réunissant humoristes d’ici et de Paris. Flash-back.

Artistes débutants et confirmés, ici Thomas Wiesel, ont rodé leurs spectacles ou fait leurs premières armes sur les planches de la scène lausannoise depuis 2011.

Artistes débutants et confirmés, ici Thomas Wiesel, ont rodé leurs spectacles ou fait leurs premières armes sur les planches de la scène lausannoise depuis 2011. Image: Laura Gilli

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«Samedi soir, on va tous se pointer sur la scène avec nos meilleures vannes et faire en sorte que cette dernière soirée soit inoubliable.» La Parisienne Christine Berrou, membre de la bande du Jamel Comedy Club, est triste et ce n’est pas une blague. Comme pour la plupart des artistes français et romands du stand-up, débutants comme confirmés, l’annonce de la fermeture du Lido à Lausanne a résonné tel un coup de tonnerre. «On va dépendre la crémaillère avec toutes celles et ceux qui ont habité la salle ces cinq dernières années», promet Thomas Lecuyer, directeur artistique. Le contrat de bail n’a pas été renouvelé. «Les propriétaires du bâtiment veulent le démolir pour construire des bureaux et des commerces», se désole l’intéressé.

Situé à la rue de Bourg, l’ancien cinéma transformé, un temps, en boîte orientale avant de devenir une salle de spectacle (et un night-club en deuxième partie de soirée) a, depuis 2011, ouvert sa scène à tous les humoristes. «L’idée était de créer un Comedy Club, encore inexistant, permettant aux artistes francophones qui n’avaient pas encore beaucoup de notoriété de venir en Suisse roder leurs spectacles. Et d’offrir la scène aux talents émergents de la région. Je voulais que le Lido devienne un lieu de résidence du stand-up romand.»

De Kyan Khojandi à Eddie Izzard

La famille de la petite salle (130 places) s’est agrandie au fil du temps. «Les deux premières années, c’était compliqué car on avait beaucoup d’artistes inconnus. Il nous est arrivé de n’être qu’une vingtaine dans le public. Les trois suivantes, par contre, se sont très bien passées.» Plusieurs humoristes parisiens, aujourd’hui célèbres, ont foulé la scène lausannoise. «Kyan Khojandi devait faire l’ouverture de la salle en 2011. Un mois avant, il a dû annuler car il venait de signer avec Canal + pour la série Bref. Mais il m’a promis qu’il viendrait nous voir. Même après avoir goûté au succès, il a tenu parole et a joué son one-man-show quatre ans et demi plus tard. Il sera là samedi en ami.» Pareil avec Pierre-Emmanuel Barré, chroniqueur sur France Inter et France 2, qui est aussi venu se frotter au public suisse avant de décoller en France.

En Suisse romande, la relève du stand-up – à l’instar de Thomas Wiesel, Marina Rollman, Charles Nouveau ou encore Blaise Bersinger, entre autres – avait élu domicile à la rue de Bourg. «On savait qu’on allait forcément rencontrer un copain ou un autre humoriste. C’était là où on venait boire un verre et qu’on se sentait bien», confirme Thomas Wiesel. La maison a également accueilli des artistes anglophones de haut calibre, tel le célèbre humoriste anglais Eddie Izzard, lors des soirées destinées aux expatriés. Carrefour de genres artistiques souvent oubliés des autres salles, le Lido accueillait aussi de la magie, du burlesque et des comédies musicales. «C’est le seul endroit qui nous a ouvert ses portes et qui nous a permis de mettre sur pied des soirées spéciales comédie musicale une fois par mois», note Aude Gilliéron, en charge de ces spectacles.

Thomas Lecuyer ne s’avoue pas vaincu et prépare l’avenir. Il vient de s’associer avec le CPO, avec qui il fera programme commun pour perpétuer l’esprit du stand-up après la fermeture de son nid de la rue de Bourg.

Créé: 23.06.2016, 10h35

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A voir

Lausanne, Lido
Sa 25 (20 h)
Entrée libre
www.lidolausanne.ch

Christine Berrou, 34 ans

«Thomas Lecuyer, le directeur, m’a découverte en ratissant les salles parisiennes. Il m’a invitée en 2011 à venir jouer 10 minutes de mon spectacle, encore en phase de rodage car j’étais au début de ma carrière. Je n’ai rejoint le Jamel Comedy Club qu’à la fin 2012. Lors de mon premier passage sur la scène du Lido, je n’avais aucune idée où je mettais les pieds. J’ai été soufflée par la beauté des lieux: avec ses tapisseries d’époque, ses sièges dépareillés, j’avais l’impression d’être dans un décor de film de David Lynch. Depuis, j’y suis bien retournée cinq ou six fois, notamment avec mes copines Bérengère Krief, Nadia Roz et Anne-Sophie Girard et le Connasse Comedy Club. Venir en Suisse est comme recevoir un cadeau à Noël. On est toujours bien accueilli par l’équipe comme par le public. A Paris, tous les humoristes connaissent ce lieu et le regrettent déjà.» (Image: François Darmigny)

Thomas Wiesel, 26 ans

«Ma deuxième fois sur scène de ma vie, c’était au Lido, quelques mois après son ouverture: cinq minutes en anglais dans le cadre de l’International Comedy Club. Ma famille était au premier rang. C’était la première fois que des gens avaient payé leur place pour me voir. Un sacré baptême du feu. Depuis, j’ai chopé le virus. Ce lieu m’a fait confiance et m’a permis de m’améliorer. En 2013, pour mon premier spectacle programmé à Morges-sous-Rire, j’ai demandé à Thomas Lecuyer, le directeur, de venir le roder chez lui. Avec cette fois, l’esprit un peu plus calme. Le Lido est un endroit symbolique pour le stand-up romand. Il a réussi à attirer un nouveau public de jeunes qui ne sortaient pas forcément avant. C’est là où l’on vient tester pendant 10 minutes un extrait de spectacle, échanger avec les autres artistes romands ou les Parisiens de passage. Le Lido va vraiment me manquer.» (Image: Sedrik Nemeth)

Nathanaël Rochat, 42 ans

«Il n’y a pas deux salles comme le Lido. Avec sa déco éclectique – on ne cherche pas à faire du style, on fait avec les moyens du bord –, il ressemble à un de ces vieux Comedy Clubs anglais. Polyvalent, l’endroit offre une latitude importante, permettant le grand écart entre humoristes confirmés et débutants. Il y a peu de salles où le directeur propose volontiers sa scène quand il a un créneau de libre. J’y suis venu au moins une fois par mois pendant ses 5 ans d’existence. En 2013, j’y ai même joué mon spectacle un soir pendant 1 h 45. Tant que l’ambiance est là, on ne s’arrête pas. Ça a fini par ressembler à un discours de Fidel Castro. De grosses pointures de l’humour britanniques comme Eddie Izzard s’y sont produites dans les soirées anglophones. C’était surréaliste de le voir ici en vrai alors qu’il joue au cinéma avec George Clooney et passe régulièrement à la télé.» (Image: DR)

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