Passer au contenu principal

CritiqueMarie Fourquet malmène la fonction du «storytelling» à l’Arsenic

«38 séquences» dénonce de façon ludique les normes d’une fiction qui pèse lourdement sur les espoirs de la ménagère de 52 ans

Auteur et metteur en scène de «38 séquences», Marie Fourquet s'amuse d'un monde qui se réduit toujours plus à une fiction formatée.
Auteur et metteur en scène de «38 séquences», Marie Fourquet s'amuse d'un monde qui se réduit toujours plus à une fiction formatée.

Les codes scénaristiques les plus fonctionnels – le fameux «storytelling» – s’imposent actuellement partout, avec une nette préférence pour la politique et le journalisme. La toute-puissante loi des séries – c’est bien de TV que l’on parle – ne laisse donc de répit à personne et surtout pas à la ménagère de 52 ans.

Il faut de l’identification, du rebondissement, du dénouement ou, pour le résumer à la façon des professionnels de la pièce 38 séquences de Marie Fourquet, un «élément déclencheur», une «ligne de désir», des «obstacles» et, finalement, l’arrivée au «réel besoin». Ou pas.

Actuellement présentée à l’Arsenic, la pièce de l’auteur et metteur en scène a choisi de se fondre avec une légèreté cynique et ludique dans le milieu du scénario, qu’elle fréquente elle-même, et où tout est bon pour faire matériau dans la perspective d’une série installée en Suisse et destinée au prime time. Comme vampiriser Madame Bovary et transformer ce brave Charles en expatrié british délaissé par sa femme, tombant amoureux d’une jeune agente immobilière.

Le format de l'absurde

38 séquences doit son titre à un chapitrage échevelé où les scènes se chevauchent, se mélangent aux citations Facebook du jour, et pointent toutes le doigt sur l’absurdité d’une narration formatée, calculée, codifiée à l’extrême et donc paradoxalement toujours plus irréelle malgré son aura de vraisemblance…

Spectacle leste et ponctué de punchlines drolatiques, la pièce tente, à sa façon comique, d’esquisser les retombées d’un monde qui ne veut plus croire qu’à la fiction, à une narration construite comme une publicité bien réglée, sans incertitudes morales et à l’espace de liberté toujours plus réduit.

En conclusion (provisoire?) de cette sarabande de jeunes scénaristes tous très bien rendus par de jeunes comédiens intervient alors l’acteur Roland Vouilloz, improbable incarnation de la fameuse ménagère de 52 ans. Son monologue, tout en inespérée résistance et déploration des dérives télévisuelles, ne suffit pas à dénouer une problématique encore dans la surenchère constante. L’arrêt sur image permet toutefois de suspendre un instant l’addiction croissante à Netflix.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.