Les mausolées de Rimini Protokoll émeuvent à Vidy

«Nachlass, pièces sans personnes» invite le public à une expérience immersive pertinente et sensible autour du thème de la mort et de l’héritage. Critique.

Dans l’espace dédié à Jeanne Bellengi, le public est amené à feuilleter son?parcours à travers les photos prises tout au long de son existence.

Dans l’espace dédié à Jeanne Bellengi, le public est amené à feuilleter son?parcours à travers les photos prises tout au long de son existence. Image: DR

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Encore une fois, le théâtre documentaire et interactif développé par Rimini Protokoll vise juste. Présentée jusqu’à samedi soir, Nachlass, pièces sans personnes – nouvelle création du collectif à géométrie variable basé en Suisse et en Allemagne – entraîne le public dans une immersion émouvante et troublante dans les récits de huit personnes en fin de vie ou confrontées à la question de la mort. Tous parlent d’héritage (Nachlass, en allemand), de ce que l’on veut ou peut laisser après le passage de la grande Faucheuse.

Par groupes et au rythme de portes automatiques qui s’ouvrent et se ferment, le public déambule librement dans un impressionnant dispositif, hyperréaliste et digne d’un funérarium, imaginé par Stefan Kaegi, Grand Prix suisse de théâtre-Anneau Hans Reinhart 2015, et le scénographe Dominic Huber. Aucun comédien. Autour d’une salle d’attente, huit petites pièces, toutes aménagées différemment et avec un grand sens du détail, mettent en scène l’univers et «donnent corps» à l’existence des témoins absents.

D’eux, on découvre leurs visages en vidéo ou l’on entend leurs voix enregistrées. Qui livrent au spectateur des pensées des plus intimes, retracent par bribes des parcours bientôt à terme et invitent, parfois, à interagir avec les éléments du décor pour faire un peu plus connaissance. Chaque témoin a accepté de confier au metteur en scène son rapport à la disparition, les dispositions prises avant le départ annoncé ou souhaité, sa conception de l’existence, aussi. Car si l’on parle de mort, de maladie, de vieillesse, c’est surtout de vie qu’il est question. Avec une force de confrontation et une finesse de restitution des biographies face auxquelles il est impossible de rester insensible.

L’histoire de Jeanne Bellengi – qui vit en EMS à Neuchâtel et dont on feuillette le parcours à travers des dizaines de photographies – touche par la justesse de ses réflexions sur le temps qui passe et la finitude. Les mots et les souvenirs adressés à sa fille par le Genevois Alexandre Bergerioux, condamné par une maladie génétique, bouleversent par la pudeur et la franchise des émotions dévoilées.

L’expérience de perte des facultés cognitives proposée par le Prof. Richard Frackowiak – qui a longtemps travaillé au CHUV et ne supporte pas l’idée de démence – surprend par sa pertinence. Et le cheminent aux côtés de Celal Taypip, Turc qui remonte le cours de son existence pour nous faire vivre le voyage qu’effectuera un jour sa dépouille afin de reposer en terre musulmane, émeut par la sincérité de la démarche. Entre autres énervements face à l’égoïsme et aux prises de risque d’un accro aux sauts en wingsuit, ou regrets que provoquent les rêves non réalisés d’une Française qui a choisi l’euthanasie comme porte de sortie.

Sans jamais virer au macabre ni marteler un message convenu, Nachlass… agit ainsi comme un révélateur. Et rappelle que le compte à rebours court pour tout le monde. Sans échappatoire. (24 heures)

Créé: 23.09.2016, 14h45

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