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Théâtre«Mère Courage» s’essouffle

Servie par une belle distribution, la pièce de Brecht montée par Gianni Schneider pâtit d’une lecture trop prosaïque, malgré de beaux moments. Critique.

Le spectacle est porté par une belle distribution.
Le spectacle est porté par une belle distribution.
MIKE WOLF

«Pourquoi avons-nous besoin de nous raconter des histoires?» En aparté, le comédien Roland Vouilloz entraîne doucement les spectateurs dans le sillage d’Anna Fierling, qui charroie sa carriole sur les champs de bataille alors que rugit la guerre de Trente Ans. L’histoire de «Mère Courage et ses enfants» nous est contée sur un plateau dépouillé. Juste une petite charrette à l’avant-scène et des photos en noir et blanc projetées en toile de fond. Sobres, les premières images augurent un beau spectacle, créé par Gianni Schneider au Théâtre du Jorat et joué la semaine prochaine à la salle Paderewski, à Lausanne. Malheureusement, la pièce ne tient pas ses promesses.

Le théâtre de Bertolt Brecht requiert des choix dramaturgiques assumés, sans concessions. Or la proposition de Gianni Schneider pâtit d’une lecture trop prosaïque de ce chef-d’œuvre composé à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Dénués d’un réel parti pris, les tableaux se déploient dans une monotonie poussive et s’enchaînent sans parvenir à révéler l’intensité du texte. On en discerne à peine la subtile ironie ou les variations stylistiques. Dommage, car la pièce est servie par une belle distribution emmenée par une Emmanuelle Ramu convaincante en Mère Courage pétrie de contradictions. On découvre aussi avec bonheur le talent de la jeune Malya Roman, qui compose une partition tout en finesse dans le costume de Kattrin, la fille muette d’Anna Fierling.

Le spectacle gagne en épaisseur lorsque apparaît Roland Vouilloz. Coryphée bienveillant, lucide observateur de l’action, il offre une respiration bienvenue entre deux tableaux. Ses intermèdes alliant anecdotes et axiomes philosophiques induisent une réflexion sur la femme dans la guerre, les mercenaires, les conflits au nom de la religion, la torture… On frissonne quand il prononce cette sentence de Brecht, soulignant la morale de l’Histoire: «Les hommes n’apprennent rien de la guerre.»

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