Passer au contenu principal

DanseMétamorphoses androgynes au cœur de la tradition ibérique

À Vidy, François Chaignaud et Nino Laisné métissent les figures du répertoire culturel espagnol dans «Romances Inciertos, un autre Orlando». Un joyau baroque aussi envoûtant que flamboyant.

François Chaignaud, virtuose dans «Romances Inciertos, un autre Orlando», pièce chorégraphique et musicale à découvrir à Vidy.
François Chaignaud, virtuose dans «Romances Inciertos, un autre Orlando», pièce chorégraphique et musicale à découvrir à Vidy.
DR

François Chaignaud a cette aura mystique de l’artiste en état de grâce. Ce don d’ensorceler une assemblée par sa simple présence en scène. L’été dernier au Festival d’Avignon, le Cloître des Célestins lui offrait un écrin enchanteur. Mais peu importe le lieu. De mercredi à samedi, le danseur virtuose plongera le Théâtre de Vidy dans ce même état de communion. Joyau baroque, «Romances Inciertos, un autre Orlando» métisse le répertoire culturel ibérique à la croisée des traditions populaires et des motifs érudits. Dans ce spectacle flamboyant orchestré par Nino Laisné se succèdent trois figures androgynes – ou tout du moins ambiguës – incarnées par un François Chaignaud au sommet de son art: celui de la métamorphose.

«C’est la première fois que je cherche à inventer une danse d’incarnation, à la fois anachronique et brûlante d’actualité»

«J’ai toujours pratiqué la danse comme un art de la transformation, de l’invention du corps. Mais c’est la première fois que je cherche à inventer une danse d’incarnation, à la fois anachronique et brûlante d’actualité», confiait-il dans la feuille de salle du Festival d’Avignon. Anachronique parce que le spectacle est ancré dans des figures séculaires et dans des motifs musicaux des XVIe et XVIIe siècles. Mais résolument contemporain dans son exaltation du genre comme territoire à explorer.

Trois figures, donc, traversent ce récital embrasé, découpé en trois actes. Oscillant entre danse et chant avec la même virtuosité, François Chaignaud nous emmène d’abord dans le sillage de la Doncella Guerrera, cette jeune fille partie à la guerre sous les traits d’un homme, paladin se jetant à corps perdu sur les routes de l’Espagne médiévale. L’odyssée se poursuit en compagnie de San Miguel, archange voluptueux et raffiné dont Federico Garcia Lorca a tiré un poème: «San Miguel couvert de dentelles est dans l’alcôve de sa tour, ses belles cuisses en plein jour et des lampions aux jarretelles […].» Apparaît enfin la Tarara, gitane andalouse, mystique et séductrice, elle aussi célébrée par Garcia Lorca, dont le poème est habilement tressé à des fragments de vers du XVIIe siècle, des extraits d’opérette des années 30 ou encore à des couplets grivois donnant naissance à des doutes quant à son genre.

De ce triptyque surgit une autre figure ondoyante, l’Orlando de Virginia Woolf, ce jeune noble anglais se métamorphosant tantôt en homme tantôt en femme, de rêve en rêve, sur quatre siècles. Leitmotiv baroque par excellence, le songe hante ce spectacle sublimé par quatre musiciens et leurs instruments anciens (bandonéon, théorbe, violes de gambe, guitare baroque et percussions historiques). Un bijou.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.