Les mille histoires de la cuisine du «Dragon d’or»

ThéâtreÀ Yverdon, Robert Sandoz monte la pièce de l’Allemand Roland Schimmelpfennig. Rencontre.

Cinq comédiens (Brigitte Rosset, Samuel Churin, Anna Pieri, Joan Mompart et Christian Scheidt) interprètent les vingt-cinq personnages du «Dragon d’or» du dramaturge allemand Roland Schimmelpfennig, dans une mise en scène signée Robert Sandoz.

Cinq comédiens (Brigitte Rosset, Samuel Churin, Anna Pieri, Joan Mompart et Christian Scheidt) interprètent les vingt-cinq personnages du «Dragon d’or» du dramaturge allemand Roland Schimmelpfennig, dans une mise en scène signée Robert Sandoz. Image: STAN OF PERSIA

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Pour Robert Sandoz, le théâtre est une fête. Son mantra? Raconter des histoires. Belles, sombres, caustiques ou tragiques. En un mot, humaines. «Je ne pourrais pas réaliser de documentaires, confie le metteur en scène chaux-de-fonnier. Le théâtre me permet de transcender la réalité, de prendre du recul. Comme un enfant qui, par le jeu, peut digérer des drames.»

L’histoire dont il déroule les fils ce lundi soir (à 20h, puis en tournée romande) au Théâtre Benno Besson, à Yverdon (puis en tournée romande), raconte le quotidien des locataires d’un immeuble comme les autres. S’y croisent sans se connaître des hôtesses de l’air au bout du rouleau, un jeune couple confronté à une grossesse inattendue ou un homme délaissé par sa femme. Au rez-de-chaussée se niche «Le dragon d’or». Ce restaurant thaï-chinois-vietnamien plus ou moins miteux donne son titre à la pièce, composée par le dramaturge allemand Roland Schimmelpfennig (lire encadré). Cinq migrants sans papiers, venus d’Asie dans l’espoir d’une vie meilleure, y mitonnent des soupes poulet-lait de coco-gingembre dans des conditions déplorables et dans l’indifférence générale.

Les rouages du théâtre

Mais Robert Sandoz prévient: «Ce n’est pas un spectacle sur des étrangers qui viennent chercher du travail chez nous. Le récit n’est pas centré sur eux, mais sur eux et nous.» Une fable sociétale, en somme. Il s’interroge: «Pourquoi ne laisse-t-on que les tâches ingrates à ces personnes? Pourquoi des hommes frappent-ils ces femmes asiatiques qui se prostituent? Qu’est-ce que tout cela dit de notre humanité?»

Au-delà du synopsis, le metteur en scène a trouvé dans l’écriture de Roland Schimmelpfennig un écho à son univers artistique. «Ce texte est truffé de questionnements sur les rouages du théâtre. Or, mon travail explore les limites de la scène, du récit, de l’incarnation.» Un exemple: les dialogues et didascalies s’entremêlent sans cesse dans ce «Dragon d’or» qui brouille sans arrêt les cartes de la narration et du jeu. «Il s’agit d’une pièce chorale, résume le chef d’orchestre. Cinq acteurs interprètent les vingt-cinq personnages qui gravitent autour de l’immeuble.»

Dans cette partition rythmée, chaque membre du quintet apporte une touche personnelle, une singularité. C’est à dessein, par exemple, que Robert Sandoz réunit sur scène Samuel Churin, «homme de la parole», et Joan Mompart, saltimbanque à la formidable gestuelle – compagnon de route d’Omar Porras.

«Ensemble, ils apportent une perméabilité productive, c’est passionnant de travailler avec eux.» Il parle de ses interprètes avec une infinie tendresse. «Christian Scheidt et Brigitte Rosset ont joué «La Locandiera», de Goldoni, à eux deux. J’avais envie de confronter cette dextérité à un univers dramatique.» Anna Pieri – lauréate du prix de la meilleure interprétation féminine pour la série de la RTS «Double vie» – complète le tableau.

Retour en répétition

Trêve de bavardage. Il est temps de retourner en répétition. «Le couvercle du wok n’arrête pas de tomber quand je le pose à côté, peut-être que je pourrais le mettre derrière», suggère Brigitte Rosset. Les comédiens s’affairent derrière le plan de la cuisine du Dragon d’or, petite construction carrée posée au milieu du plateau. Des aquariums, des caisses et une enseigne lumineuse complètent le décor. La scénographie joue un rôle primordial dans les spectacles rythmés, visuels et graphiques de Robert Sandoz. Ses dernières créations se déployaient autour de structures métalliques manipulées par les comédiens. Pourquoi ne pas y recourir cette fois-ci? «Ce dispositif avait un lien avec le monde ouvrier. «Le combat ordinaire» (ndlr: adapté de la BD de Manu Larcenet) évoquait la vie d’artisans en crise, et «D’acier», d’après Silvia Avallone, parlait de l’absence de débouchés professionnels pour les jeunes.»

Mais si l’esthétique change, la même interrogation le taraude, toujours: «Comment trouve-t-on une place dans cette société?» (24 heures)

Créé: 27.04.2019, 10h49

Célèbre en Allemagne, peu connu ici

Né en 1967 à Göttingen, Roland Schimmelpfennig est peu connu en Suisse, mais ses œuvres rencontrent un grand succès en Allemagne. Il collectionne d’ailleurs les récompenses dramatiques depuis ses débuts: le Prix Else Lasker-Schüler pour «Poisson pour poisson» en 1997, le Prix Nestroy du meilleur espoir en 2002 pour «Push Up», et celui de la meilleure pièce pour «Visite au père» en 2009. L’année suivante, «Le dragon d’or» est élu pièce de l’année par la revue «Theater Heute».

D’abord journaliste et auteur indépendant, il se forme à la mise en scène à l’École Otto Falckenberg, à Munich. Il fait ses premiers pas dans le monde du théâtre en devenant assistant à la mise en scène puis dramaturge aux Kammerspiele de Munich. De 1999 à 2001, il travaille comme conseiller artistique et dramaturge à la Schaubühne de Berlin, sous la direction de Thomas Ostermeier. Devenu l’un des auteurs de théâtre les plus joués et les plus célèbres du pays, il écrit des pièces de commande pour de nombreux théâtres allemands et autrichiens.

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