Omar Porras: «Le théâtre oriental est fondamental»

ScèneOmar Porras lance la saison du TKM avec une reprise de son «Roméo et Juliette» à la croisée des cultures occidentale et japonaise. Interview

Créé en novembre 2012 au Japon avant de partir en tournée, 
le spectacle sera joué pendant trois semaines au TKM.

Créé en novembre 2012 au Japon avant de partir en tournée, le spectacle sera joué pendant trois semaines au TKM. Image: Y.INOKUMA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Omar Porras
Metteur en scène et directeur du TKM

Scène inattendue dans le foyer du TKM, à Renens, en ce mardi matin pluvieux. Un comédien japonais manie le sabre d’une incroyable dextérité; un autre, d’ici, tente de reproduire ses gestes sous le regard vigilant du maître des lieux, Omar Porras. Pour ouvrir sa saison, le Colombien offre une reprise de son Roméo et Juliette version nippone (en japonais et en français), créé en 2012 dans l’Empire du Soleil levant avant de tourner en Europe.

Pourquoi avez-vous choisi de transposer une pièce occidentale dans l’univers japonais?

Ma compagnie, le Teatro Malandro, a été invitée plusieurs fois par Tadashi Suzuki, fondateur du SPAC (lire ci-dessous), puis par son successeur, Satoshi Miyagi, à jouer ses spectacles au Japon. Au fil des ans, nous sommes allés plus loin dans notre amitié artistique et Miyagi m’a confié la reprise en japonais de mon Don Juan de Tirso de Molina, avec ses comédiens. C’est de là qu’est née notre envie de monter quelque chose avec nos deux troupes.

Pourquoi Roméo et Juliette?

On avait dans l’idée de parler de deux clans pour faire écho à nos deux troupes. Pour moi, c’était la possibilité de parler d’un métissage possible entre deux cultures. Roméo et Juliette est une pièce occidentale dont l’un des thèmes est la religion catholique, l’amour chrétien à travers le mariage, un concept complètement différent de la culture japonaise.

Il y a aussi des similitudes. La notion de clan est prégnante dans le Japon ancestral…

Oui, il n’y a qu’à regarder la filmographie de Kurosawa, notamment Le château de l’araignée, adapté de Macbeth. Il y est question de querelles perpétuelles.

Comment les comédiens japonais ont-ils nourri le travail des acteurs d’ici, et inversement?
Il s’agit d’un troc d’expériences. Il faut créer une alchimie, et pour qu’elle ait lieu il faut une grande discipline. Eux sont attentifs à nos jeux de mots, à nos attitudes corporelles. De notre côté, nous avons dû décodifier tous nos rituels et cette cérémonie qu’est notre théâtre.

Vous avez appris le japonais pour diriger les comédiens?
Je baragouine quelques mots. (Rires.) Non, je travaille en français, avec une interprète extraordinaire. Elle m’a accompagné dans des musées, m’a fait découvrir les rituels pour m’aider à comprendre certaines attitudes. Cela m’a permis d’être perméable à la culture japonaise et ne pas imposer ma vision occidentale. Il y a entre elle et moi quelque chose de passionnant et de déroutant, cette présence silencieuse, ce mystère, qu’à mon avis il ne faut pas chercher à dévoiler.

Dans le sillage d’Ariane Mnouchkine, vous nourrissez une fascination pour le théâtre oriental. Quel est son rôle dans votre travail?

Il est fondamental. Antonin Artaud disait que le théâtre est oriental. Au départ, c’est un acte spirituel, qui s’est perdu dans notre culture. Au théâtre, on ritualise, on sublime l’acte de la pensée en racontant des histoires. Ariane Mnouchkine est une figure tutélaire. Elle m’a beaucoup inspiré, car elle a su rassembler sur un plateau le passé des traditions et la pensée politique, d’actualité.

Vous dites que le théâtre oriental est un acte spirituel – comme la tragédie grecque. Vous cherchez à revenir aux origines?

Fabrice Melquiot (ndlr: écrivain et directeur du Théâtre Am Stram Gram à Genève) m’a dit un jour qu’il faut prendre garde à ne pas dire qu’on revient vers les sources mais qu’on y va. Je partage ce point de vue. Je démarre cette saison du TKM en allant vers les sources. Je programme aussi du kathakali, drame indien dansé qui raconte des épopées (du 1er au 3 déc.). Je veux parler de ces cultures ici, au TKM, pour que ce théâtre devienne, comme en Inde ou au Japon, un festival de communion populaire.


Renens, TKM
Du ma 19 sept. au di 8 oct. Relâche les lundis
www.tkm.ch
(24 heures)

Créé: 15.09.2017, 08h24

Une troupe envoûtante

Articles en relation

Au TKM, Omar Porras trouve ses aises

Un théâtre, une saison Le metteur en scène a dévoilé, mardi, le programme qui composera sa troisième saison à la tête du théâtre de Renens. Au menu: 21 rendez-vous artistiques. Plus...

Les éblouissantes visions d’«Amour et Psyché» et d'Omar Porras ne masquent rien

Critique Première création du directeur du Kléber-Méleau en son théâtre, l’œuvre de Molière et Corneille flatte l’œil mais peu l’esprit Plus...

Le masque de théâtre, magique et éternel

A l'occasion de la première création d'Omar Porras au TKM, plongée dans l'univers d'une tradition théâtrale de plus en plus rare. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...