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ScèneLa passion encore fraîche d’une femme consumée

Jusqu’au 22 novembre à Vidy, Émilie Charriot porte sur scène les mots d’Ernaux. Critique.

Emilie Charriot met en scène et joue "Passion Simple", d'Annie Ernaux.
Emilie Charriot met en scène et joue "Passion Simple", d'Annie Ernaux.
Agnès Mellon

Émilie Charriot puise la force de son théâtre dans la puissance des mots, dans la subtilité des artifices scéniques convoqués et, surtout, dans la rigueur minimaliste avec laquelle elle met en rythme paroles, corps, mouvements, lumières. Sur un plateau nu. Avec une audace à contrecourant des tics de la création contemporaine.

Avec Passion simple, la metteure en scène et comédienne formée à La Manufacture éprouve une fois de plus l’économie de moyens avec laquelle elle avait puissamment revisité en 2014 King Kong théorie, manifeste pour un nouveau féminisme amené jusqu’à Avignon l’été dernier. Ou avec laquelle elle éclairait, le printemps passé, déjà à Vidy, le texte du Zoophile, plaidoyer sensible contre un monde sans animaux.

Tiré d’Annie Ernaux, le monologue intime joué depuis une semaine à la salle René Gonzalez n’est pas traversé par la fureur d’une Virginie Despentes ou le lyrisme d’un Antoine Jaccoud. Dans une langue simple – et sans la sécheresse clinique qui traverse pourtant certains autres de ses textes –, l’auteure française expose son obsession amoureuse pour un homme marié. Et déroule, sans romanesque, les strates d’une passion, entre abandon et attente, désir et douleur.

Le spectacle imaginé par Émilie Charriot – qui a choisi d’incarner elle-même cette femme consumée et invite également sur le plateau son double, enfant, ainsi qu’un duo de musiciens, Billie Bird et Marcin de Morsier – se construit en trois parties, ouvertes par un (long) prologue musical qui déconstruit, à coups de variété française, le conditionnement social du sentiment amoureux.

Tout juste dévoilé, ce spectacle n’est pas encore traversé par le souffle de ses précédentes créations. Une question de temps et de rodage? C’est sûr, car la faiblesse tient essentiellement à quelques hésitations de jeu qui, cruelles, révèlent une certaine naïveté dans les mots d’Ernaux. Et font vaciller l’arête aiguisée qui soutient la tension autant que le travail millimétré d’Émilie Charriot.

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Note: Lausanne, Théâtre de Vidy Jusqu’au 22 novembre. Réservation: 021 619 45 45www.vidy.ch

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