Peer Gynt, antihéros de l’urgence climatique à Dorigny

ThéâtreFabrice Gorgerat érige le héros d’Ibsen en anti-modèle écolo. Critique.

Catherine Travelletti énonce un «bulletin astrologique».

Catherine Travelletti énonce un «bulletin astrologique». Image: FABRICE DUCREST/UNIL

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Le théâtre de Fabrice Gorgerat transpire d’outrance, forge ses motifs dans un agrégat de signes et d’images saturées. Mais l’urgence climatique a balayé ce désir d’exaltation des sens. Il est temps de ralentir, de percer l’abcès et d’ouvrir l’espace du rêve. Face à la fureur du monde, le metteur en scène fait le pari d’un apaisement possible, de ressources à retrouver, d’un élan tranquille. Sous les charpentes boisées de la Grange de Dorigny, il invoque «Peer Gynt», hâbleur impénitent en soif de gloire, empêtré dans sa quête de lui-même. Infusant subtilement cette nouvelle création, le personnage d’Ibsen est érigé en antihéros écologique dans «Peer ou, nous ne monterons pas Peer Gynt».

Poésie du «fauxmage»

Sans donner de leçons ni suggérer de réponses toutes faites, la pièce ondoie entre convulsions fiévreuses et douceur mâtinée de légèreté et de drôlerie. Alors que la présentatrice du bulletin astrologique devine «des énergies explosives», alors que l’Amazonie brûle, symbolisée par une pêche à bout d’allumettes de Bengale, les cinq interprètes assemblent les débris d’un monde en miettes, fusionnent des fragments pour donner naissance à un ensemble cohérent, sensible et porteur d’espoir. Une ode à la beauté archaïque du monde, aux vibrations mélancoliques d’une voix aux accents mystiques (sublime, la prestation d’Albert Khosa), aux gestes simples, à la poésie du «fauxmage» (fromage à base de plantes), à la vérité brute du générique d’un documentaire de Raymond Depardon ou à l’humilité silencieuse du «guerrier tranquille», ce double inversé du héros d’Ibsen.

Une sérénité jaillit de ces tableaux scéniques hybrides, réveillant tantôt les fantômes ancestraux ou rappelant les scènes quotidiennes de la peinture flamande. L’intime confine à l’universel, l’angoisse laisse place au rire salvateur, l’outrance cède le pas à la sobriété. On ressort de la Grange cette idée en tête que, comme l’écrit Camus, «le monde est beau, et hors de lui point de salut».

Créé: 27.02.2020, 14h40

Lausanne, Grange de Dorigny

Jusqu’au 29 fév.

www.grangededorigny.ch

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