Le poète Pasolini résiste même aux planches

CritiqueStanislas Nordey magnifie «Affabulation» à Vidy, mais le texte de l’auteur italien peine à s’imposer en tant que pièce de théâtre.

Saisissant jeu d’ombre avec Stanislas Nordey.?

Saisissant jeu d’ombre avec Stanislas Nordey.? Image: SAMUEL RUBIO

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En tant que metteur en scène et comédien principal, Stanislas Nordey fait tout, à Vidy, pour donner le plus de séduction possible à Affabulation, texte de Pier Paolo Pasolini. Des décors dépouillés mais au luxe toscan, rehaussés de gigantesques reproductions de tableaux de maîtres (dont un insistant Sacrifice d’Isaac du Caravage). Des murs mouvants et de beaux jeux de lumière aptes à surligner la «psychomachie» qui se joue sur scène.

Rien ne vient étouffer la voix forte et déclamatoire de Nordey (à part les quintes de toux du public), dans le rôle du père, troublé mais aussi menacé par la jeunesse de son fils. Même le physique de l’acteur est idéal. Filiforme, il a perdu des kilos depuis sa une dénudée des Inrocks en faveur des intermittents. Sa minceur lui donne l’ambivalence parfaite d’un vieil adolescent.

La difficulté est ailleurs, problématisée par Pasolini lui-même dans la bouche de l’Ombre de Sophocle du prologue: «Je suis ici arbitrairement destiné à inaugurer un langage trop difficile et trop facile: difficile pour les spectateurs d’une société en un très mauvais moment de son histoire, facile pour les quelques lecteurs de poésie. Vous devrez accoutumer vos oreilles.» Plus loin, on sent poindre la jalousie du poète envers les dramaturges – Sophocle contre Homère. L’auteur italien sait, au fond, à quel bord il appartient.

Dans sa façon de malaxer son anti-Oedipe avec les gants de la psychanalyse, de la religion et du commentaire sociopolitique, Affabulation est un texte fascinant, mais il est aussi d’une exigence qui relève parfois plus de la lecture attentive et ponctuée de pauses réflexives que du déroulé scénique. Quoi qu’il en soit, Nordey est à la hauteur. Reste au spectateur à se hisser.

Lausanne, Théâtre de Vidy, Jusqu’au vendredi 13 mars. Rens.: 021 619 45 45

Créé: 05.03.2015, 17h34

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