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La rencontreRachid Badouri: l’humoriste joue l’atout cœur

A 40 ans, la nouvelle star québécoise de l’humour attendu à Morges-sous-Rire le 21 juin n’a plus peur d’être malheureux dans la vie. Il a fait la paix avec lui-même.

Rachid Badouri en pleine action
Rachid Badouri en pleine action
Vanessa Cardoso

La banane, avec les succès qui s’enchaînent – 400 000 spectateurs pour son premier one-man-show, dont 100'000 en une année au Québec, un record pour la Belle Province, la sienne – l’humoriste l’a, mais comme dans un tout, comme quelqu’un qui ne ferait jamais les choses à moitié, Rachid Badouri la mange aussi pendant l’interview! Et… ça ne dérange pas, non, bien sûr.

Le quadragénaire qui a conquis Jamel et entonné en chœur avec Arthur le très cathodique Vendredi, tout est permis ne se défile pas. Sa présence dans la vie est à l’égale de celle sur scène, bougillonne mais empathique. Drôle. Généreuse. Curieuse de tout. Aussi perméable qu’une éponge, l’ex-stewart qui court les scènes en Badouri rechargé (dont Morges-sous-Rire en juin) s’imprègne des lieux, dissertant sur la vie comme sur la déco. Juste pour le bonheur du partage.

Ça ne vous fatigue pas d’être en permanence en état de veille?

C’est surtout ma femme que ça fatigue, moi j’en ai besoin, même si je ne crois pas être né avec cette nécessité d’observer tout, partout et n’importe quand. C’est venu avec le métier, en plus d’être hypersensible aux odeurs et même aux sons. Je peux même dire à ma femme, tiens il y a ton frère qui arrive, alors qu’il est encore à l’autre bout de la rue. C’est mon métier! Je ne me lasse pas, et jamais il ne me viendrait à l’esprit de tromper l’attente en lisant un magazine, j’aime trop regarder les autres. Mais le jour où j’ai vu Spy Game, le film où Redford enseigne à Brad Pitt l’art d’observer, j’ai presque paniqué: il est dans le regard de l’autre, perçant et intrusif, comme pour violer son intimité.

Vous voulez dire qu’on finit par se croire dans la scène et on en perd la notion de la sphère privée…

… et qu’on se mêle de ce qui ne nous regarde pas! Oh là, combien de fois ça m’est arrivé quand, par exemple, ça m’interpelle de voir des gens avec la marque d’un vaccin sur le bras, ce qui ne se fait plus au Québec, et que je leur dis: «Oh, vous, vous n’êtes pas d’ici.» Ça peut mal tomber. Mais oui je le fais, à la terrasse des cafés ou alors au supermarché. L’autre jour, il ne restait plus que quelques minutes avant la fermeture, la caissière a fait son annonce presque couchée sur son micro, peu pratique non? Je m’en suis ouvert mais oh là, comme… elle m’a regardé! Sauf que c’est comme ça, certaines personnes ne veulent pas qu’on rentre dans leur bulle. D’autres oui. Dans le TGV pour venir ici, j’ai sorti Mr. Pinky de mon sac (ndlr: deux yeux roses à enfiler comme une bague) pour la petite fille qui était à côté. Ses yeux brillaient, mais sa maman aurait pu me renvoyer à mes affaires.

Et que fait Mr. Pinky dans votre sac?

C’est pour ma fille, elle a 3 ans. Quand je suis loin, on se parle par Face Time. Ou plutôt, c’est surtout à Mr. Pinky qu’elle parle et là, je dois me rendre à l’évidence, à ses yeux ma main est plus importante que moi. Elle est toute blonde, comme ma femme qui est Syrienne, c’est d’ailleurs la première blonde chez les Badouri.

Vous parlez beaucoup de votre femme, le syndrome Colombo?

Et plus encore quand je m’ennuie d’elle. L’amour, c’est comme un diamant. Il faut le travailler tous les jours sans jamais se projeter ou attendre le résultat final, d’ailleurs il n’y en a pas. Trop de gens arrêtent trop vite de tailler leur diamant et se séparent, ça m’attriste. Il faut tout essayer, user et abuser de tous les moyens possibles, les thérapies, etc. Quand on tombe en amour, en anglais on dit c’est «trough thick and thin» (ndlr: pour le meilleur et pour le pire) et ce n’est surtout pas ce que l’on voit dans les films.

L’amour, sous toutes ses formes, est-il constitutif de votre vie?

Vous voulez en venir à l’amour de soi? C’est juste qu’il faut savoir s’apprécier, mais pour y parvenir, il faut aussi avoir corrigé les bobos. Ce qui implique «qu’avant de pointer la paille dans l’œil de ton voisin, il faut retirer la poutre de ton œil». C’est dans la Bible, saint Matthieu.

Vous avez lu la Bible?

Je me suis davantage plongé dans le Nouveau Testament, l’ancien me paraissait plus ardu. L’expérience m’a appris qu’il ne faut pas se limiter, et être capable de s’ouvrir à tous les savoirs. Sinon on risque de passer à travers beaucoup de choses, et pire, de se retrancher dans l’éphémère pour devenir des morts-vivants.

Expérience faite?

Le succès, le fait d’être reconnu, tout ça m’est arrivé crescendo entre 30 et 40 ans, mais le plus bel âge, c’est maintenant. C’est la quarantaine. Avant… mon miroir ne me renvoyait pas forcément une belle image, ce n’était pas des gros trucs, mais j’étais un peu dans le déni de qui j’étais en train de devenir. Et il y a eu la rencontre avec mon manager, un pasteur, un coach de vie. Il a vu du lourd dans sa mission et il a vu très clair en moi avant de m’amener sur le chemin de l’humilité. Une carrière, ça te flatte, ça te caresse dans le sens du poil. Dès lors, comment reconnaître – et s’avouer – qu’il y a un problème quand tout te sourit? Il ne faut pas croire que le métier le plus sale est de ramasser les déchets des autres. C’est le show-biz, dans le sens où on peut arriver à croire que tout est permis, y compris lever la main sur sa femme parce qu’on est Chris Brown. Sans jamais arriver à ces extrêmes, cette mentalité, je l’ai connue. Il fallait se réveiller et corriger le tir.

Aujourd’hui, vous vous aimez?

Je ne suis pas en amour mais, disons que, rétrospectivement, je commence à apprécier plusieurs trucs. Mes jambes, par exemple… Non! Je plaisante, pas mes jambes, je marche comme un canard. Mais si je dois vraiment dire quelque chose, c’est que même derrière les pires façades, j’ai réussi à garder un cœur. Hier, ce qui m’importait, c’était d’être le centre du monde, il fallait que l’on me regarde, que l’on m’écoute. Aujourd’hui, j’ai appris la patience, l’empathie, je ne coupe plus la parole, et j’attends que tout le monde soit assis au bistrot pour prendre la dernière place.

Que vient faire l’humour dans ce chemin de vie…

C’est un besoin. Dieu m’a donné ce talent, il en donne d’ailleurs un à chacun. Il m’a fallu du temps – à 7 ans, j’étais jaloux d’un camarade qui dessinait tellement bien et moi je faisais des bonhommes allumettes dégueu – alors quand j’ai pris conscience de mon don, j’en ai fait un spectacle. Et pour ne pas raisonner qu’en égocentrique, je pense que l’humour est aussi un besoin pour les gens, on est dans le mode thérapie de groupe: le rire dédramatise les problèmes, le rire permet de dire: «T’inquiète, ça va passer.» Ou en d’autres termes: «Ce qui ne tue pas rend plus fort.»

Parler par proverbes interposés, c’est un genre?

C’est pour faire plus sage… D’autant que je n’aurai jamais cette sagesse-là!

Votre père vous a enseigné les codes de l’immigré modèle, êtes-vous aussi un humoriste modèle?

Si ça veut dire un humoriste sincère, alors oui.

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