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Théâtre«Le rapport au texte, à la parole, est une question très actuelle»

Magali Tosato questionne notre rapport à l’autorité du texte dans «Qui a peur de Hamlet?» inspiré de son spectacle conçu pour les écoles. À Yverdon avant Vidy.

Les comédiens de «Qui a peur d'Hamlet?».
Les comédiens de «Qui a peur d'Hamlet?».
FRANÇOIS GRAF

«Être ou ne pas être…» Depuis des siècles, critiques littéraires, dramaturges ou psychanalystes glosent sur «Hamlet», monument du théâtre occidental. Cette œuvre totémique, Magali Tosato s’en empare pour questionner la notion d’autorité. Dans sa lecture, l’hégémonie du texte sacralisé, figé dans des carcans, fait écho au cœur même de la fable shakespearienne, dont le héros est cantonné dans un système clanique.

Imaginé pour les écoliers, ce spectacle immersif trouvera un nouveau souffle sur les planches. La jeune metteuse en scène vaudoise nous demande «Qui a peur d’Hamlet?» de mardi à jeudi au Théâtre Benno Besson, à Yverdon, puis à Vidy du 9 au 17 novembre.

Comment avez-vous tissé ce lien entre la fable et l’autorité d’un texte aussi emblématique que «Hamlet?»

Nous vivons dans une société régie par les textes – lois, traités, conventions – qui forment un ordre établi. Avec deux extrêmes, celle du dogmatisme et, à l’opposé, la propension à tordre les mots et leur signification. Je pense que le rapport au texte, à la parole, est une problématique très actuelle. Dans la pièce, le spectre du père de Hamlet vient lui demander de venger sa mort, provoquée par son frère Claudius. Mais est-ce vraiment lui l’assassin? Qui croire? Notre spectacle part de là. Les comédiens annoncent la mort du roi et invitent le public à mener l’enquête avec eux.

Le spectacle s’inspire de l’enquête de Pierre Bayard, qui s’est lancé le défi d’identifier l’assassin. Qu’a-t-il insufflé?

Pierre Bayard livre un essai d’herméneutique pour défendre l’hypothèse du lecteur actif. Il insiste sur l’idée qu’il n’y a pas de lecture unique. Lui-même arrive à la conclusion que c’est Hamlet qui a tué son père. Dans le spectacle, nous rouvrons ces hypothèses mais nous ne donnons pas de réponse. Aux spectateurs de faire leur choix, selon leur propre interprétation et leur point de vue.

Vous invitez donc le public à une sorte de partie de Cluedo?

Non. Je pense que trouver le vrai coupable n’a pas vraiment d’importance – même si on joue avec ce fantasme de vouloir résoudre un crime. Mais les vrais enjeux sont ailleurs: humains, sociaux, politiques. Par exemple, lorsque Ophélie ne peut plus s’exprimer par la parole mais par le chant, elle dit: «Je me soustrais à votre langage car ce système ne me permet pas d’exister.»

Vous intégrez des fragments des pièces de Heiner Müller et de Koltès. Qu’injectent-elles dans le spectacle?

«Hamlet» a été tellement réécrit, revisité, adapté que cela me semble naturel de faire intervenir d’autres textes. En particulier la pièce de Heiner Müller, «Hamlet-Machine», parce qu’il rompt l’image d’une Ophélie passive, véhiculée notamment par cette toile du XIXe siècle (ndlr: de John Everett Millais) qui montre la jeune femme se laissant dériver dans la rivière, vêtue de blanc, parsemée de fleurs. Mais cette image ne se trouve pas dans la pièce. Müller la dynamite et fait d’Ophélie une figure de l’émancipation.

Le spectacle a été créé dans des écoles puis joué dans des foyers, des hôpitaux. Comment le transposez-vous au théâtre?

Nous conservons la mise en scène immersive. Les spectateurs seront installés sur le plateau dans un dispositif bifrontal. Bien sûr, le contexte est différent. En classe, il est normal qu’il y ait une interaction. Au théâtre, cela peut devenir plus lourd. On sera donc dans un registre plus politique, on jouera sur les codes de la conviction, du populisme. Mais il y aura un côté ludique, car les acteurs ne ménageront pas le public.

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