«Recevoir ce prix me fait l’effet d’une très grande reconnaissance»

InterviewYan Duyvendak voit son travail auréolé du Grand Prix suisse du théâtre.

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Lauréat du Grand Prix suisse du théâtre - Anneau Hans-Reinhart, Yan Duyvendak répond à nos questions depuis Chicago, où il présente son spectacle «Please, continue (Hamlet)» au Museum of Contemporary Art.

L'Anneau Hans-Reinhart est la plus haute distinction théâtrale de Suisse. Une consécration?
Je suis très touché de recevoir ce prix. Je ne m’y attendais pas et reste très surpris. Mon travail est atypique, je saute un peu d’un genre à un autre, d’une discipline à une autre, d’un sujet à une autre, et je ne suis pas forcément là où on m’attend. De plus, il est assez politique, pas forcément très séduisant. Je ne crée pas des blockbusters, quoi. Donc, recevoir ce prix me fait l’effet d’une très grande reconnaissance pour le contenu de ce travail d’une part, et pour ce que je fais d’autre part tout le temps, en filigrane: créer de l'empathie.

Comment définissez-vous votre travail, qui franchit les frontières entre les genres et les différents médias?
Venant des arts visuels, j’ai glissé vers les arts vivants parce que je n’aimais pas avoir un objet entre les spectateurs et moi. Dans l’art vivant, il y a une vraie rencontre possible et j’adore ça. On peut parler ensemble d’un sujet qui nous concerne tous. Je crois que je m'inscris vraiment dans un travail politique, mais au sens de «comment on vit ensemble» dans la cité, la «polis» grecque.

Comment entremêlez-vous ces différents médias lorsque vous concevez une œuvre?
Les médias me paraissent intéressants lorsqu’ils sont utilisés à dessein par rapport à une question posée, un sujet traité. Si un sujet nécessite ou appelle l’utilisation de la vidéo, alors pourquoi ne pas le faire! C’est simple: quand on a besoin d’avoir quelqu’un sur scène qui ne peut pas être là, alors la vidéo s’impose. Pour autant que les raisons soient bonnes. Autrement dit, j’aime quand il y a une cohérence entre la forme et le fond, et la liberté de changer de média.

Vous considérez-vous comme un performeur? Un metteur en scène? Un acteur? Un plasticien? Ou tout cela en même temps?
Tout cela en même temps. Quand j’étais petit, je suis allé voir une représentation de «Roméo et Juliette» au Ballet national des Pays-Bas. Après leur nuit d'amour, Roméo repart par le balcon, Juliette recule, une main triste sur son front. Paf, la chaise n’était pas au bon endroit, elle trébuche dessus, se retrouvant assise de manière disgracieuse. Elle a fait un petit mouvement pour sauver les apparences, deux tours de bras et elle a continué. J’ai aimé cette irruption du réel, le fait de devoir faire avec différents niveaux de représentation. Je me suis rendu compte que c’est ce que j’aime le plus: la prise en compte de ce qui arrive au moment où on est en train de faire quelque chose.

Le rôle du public est important, voire primordial dans vos créations. Comment définissez-vous et appréhendez-vous le rapport scène-salle?
J’aime créer des machines dans lesquelles tous les participants (spectateurs, auteurs, acteurs, performeurs, techniciens, et même bâtiments, institutions) doivent être très consciemment ce qu’ils sont. J’aime créer des situations à partir desquelles les participants peuvent prendre ou reprendre une autonomie, s’émanciper, sans jamais les mettre à mal ou leur demander de faire quelque chose qu’ils n’ont pas envie de faire. Pour prendre un exemple: des personnes concernées parlent de la situation locale d’accueil des réfugiés, expliquent les complexités, les paradoxes et les difficultés. Ensuite, nous donnons aux spectateurs les listes des besoins des personnes qui ont pris la parole. Si les spectateurs le souhaitent, ils peuvent s’engager. C’est fait de manière non moralisante, en rendant bien compte des complications que chaque situation, chaque action entraîne. À mon plus grand bonheur, une grande instance de travaux humanitaires nous a mandaté pour adapter «ACTIONS» à leurs besoins. C’est fantastique de voir qu’un projet artistique puisse être utilisé comme outil dans le réel.

La culture dite populaire (les jeux vidéo, par exemple) fait partie intégrante de votre travail. Comment nourrit-elle vos réflexions?
Ce que je crois que je fais depuis le début de mon travail, c’est de voir quels codes notre société nous propose, voire nous impose, et comment nous nous débrouillons avec eux. Ces codes nous arrivent via les médias, les jeux vidéo, les instances comme la justice, la démocratie. J’essaie de regarder comment nous, simples citoyens, nous pouvons vivre avec tant de contraintes - en empathie.
(24 Heures)

Créé: 25.04.2019, 12h03

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