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ThéâtreLe robot et son double

À Vidy, un androïde livre une conférence sur le lien Homme-machine. Déroutant.

Sur scène, le double androïde de l’écrivain Thomas Melle, conçu spécialement pour le spectacle, donne une conférence sur l’instabilité.
Sur scène, le double androïde de l’écrivain Thomas Melle, conçu spécialement pour le spectacle, donne une conférence sur l’instabilité.
GABRIELA NEEB

Déconcertant, ce sentiment d’étrangeté au moment d’applaudir. Face à nous, public du Théâtre de Vidy, l’interprète qui vient de livrer une heure de spectacle n’a pas la faculté de ressentir notre approbation. Même s’il ressemble (presque à s’y méprendre) à l’auteur allemand Thomas Melle, c’est bien un robot que nous applaudissons.

C’est dire si l’expérience imaginée par le metteur en scène Stefan Kaegi, habitué des dispositifs immersifs, entraîne le spectateur bien au-delà d’une simple réflexion sur le rapport (souvent anxiogène) de l’homme à la machine. Car cette «Vallée de l’étrange», à voir jusqu’au 10 octobre, dissèque l’androïde sous toutes ses coutures: scientifique, psychologique et philosophique. Et nous place face à nous-mêmes. «Le sujet de cette conférence, ce n’est pas moi, c’est vous», prévient le robot-acteur.

«Je suis de plus en plus troublé par les humanoïdes et je voulais en mettre un sur le plateau»

Vous avez perdu le fil? Reprenons depuis le début. «Je suis de plus en plus troublé par les humanoïdes et je voulais en mettre un sur le plateau», confie Stefan Kaegi. Avec l’appui de spécialistes allemands, le Suisse a conçu ce double androïde de Thomas Melle. L’écrivain signe le texte du spectacle, dont le titre fait écho à la théorie du roboticien japonais Masahiro Mori selon laquelle plus un robot ressemble à un être humain, plus nous considérons ses imperfections comme monstrueuses.

Le dispositif scénique est simple. Assis sur sa chaise, le cyborg Melle donne une conférence sur l’instabilité à travers deux biographies, celle d’Alan Turing (et son fameux test consistant à mesurer la capacité d’une intelligence artificielle à penser comme un humain), et la sienne, ou plutôt celle de Thomas Melle, qui souffre d’un trouble bipolaire.

Dédoublements

Le propos, dense, déroule des fils thématiques multiples mais dont l’axe commun est celui du dédoublement. À l’image du malade bipolaire tiraillé entre ses deux pôles (maniaque et dépressif), le rapport de l’homme à l’androïde oscille entre le caractère émotionnel et aléatoire de l’un et le fonctionnement rationnel et algorithmique de l’autre. Mais la frontière est poreuse et les questionnements philosophiques affluent. «Si je pouvais fonctionner grâce à la technologie, est-ce que je perdrais mon humanité?»

Le dédoublement, c’est aussi le fondement du théâtre. Celui de l’acteur qui se glisse dans la peau d’un personnage. Et nous, public, comment nous comporter face à cet acteur qui n’en est pas vraiment un? Au final, le cyborg Melle nous laisse face à une question: «Pourquoi êtes-vous venus ici? Pour vous identifier à moi?» On ressort de la salle groggy.

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