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ThéâtreLe roi Lars Eidinger crache le venin de Richard III à l’Opéra

Dirigé par Ostermeier, le comédien prodige jouera le chef-d’œuvre de Shakespeare en janvier. Coup de fil.

Virtuose, Lars Eidinger incarne «Richard III» de Shakespeare, dans une mise en scène signée Thomas Ostermeier. La pièce a été créée en 2015 à Avignon.
Virtuose, Lars Eidinger incarne «Richard III» de Shakespeare, dans une mise en scène signée Thomas Ostermeier. La pièce a été créée en 2015 à Avignon.
DR

Lorsque, dans l’ivresse du jeu, il sort de son personnage et, survolté, interpelle les spectateurs, la salle retient son souffle. Le théâtre ne pourrait être davantage théâtre qu’avec Lars Eidinger. Une célébration de l’instant présent. Une communion spirituelle qu’il inspire et guide tel un chamane. «Sur le plateau, je peux ressentir ce que les gens éprouvent en me regardant», confie-t-il au bout du fil. Oui, Lars Eidinger est une bête de scène. L’expression est galvaudée mais colle à cet immense acteur comme une épithète évidente. Il y a chez lui quelque chose de bestial, à mi-chemin entre la figure mythologique et la rock star borderline.

En 2015, Avignon frémissait sous les imprécations de son Richard III. Branle-bas de combat! Le roi Richard troquera son royaume contre un cheval à l’Opéra de Lausanne du 11 au 13 janvier. Sous l’égide du Théâtre de Vidy, qui ne peut accueillir en ses murs cette superproduction orchestrée par Thomas Ostermeier, directeur star de la Schaubühne, antre berlinois de la création contemporaine.

Pulsions inavouables

Arqué, bossué, agrippant telle une bête un micro suspendu au bout d’un câble, Richard de Gloucester crache son venin sur quiconque se placera en travers de son chemin vers le pouvoir. Partout il sème la mort et la désolation. Avant l’inexorable chute. Le roi Lars compose un personnage diaboliquement séducteur, brillamment captieux. Il en exhale les aspérités. Révèle, surtout, cette part sombre, pulsion inavouable, qui sommeille en chacun de nous. La performance est virtuose. Thomas Ostermeier dit de lui, dans l’ouvrage Backstage: «Quand j’arrive à débrider un comédien à ce point, quand Eidinger lâche prise à tous les niveaux et se livre sans crainte à tous les excès, le metteur en scène que je suis est absolument ravi!» Nous aussi.

Le trailer de la pièce:

Si impétueux (et dissipé) soit-il, jamais le comédien prodige ne trahit la scène. Le théâtre coule dans ses veines. Formé à l’Académie des arts dramatiques Ernst Busch, le Berlinois vénère Shakespeare par-dessus tout. «Son œuvre est comme un palais des glaces, où chaque miroir réfléchit les autres à l’infini. Contrairement à d’autres dramaturges plus limités tels que Molière, Shakespeare est sans fin, rempli d’oxymores et de paradoxes.»

Ce n’est donc pas par hasard que l’acteur fétiche de Thomas Ostermeier a campé, sous sa baguette, les plus grands rôles du dramaturge anglais, dont un Hamlet devenu mythique. Leur compagnonnage dure depuis dix-huit ans. Coup de foudre artistique? À sens unique, au départ. Lars Eidinger le raconte avec une désinvolture désarmante: «J’ai passé une première audition, mais il n’était pas vraiment intéressé. J’en ai passé une seconde, il a dit «OK» mais n’était toujours pas convaincu.» Le comédien, lui, virevoltait autour de la Schaubühne comme un papillon attiré par la lumière. Pourquoi? «Parce que Thomas est le meilleur metteur en scène du monde.»

Shakespeare, Ostermeier… Lars Eidinger est mû par ses figures tutélaires. Parmi elles, Romeo Castellucci, génie de la scène théâtrale européenne. «Une de ses pièces, Hyperion, met en scène un chien noir aveugle. Pendant dix minutes, il ne se passe rien, mais on regarde cet animal qui répond aux réactions de la salle. C’est cela que j’essaie d’atteindre sur scène, je veux être comme ce chien, attentif à ce qui se passe autour de moi. Je crois que le théâtre a un lien très intime avec ce qu’est la vie.»

«J’essaie toujours d’être sincère avec mes émotions et avec le public, que je considère comme un miroir»

Et au cinéma? Le comédien au regard perçant crève l’écran comme il enflamme les planches. Il révère ses idoles, Marlon Brando et Gérard Depardieu, «parce qu’ils portent en eux une énergie animale»; avoue son coup de cœur pour Charlotte Gainsbourg, «qui est à la fois une bête sauvage et une licorne». On le verra cette année dans High Life, de Claire Denis, avec Juliette Binoche, et dans Proxima, d’Alice Winocour, aux côtés d’Eva Green. Mais il restera malicieusement muet sur ses projets théâtraux, glissant que «ce sera pour l’automne»…

On ne saurait conclure une interview de Lars Eidinger sans céder à la tentation de lui poser la question que tous les journalistes lui servent inlassablement: est-il le meilleur acteur de sa génération? Il prend toujours le même malin plaisir à répondre. «Oui, absolument!» Provoc ou narcissisme? L’insaisissable comédien de 41 ans ne laissera rien transparaître. Mais argumente avec une ardeur qui ne peut que convaincre: «J’essaie toujours d’être sincère avec mes émotions et avec le public, que je considère comme un miroir. C’est comme ça que le théâtre fonctionne. Je suis toujours moi-même. Je ne peux pas être quelqu’un d’autre.»

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Lausanne, Opéra Je 11 janv. (19 h), ve 12 (20 h) et sa 13 (19 h) Rens. 021 619 45 45 www.vidy.ch

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