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ThéâtreRomain Daroles, héraut littéraire sur les planches

Le comédien triomphe dans «Phèdre!» et présente son solo «Vita Nova» à Vidy. Rencontre.

Romain Daroles présente son spectacle «Vita Nova».
Romain Daroles présente son spectacle «Vita Nova».
PATRICK MARTIN

Romain Daroles est un fou de littérature. On imagine son appartement de Préverenges encombré de bibliothèques garnies ici d’ouvrages lus et relus, là de piles de bouquins en attente de révéler leurs trésors. «Je me sens bien avec les livres au sens physique, ce que Roland Barthes appelle «l’érotisme du livre». Je suis incapable de lire une œuvre dématérialisée. D’où la nécessité de changer de logement!»

Cet amour immodéré des Lettres, le comédien le partage sur scène depuis deux ans dans «Phèdre!», ode à la tragédie de Racine. Cette perle de drôlerie (si si!) et d’intelligence triomphe partout où elle passe, jusqu’au prestigieux Festival IN d’Avignon qui lui a valu, l’été dernier, des critiques des plus élogieuses dans la presse nationale et internationale... dont le «New York Times» (lire encadré). Dans ce seul en scène, sous la forme d’une conférence loufoque mitonnée avec le metteur en scène lausannois François Gremaud, Romain Daroles entame un éloge des alexandrins de «Phèdre», déclame un panégyrique de Racine et raconte, enflammé, les amours contrariées de la fille de Minos et de Pasiphaé avec son beau-fils Hippolyte.

«J’essaie de me glisser dans le costume de ces savants qui ont la flamme dans l’œil et qui la communiquent»

Derrière ce personnage épris des vers racinien, un hommage aux professeurs qui, pris d’un brin de folie gorgée d’érudition, transmettent leur passion à leur auditoire. «J’essaie de me glisser dans le costume de ces savants qui ont la flamme dans l’œil et qui sont parvenus à la communiquer, confie le Français. Par exemple, Patrick Dandrey (ndlr: professeur de littérature à la Sorbonne) m’a révélé «Madame Bovary» de Flaubert. Il pouvait passer plus de vingt minutes sur une phrase!» Sur scène, Romain Daroles donne ainsi vie à des personnages de lettrés passionnés et passionnants. Dans «Phèdre!», mais aussi dans «Vita Nova», son autre pépite scénique, à l’affiche cette semaine au Théâtre de Vidy.

Pharmacien ou comédien?

Rien ne prédestinait pourtant Romain Daroles à passer sa vie le nez dans les bouquins, ni à brûler les planches. Né dans le sud-ouest de la France d’un père agriculteur et d’une mère employée dans les assurances, il a passé son enfance dans un monde rural, bercé par l’écoulement de la Garonne. Son goût pour la lecture apparaît très vite mais ses études l’emmènent du côté des sciences dures. «En France, il faut passer un bac scientifique pour réussir sa vie, glisse-t-il en levant les yeux au ciel. Ce sont des atavismes, des archétypes sociétaux.» Le bachelier s’intéresse à la chimie et à la physique, songe à embrasser une carrière de pharmacien. Brillant, il intègre les classes préparatoires ouvrant les portes des grandes écoles. Mais déjà la littérature le rattrape: il entre à la Faculté des lettres à la Sorbonne et, dans «ces vieux bâtiments qui sentent la naphtaline», décroche son master en Littératures françaises.

Entre deux lectures, Romain Daroles prend des cours de théâtre dans un Conservatoire d’arrondissement. Il découvre le texte porté à la scène. Un moyen de matérialiser la littérature, en somme. Pourquoi ne pas devenir comédien, après tout? Et voilà que l’un de ses amis lui parle d’une école de théâtre dont la pédagogie est radicalement différente de celle des grands cours parisiens. Cette école, c’est la Manufacture, à Lausanne. «J’ai été séduit par l’idée qu’elle véhicule, à savoir celle de l’acteur-créateur qui doit fixer plein de cordes à son arc.»

De Dante à Barthes

C’est dans les murs de la Manuf’ que l’apprenti comédien compose sa «Vita Nova» («vie nouvelle» en latin), son spectacle de sortie du bachelor. Brodé autour d’un personnage fictif dénommé Louis Poirier, auteur sans œuvre et meurtrier de Roland Barthes, ce seul-en-scène farfelu et jubilatoire a été joué en 2018 au far° de Nyon. Romain Daroles le reprend cette semaine à l’invitation du programme «Newcomers» du Théâtre de Vidy, à la salle de spectacles de Renens.

«Le sujet de «Vita Nova» réside dans le choix de vie que j’ai fait, confie le comédien. Si je n’avais pas été pris à la Manufacture, je serais sans doute devenu prof de français. J’avais envie de matérialiser cela.» À l’image de Dante qui entre en littérature en rédigeant sa «Vita Nuova» (sa première œuvre, déclaration d’amour à Béatrice), Romain Daroles est entré dans le monde du théâtre avec ce spectacle. Une nouvelle vie.

Truffé de références littéraires, ce bijou scénique brille par sa drôlerie enrobée d’érudition. Romain Daroles y joue le rôle d’un professeur maladroit et attachant, persuadé d’avoir redécouvert cet énigmatique Louis Poirier et de pouvoir démontrer son implication dans la mort de Barthes. «Il m’a fallu être très rigoureux pour inventer cette histoire car l’enquête se base sur des éléments et des faits réels.» Les fins connaisseurs auront d’ailleurs reconnu dans le patronyme du héros le nom de naissance de Julien Gracq. Le comédien sourit: «Il fallait bien que je baptise ce personnage, et je trouvais beau que ma fiction se glisse dans la réalité d’un auteur.»

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