Pour Rupille 7, la chèvre de Monsieur Seguin reste libre

ThéâtreLa jeune compagnie basée à Arzier proposera sa version pour jeune public du texte d’Alphonse Daudet, dès le 5 février au Théâtre de Grand-Champ. Six jours avant, passage dans les coulisses.

Viviane Thiébaud (à g.) et Peter Palasthy dans les rôles de Monsieur Seguin et de Blanquette, la chèvre en mal de liberté.

Viviane Thiébaud (à g.) et Peter Palasthy dans les rôles de Monsieur Seguin et de Blanquette, la chèvre en mal de liberté. Image: ÉRIC BELLOT

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Dans l’obscurité de la salle de répétition, juste en dessous de la grande scène du Théâtre de Grand-Champ, à Gland, une surprise attend la metteuse en scène Julie Annen, à la tête de la Compagnie Rupille 7 née en 2015 et basée à Arzier. À six jours de la première de «Chèvre/Seguin/Loup», inspirée de «La chèvre de Monsieur Seguin» d’Alphonse Daudet (1840-1897) et destinée aux jeunes, ses trois comédiens, Adriana Da Fonseca, Viviane Thiébaud et Peter Palasthy, s’apprêtent à lui présenter une improvisation autour d’un moment charnière où la chèvre Blanquette jouit pleinement de sa liberté hors de la ferme. «Tonight, I’m gonna have myself a real good time...» Sur le tube de Queen, les lumières s’allument. «Loup, j’arrive!» jette la chèvre avec l’élan vital d’une renaissance. Elle danse en rythme avec deux acolytes, la fête s’invite au plateau et le paroxysme est atteint avec les poignées de confettis jetés dans les airs. Puis les voix s’essoufflent, l’énergie retombe, et la chèvre confronte le loup. Clap de fin. «Ça donne envie de la refaire puissance dix, conclut la cheffe d’orchestre franco-suisse de 39 ans. Il faudrait juste mettre un peu d’ordre!» Sans oublier qu’un millier de bouts de papiers colorés envahissent le sol.

«Au début du processus créatif, je préfère ne rien mettre sur le plateau pour que tout découle des acteurs, confie Julie Annen entre deux trajets vers son équipe. C’est ma façon de travailler, en inclusion, pour faire transparaître les évolutions. Mais une fois que le texte existe, je deviens très directive en terme d’intonations. Ce qui paradoxalement donne beaucoup de liberté aux comédiens.» Pour «Chèvre/Seguin/Loup», résultat d’un mois de travail, Rupille 7 s’est laissé porté par la trame originale. Une chèvre décide de s’évader de son étable pour gambader dans la nature verdoyante et se confronter au danger.

Mis au goût du jour, les thèmes évoqués apparaissent comme une nécessité pour l’artiste. «J’éprouve une urgence à questionner la notion liberté et les valeurs fondamentales d’une société. Que désire-t-on mettre en place avant qu’il ne soit trop tard?» Aussi engagée dans la médiation culturelle grâce à des ateliers créatifs dans écoles et lieux associatifs de la région, la pétillante Julie Annen a invité une poignée d’adolescents à s’exprimer au sujet du libre arbitre pour nourrir les répétitions. «Lorsqu’un jeune de 14 ans me dit qu’il ne se sentira lui-même qu’au moment où on arrêtera de le renvoyer dans les cordes, ça me fait réfléchir. À la base, le texte d’Alphonse Daudet a été écrit pour un ami pour le convaincre d’abandonner l’art au profit d’un emploi alimentaire. Selon moi, même si la chèvre risque de se faire dévorer en quittant sa prison, je me dis que ça vaut quand même le coup de risquer de vivre.»

Cornes, peau et béret

Sur scène, un décor minimaliste et quelques accessoires titillent l’imaginaire – deux cornes pour l’animal, un bout de peau pour le loup et un béret pour Monsieur Seguin. Les acteurs incarnent à tour de rôle chaque protagoniste, dans un principe de choralité. «Le chœur du théâtre grec antique représentait la cité. Ici, je veux faire la même chose. La portée d’une parole au moment de monter sur scène est pour moi cruciale.»

Formée à l’Institut supérieur des arts en Belgique (INSAS), Julie Annen, aussi fondatrice de la compagnie belge Pan! en 2005 n’est pas vraiment une débutante et a déjà raflé de nombreux prix. Elle peut aussi cette année se targuer d’une présence au prestigieux festival Momix (Alsace) avec «La soupe au(x) caillou(x)» (di 9fév.).

Son goût pour le théâtre jeune public remonte au début de sa carrière: enceinte de son premier enfant peu avant de passer son diplôme, elle décide soudain de changer de texte et risque «La sorcière du placard aux balais», de Pierre Gripari. L’école réunit un jury de jeunes, la pièce est un succès et tourne de nombreuses années. «Aller pour la première fois au théâtre est un acte fondateur pour un enfant, s’enthousiasme Julie Annen. C’est un public captif. On a une énorme responsabilité. La démarche artistique doit être totale pour que ça en vaille la peine.»

Gland, Théâtre de Grand-Champ Me 5 fév (14h), sa 8 fév. (11h et 17h). www.grand-champ.ch

Créé: 04.02.2020, 21h48

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