«Seuls» de Wajdi Mouawad arrive enfin au Théâtre de Vidy

ScèneRené Gonzalez l’avait rêvé, Vincent Baudriller accueille dès ce soir ce spectacle qui signalait une révolution dans l’écriture du dramaturge libano-canadien, aussi porté à la scène au Pulloff

Wajdi Mouawad interprète la pièce «Seuls» qu’il a écrite selon ce qu’il appelle une écriture polyphonique et qui traite de la question de ses origines.

Wajdi Mouawad interprète la pièce «Seuls» qu’il a écrite selon ce qu’il appelle une écriture polyphonique et qui traite de la question de ses origines. Image: DR

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C’est un vieux rêve du Théâtre de Vidy qui se réalise dès ce mardi soir. Créée en 2008, la pièce Seuls de Wajdi Mouawad avait été espérée par le directeur d’alors, René Gonzalez. Près de dix ans plus tard et cinq ans après sa mort, c’est sous la direction de Vincent Baudriller que cette œuvre décisive dans la trajectoire du fameux homme de théâtre libano-canadien de 48 ans arrive enfin à Lausanne. «Tout le monde se rejoint pour dire que cette pièce représente un véritable tournant pour lui», assure Arnaud Antolinos, collaborateur depuis dix ans de Wajdi Mouawad, qu’il seconde actuellement en tant que secrétaire général du Théâtre national de la Colline à Paris, dont le dramaturge est directeur.

Il y a d’ailleurs une ironie du sort dans le destin du petit Libanais, chassé de son pays par la guerre avec sa famille lorsqu’il n’a que neuf ans. Son premier pays d’accueil sera la France, où il restera les cinq ans réglementaires avant d’en être expulsé. Il finira par trouver refuge au Canada où son activité théâtrale le fera rapidement remarquer. Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres et depuis le début du mois de mai 2017 décoré de la Légion d’honneur, l’ancien indésirable dirige donc l’un des théâtres les plus prestigieux du pays et de sa capitale.

De Bogota à Tokyo

Plus que l’anecdote, ce rappel biographique vaut aussi pour mieux comprendre les enjeux de Seuls, pièce qui interroge avec force la question des origines, thématique incontournable pour celui qui finira par se passionner pour le théâtre en tant que déraciné. «C’est une question majeure et c’est pour cette raison qu’il la joue depuis si longtemps et qu’elle trouve des résonances de Bogota à Tokyo, en passant par Berlin, abonde son collaborateur. Chacun peut s’y reconnaître.»

Pour Wajdi Mouawad, s’exposer ainsi seul sur scène a aussi coïncidé avec la prise de conscience d’une nouvelle forme d’écriture. Si Arnaud Antolinos parle à la place du créateur, c’est qu’il est trop pris par le récent dévoilement de sa programmation à la Colline et par la publication conjointe d’un manifeste, Ode à l’ennemi, où ce responsable d’une institution culturelle nationale plaide avec charité et provocation pour une ouverture envers les adversaires du dialogue et de la liberté. Un activisme, qui l’oblige à un «service après-vente» médiatique.

«Son œuvre se constitue par cycles. Il y a eu celui de ses écrits de jeunesse, publiés ou non. Puis celui du Sang des promesses, avec quatre pièces qui l’ont fait connaître et dont Incendies demeure la plus jouée. Des œuvres qui sont de grandes épopées chorales, avec 8, 15, 20 acteurs – Forêts met en scène sept générations de femmes! Après ces formats, il est compréhensible qu’il ait senti la nécessité de se retrouver seul dans une salle de répétition pour se réinventer.»

L’écriture polyphonique

La réinvention ne passait pas uniquement par ce recentrage et l’exposition de ses motifs intimes, mais aussi par une nouvelle conception du texte, dont le vocabulaire passerait désormais par tous les éléments scéniques, non plus «en appui» du texte pur et de son interprétation, mais constitutifs d’un même discours. «Ce qu’il appelle l’écriture polyphonique intègre non seulement les mots mais aussi les gestes, les vidéos, les lumières, les sons.» Sur scène, les nombreuses interventions plastiques en devenaient toutes déterminées par un sens, une histoire à raconter.

La publication typographiquement audacieuse qui accompagnait Seuls témoigne également de la dimension de laboratoire de cette pièce où Mouawad dévoilait aussi les rouages de son imaginaire, de ses recherches, les jeux formels qui lui permettaient d’associer des centres d’intérêt éclatés, comme les lieux et les cultures qui ont rythmé sa propre vie. di Mouawad interprète cette pièce qu’il a écrite selon ce qu’il appelle une écriture polyphonique et qui traite de la question de ses origines. DR

Créé: 01.06.2017, 09h53

«Un obus dans le cœur» au Pulloff

Autre actualité autour de Wajdi Mouawad au Pulloff. Le metteur en scène Laurent Gachoud et le comédien Sofyen Khalfaoui portent à la scène le texte «Un obus dans le cœur», roman que le dramaturge libano-canadien a lui-même adapté en monologue. «Après une série de lectures, nous avons voulu continuer la démarche avec un projet scénique.»

Une fois encore, la question des origines est centrale dans ce seul-en-scène qui voyage dans les pensées de Wahab, appelé d’urgence par son frère à le rejoindre à l’hôpital où se meurt leur mère. «C’est l’élément déclencheur d’une remémoration, un détonateur qui fait ressortir son enfance de toute urgence. Dans ces pérégrinations imaginaires, le temps est distendu: la situation dure 20 minutes mais la pièce 1 h 30.» Pour le comédien, la performance est intense. «Ce n’est pas une pièce reposante, admet Laurent Gachoud, mais nous avons pris une optique différente de celle de Mouawad, qui donne beaucoup de place à la puissance vocale. Nous avons réduit ce crachoir permanent en le tirant vers plus d’intimité dans l’idée de gagner en charge émotionnelle.»

Lausanne, Pulloff
Du je 1er au di 11 juin
Rens.: 021 311 44 22
www.pulloff.ch

La pièce

Lausanne, Vidy
Jusqu’au sa 3 juin
Rens.: 021 619 45 45
www.vidy.ch

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