Sorti de ses déboires financiers, Barnabé se modernise mais conservera son âme

ScèneLes turbulences pécuniaires se sont apaisées au café-théâtre de Servion. Son nouveau directeur, Noam Perakis, épaulé par Céline Rey, a fait table rase. Rencontre

Céline Rey (adjointe) et Noam Perakis (directeur) ont repris les rênes du Café-Théâtre Barnabé, le plus grand de Suisse.

Céline Rey (adjointe) et Noam Perakis (directeur) ont repris les rênes du Café-Théâtre Barnabé, le plus grand de Suisse. Image: CHRISTIAN BRUN

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Sous les splendides charpentes du Café-Théâtre Barnabé, Noam Perakis affiche un sourire radieux. «Nous commençons à entrevoir le bout du tunnel. Je ne pensais pas que nous parviendrions à renverser la vapeur aussi vite.» Par la métaphore, le nouveau timonier de la vénérable institution de Servion nous apprend que la période de turbulences est derrière. Enfin presque. «Il reste encore beaucoup de travail. Nous ne sommes pas encore complètement tirés d’affaire, mais nous le serons, je l’espère, à la fin de la saison à venir.» Pour mémoire, l’an dernier, plusieurs spectacles ont été boudés par le public. Une sacrée guigne pour ce lieu mythique dont le budget est couvert par la billetterie à près de 90%.

Il a donc fallu bûcher pour redresser la barre. Nommés ce printemps, le nouveau directeur et son adjointe, Céline Rey, ont travaillé sans toucher un sou pendant des mois. Grâce à l’appui de bénévoles. «Les membres du conseil de fondation ont mouillé leur chemise, souligne Noam Perakis. Ils ont notamment placé les spectateurs, donné un coup de main au bar, rédigé les contrats.» Et de préciser que les techniciens et le personnel engagé sur les spectacles ont toujours été payés. «L’investissement pour remonter la barre est gigantesque. Si j’ai accepté cette mission, c’est parce que ce théâtre a une âme et que cela fait longtemps que j’en suis tombé amoureux.»

Pas de spectacles au rabais

Mais l’équipe ne pouvait pas fonctionner ainsi sur le long terme. «Le théâtre a dû se remettre en question, explique Céline Rey. Nous avons fait table rase et réalisé une refonte totale de la manière de fonctionner.» Le système de réservation a été modernisé, la communication a été revue, la prospection pour les soirées d’entreprise a été renforcée. Ces efforts n’auront pas été vains. Les trois derniers spectacles de la saison («Délit de Cuivre», «On Step Gospel» et «Le prénom») ont cartonné. Désormais salariés, Noam Perakis et Céline Rey ont pu embaucher un assistant administratif et une assistante de bureau à mi-temps.

«Ce que l’on craint aujourd’hui, c’est que les spectateurs se disent que nous programmerons des spectacles au rabais, vu que le théâtre a connu des difficultés, confie Noam Perakis. Mais nous ne sommes pas du tout dans cette optique-là.» Bien au contraire, la saison 2018-2019 s’annonce imposante (lire encadré). La ligne artistique? Résolument moderne mais attachée à l’essence du plus grand café-théâtre de Suisse. «L’idée est de faire du Barnabé 2.0, résume Céline Rey. Notre souhait est d’attirer un public plus jeune sans pour autant décevoir les habitués.» La Revue, remplacée l’an dernier par «La Cage aux folles», renaîtra sous une forme improvisée mais conservera ses tableaux musicaux fastueux. Noam Perakis détaille: «On prend les ingrédients existants et on tente d’en faire quelque chose de nouveau. L’actualité évoluant de plus en plus vite, les improvisateurs pourront réagir aux nouvelles du jour même.»

Une saison bien ficelée, des spectacles ambitieux, une belle brochette d’artistes attendus sur les planches: le café-théâtre est certes de nouveau à flot, mais il faudra veiller à maintenir le cap. Noam Perakis et Céline Rey se démènent pour éviter d’essuyer une nouvelle tempête. L’une des solutions esquissées: l’augmentation du soutien des pouvoirs publics. «Nous avons invité les autorités des Communes du district de Lavaux-Oron et l’État de Vaud à venir visiter le théâtre et à découvrir le patrimoine qui s’y cache, notamment son orgue de cinéma-théâtre et sa collection de 7000 costumes, reprend Noam Perakis. Cela a porté ses fruits. Certaines communes nous ont déjà apporté une aide, d’autres mènent des réflexions dans ce sens.» Quant au Canton, il pourrait augmenter sa subvention, qui s’élève à 70 000 francs.

«Les autorités ont conscience que ce lieu fait partie du patrimoine», reprend Céline Rey. Une richesse qui engendre des frais considérables. L’orgue et l’immense plateau du café-théâtre nécessitent un entretien constant. «Mais nous tenons à offrir au public ce que Barnabé a toujours fait: du divertissement de grande envergure!»

Créé: 29.06.2018, 09h05

De la magie et des paillettes!

The show must go on! Malgré ses ennuis financiers, le Café-Théâtre Barnabé dévoile une affiche flamboyante.
La saison commencera par le duo de claquettes des Sœurs Semelles (21 sept.). Le 28, les chanteurs de Voxset entonneront des airs célébrissimes de films et de séries télé – a cappella, s’il vous plaît. À l’approche des Fêtes, le concert de Noël s’émancipera de Bach
et Cie et se fera jazzy, avec la complicité d’un magicien (16 déc.).
La Revue de Barnabé fera son grand retour sous une forme improvisée, avec pour maîtres de cérémonie, en alternance, Benjamin Cuche et Sarkis Ohanessian (17 nov.-9 fév.). Puis le traditionnel Festival de cinéma muet permettra à l’orgue de cinéma-théâtre
de Barnabé (le plus grand d’Europe!) de déployer tous ses effets (7-10 mars), suivi d’«Oscar», nouvelle création des Amis du boulevard romand (5-7 avril).
Enfin, deux splendides comédies musicales montées par la Cie Broadway (que dirigent Noam Perakis et Céline Rey) concluront la saison: «Les producteurs», inspirée du film de Mel Brooks, et «Hotel California», florilège de tubes de rock. Such a lovely place! N.R.
www.barnabe.ch

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