L'Arsenic renoue avec l'enthousiasme

ThéâtreOscar Gómez Mata s’élance dans une «Conquête de l’inutile», à voir dès mercredi.

Avec «La Dérive» au fil du Rhône, offerte en complément de sa pièce, Oscar Gómez Mata traque l’enthousiasme de nos origines.

Avec «La Dérive» au fil du Rhône, offerte en complément de sa pièce, Oscar Gómez Mata traque l’enthousiasme de nos origines. Image: LAURENT GUIRAUD

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La compagnie genevoise L’Alakran revient à l'Arsenic, avec dès mercredi, "La conquête de l'inutile". On interroge le meneur Oscar Gómez Mata sur ce doublet musclé.

Après quelques formes plus proches de l’installation, vous revenez au spectacle théâtral. Une raison particulière?

Parce que j’aime le théâtre! Le jeu – dans son acception ludique autant que théâtrale. Je reviens donc au plateau pour m’amuser, et avec des partenaires que j’ai choisis dans cette optique: mes fidèles comédiens Javier Barandiaran, Txubio Fernández de Jauregui et Esperanza López, qui participaient à ma pièce de 2005, Optimistic vs Pessimistic. On se connaît bien, on a le même âge, à peu près la même expérience dans le métier. Nous nous sommes demandé, tous les quatre, ce que nous avions encore à dire. Et nous nous sommes mis d’accord sur ce fait: s’il y a une chose à garder, sur la scène de théâtre, c’est l’enthousiasme.

Votre création fait l’éloge de l’inutile. Qu’entendez-vous par là?

L’inutile, pour nous, correspond à ce qui n’est pas productif. Nous prenons le contre-pied de la performance, de l’efficacité prônées par un modèle économique qui préfère les solutions aux questions. Mais la société, ainsi, perd petit à petit le nord: on ne comprend plus ce qui se passe. Même les jeunes ressentent aujourd’hui le besoin de se recentrer, de renouer avec un sens existentiel. Or c’est parfois dans les choses qui ne servent à rien que l’on trouve du sens. Il s’agirait d’un acte de résistance contre la rentabilité à tout prix. Mais bien des choses rapportent sans qu’elles ne soient utiles, non?

L’inutile n’est pas le futile. Nous voulons retrouver du temps pour faire des choses importantes qui n’ont pas de fonction assignée. Dans le monde de la consommation, on ne pose pas cette priorité, on ratisse sans discrimination. Notre démarche est contraire: nous recherchons le sens intime dans l’inutile, dans des actes sans valeur apparente, en restant connectés à soi.

Militez-vous pour le revenu de base inconditionnel?

Je n’y avais pas pensé. Mais en poussant notre raisonnement, on pourrait bien arriver à cette conclusion! Moi, en tout cas, je suis pour. Chacun devrait pouvoir gérer le temps qu’il consacre à la société. Il faut repenser la valeur sociale de l’utilité et de l’inutilité. Et du coup revenir à la richesse cachée de l’art, à sa valeur non marchande. L’enthousiasme a un sens qui appartient à celui qui l’éprouve. La quête de l’inutile conduit à trouver sa propre essence au-delà des attentes fixées par les autres.

Pascal, que vous citez, soutient que l’homme ferait mieux de rester tranquille dans sa chambre. Vous adhérez?

Non, mais qu’il ait dit cela me fait rigoler. Il est vrai que parfois, on se sent bien jusqu’au moment d’aller affronter le monde. Encore que de nos jours, les murs de la chambre n’empêchent plus l’extérieur de nous envahir. La tentation de se calfeutrer, je la comprends, mais je pense qu’il faut sortir, aller à la bataille, trouver des compromis avec les autres, avec la ville, avec ses défaillances personnelles. Je reste un vitaliste!

«La conquête de l’inutile» Théâtre de l'Arsenic, lausanne , du mercredi 7 au dimanche 11 décembre 2016. www.arsenic.ch

Créé: 06.12.2016, 10h08

Calvin, Lénine et le Rhône

L’effort? Quatre kilomètres à travers Genève, en silence et à pas cadencé. Le résultat? Le plaisir gratuit d’une digression. Et le but de La Dérive: un retour à nos sources africaines, parce que, selon Martin Heidegger, «on avance toujours vers l’origine». Le cortège que conduit L’Alakran démarre à Saint-Gervais. En 75 minutes, il fera cinq haltes érudites, commentées par un membre de la compagnie. Première station, le «milieu du Rhône». L’occasion d’une allusion à Héraclite et sa parabole du temps: au moment où je regarde le fleuve, le fleuve n’est plus le même, et, tiens, j’ai changé avec lui. Deuxième escale au cimetière des Rois, devant la tombe d’un Jean Calvin («quoi que tu fasses, ce n’est jamais assez bien») dont les autorités n’ont pas respecté le vœu d’anonymat. A la rue des Plantaporrêts, la plaque indiquant l’adresse de Lénine en 1904-1905: une révolution s’est préparée ici. Parmi les ruines de l’ancien prieuré de Saint-Jean, des oiseaux, des dealers blacks, des fantômes de lépreux. Plus loin, au parc du Seujet, la présence invisible d’une Sculpture énorme et transparente. La boucle est bouclée: on se retrouve, fécondé, au berceau de L’Alakran qui aura 20 ans en l’an 2017.

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