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Interview«La "success story" de l’Arsenic est le fruit d’artistes jugés iconoclastes à leur début»

Patrick de Rham, nouveau directeur du théâtre lausannois, confie ses ambitions.

Patrick de Rham lance, le 21 septembre, sa première saison à la tête de l’Arsenic, une programmation qu’il dévoilera à un rythme trimestriel.
Patrick de Rham lance, le 21 septembre, sa première saison à la tête de l’Arsenic, une programmation qu’il dévoilera à un rythme trimestriel.
Odile Meylan

Dans quel état êtes-vous à quelques semaines d’accueillir vos premiers spectateurs, le 21 septembre?Je suis impatient. Jusqu’à présent, mon travail s’est déroulé au même rythme que lorsque je préparais une édition du festival Les Urbaines. Programmer de belles choses, je sais le faire. Gérer un rythme, avec le public comme avec les artistes, sur le long terme sera une nouveauté.

Votre arrivée à la tête de l’Arsenic s’accompagne d’une nouvelle identité visuelle. Cette révolution graphique amène-t-elle d’autres?Il y a un nouveau site Internet. Les programmes, trimestriels, se déclinent désormais en turquoise et rose fluo. Mais on ne touche pas à la spirale qui a marqué l’histoire du théâtre. A titre personnel, ce logo incarne la révélation que j’ai eue en découvrant ce lieu à la fin des années 1990, alors que j’étais encore surtout un passionné de musique. Entraîné par des amis, j’ai vu, pour la première fois ici, des propositions scéniques totalement en phase avec leur époque. Je reste donc très attaché à cette spirale. La communication sera toutefois plus simple et plus souple qu’auparavant. Je souhaite recentrer l’essentiel sur les spectacles. Ni les programmes, ni ma petite personne ne doivent se mettre entre le public et les artistes.

Et vos ambitions, côté artistique? La success story de l’Arsenic est le fruit des expérimentations d’artistes jugés souvent iconoclastes à leurs débuts mais en qui mes prédécesseurs ont fait le pari de croire et qui ont réussi à ouvrir des voies. Je souhaite réaffirmer simplement l’évolution qui traverse depuis 20 ans les arts scéniques, en diversifiant les formes proposées, que ce soit en matière de durée ou de discipline. J’ai peu de présupposés sur ce que doit être un spectacle contemporain ou sur les idées que doit défendre un artiste. Je ne suis ni un créateur, ni un dramaturge. J’espère avant tout être surpris, conquis par une urgence, une sensibilité, une recherche d’un futur collectif optimiste.

De quoi sera donc composée votre première saison? A l’affiche, le public trouvera de nombreux créateurs passés récemment ou il y a plus longtemps par l’Arsenic. Depuis une dizaine d’années, les musées se sont ouverts à la danse ou à la performance. Cette circulation doit aller dans les deux sens et des plasticiens qui veulent se saisir de la scène seront programmés. A ce jour, 35 rendez-vous – dont les deux tiers d’artistes romands – sont prévus jusqu’en juin. Au total, il y aura plus de 50% de coproductions.

Le paysage scénique lémanique est en pleine redéfinition, avec plusieurs nouvelles directions annoncées à la tête d’institutions genevoises. Une chance ou un souci pour l’Arsenic?Je suis surtout en position d’observateur. Mais ce qui se passe, je l’espère, permettra à la dynamique lémanique de se développer encore plus. Longtemps, Vaud et Genève ne tiraient pas à la même corde. Les choses semblent changer dans le bon sens.

Vous venez des Urbaines, vous défendez la transdisciplinarité. Que vous inspire, justement, le débat qui secoue une partie de la profession, au sujet des formes contemporaines qui seraient trop présentes à Lausanne, en particulier à Vidy?Peut-être que ces nouvelles formes n’ont pas encore été digérées, par les politiques culturelles entre autres, mais l’évolution vers la transdisciplinarité est terminée depuis un moment déjà. Cette polémique se brouille entre des questions liées au public et d’autres qui concernent des revendications professionnelles. Vidy a une résonance importante mais c’est l’Arsenic qui a fait le succès du théâtre romand au niveau national. Longtemps, on s’est plaint qu’il n’existait aucune continuité permettant aux artistes d’évoluer dans leur carrière. Je constate qu’aujourd’hui le maillage du paysage scénique permet vraiment de soutenir un processus d’évolution. Vidy veille à la diffusion internationale des artistes dont l’Arsenic avait la tutelle. La force de Lausanne, c’est sa porosité entre la scène institutionnelle et ses lieux plus alternatifs. Il n’a pas de ligne esthétique dictée par un establishment artistique ou politique. Quand on a le succès que l’on connaît, il faut arrêter l’autoflagellation. Notre rôle est surtout de préparer la relève de demain.

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