Thomas Ostermeier entonne Tchekhov à Vidy

ThéâtreLe grand metteur en scène allemand crée, dès vendredi à Lausanne, «La Mouette» et se frotte pour la première fois au dramaturge russe, en français du moins. Un événement.

L'Allemand Thomas Ostermeier est l'un des grands metteurs en scène du moment. Il promet une lecture de Tchekhov autour de l'amour contrarié.

L'Allemand Thomas Ostermeier est l'un des grands metteurs en scène du moment. Il promet une lecture de Tchekhov autour de l'amour contrarié. Image: Jean-Louis Fernandez

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Découvrir l’un des plus grands metteurs en scène du moment s’attaquer pour la première fois (en français du moins) à une pièce d’Anton Tchekhov, un plaisir qui ne se boude pas! Depuis plusieurs semaines, les spectateurs ont pris d’assaut la billetterie du Théâtre de Vidy. Car La mouette vue par Thomas Ostermeier (1968) est l’événement théâtral de ce début d’année, avant une tournée internationale prévue jusqu’à l’automne 2016.

L’enfant chéri et terrible du théâtre européen, directeur de la Schaubühne à Berlin, est depuis longtemps un habitué des scènes romandes. Jeune créateur, il est passé par le Théâtre du Grütli à Genève ou encore le Festival de la Cité à Lausanne. De John Gabriel Borkman à Un ennemi du peuple, en passant par Hamlet, Mesure pour mesure ou Les démons, sa troupe (germanique), aujourd’hui consacrée, tourne sur les cinq continents. Elle est régulièrement venue au Théâtre Kléber-Méleau et à Vidy. Où le brillant directeur d’acteurs a d’ailleurs créé en 2013 Les revenants, d’Ibsen, avec une équipe de comédiens francophones. Dès vendredi, c’est avec une distribution quasi identique – parmi laquelle Valérie Dréville, Jean-Pierre Gos, François Loriquet, Mélodie Richard ou encore Matthieu Sampeur – qu’il revisitera La mouette. Et prolonge ainsi des recherches scénographiques et dramaturgiques entamées en 2013: au Holland Festival, Thomas Ostermeier s’était déjà frotté au classique de Tchekhov, avec cette fois-là les comédiens néerlandais du célèbre Toneelgroep Amsterdam.

Génération après génération, le chef-d’œuvre du dramaturge russe, créé en 1896 à Saint-Pétersbourg et joué pour la toute première fois dans la langue de Molière à Genève le 3 octobre 1921 par le couple Pitoëff, a inspiré les artistes. Philippe Mentha en avait fait l’une de ses pièces fétiches entre Renens et Carouge. A Vidy, c’est avec une nouvelle traduction signée Olivier Cadiot que cette (triste) comédie de mœurs prendra forme. Autour de la constellation de personnages – parmi lesquels Nina, l’aspirante comédienne aimée par le jeune Konstantin, écrivain en mal de reconnaissance, son amant Trigorin, un auteur à la mode, ou encore Irina, actrice réputée –, il sera question d’art.

Mais Thomas Ostermeier promet surtout une lecture autour de l’amour contrarié. Car dans La mouette, tout le monde aspire à la reconnaissance. «Cette pièce est un condensé de la vie, rappelait le créateur lors de sa masterclass donnée en janvier à Vidy face à une salle pleine. Chaque personnage est malheureux car il aime la mauvaise personne. Cette pièce me parle car elle traite de deux sujets qui sont les plus importants pour moi: l’amour et le théâtre. Tchekhov a dit lui-même qu’il y a, dans cette pièce, 78 kg d’amour. C’était son poids. Il y a donc mis toute sa personne, tout son amour mais aussi tous ses questionnements autour de la possibilité de l’amour.»

Le besoin d’un nouveau réalisme

Féru de nouvelles écritures mais aussi d’auteurs classiques, Thomas Ostermeier a inscrit à son répertoire des textes d’Ibsen, de Brecht, de Kane ou encore de Ravenhill. En 2015, il a dynamité le Festival d’Avignon avec un symphonique Richard III, son cinquième Shakespeare. Comme toujours chez lui, sa Mouette promet une scénographie ambitieuse, du rythme et de la folie. «J’essaie toujours de retrouver la contemporanéité d’un texte classique.» Pour questionner. Pour débusquer «les mensonges de la vie, les contradictions entre ce que l’on essaie d’être et les possibilités de ce que l’on peut devenir».

Révéler l’indicible ou l’incompréhensible du réel, avec la volonté de défendre un «nouveau réalisme» qu’il oppose au naturalisme. Voici la quête que l’Allemand mène spectacle après spectacle. Le théâtre «ne doit pas se contenter de montrer l’image des choses mais réussir à révéler l’invisible qui circule entre les êtres», défend-il.

Car Ostermeier est obsédé par son souhait d’amener la vraie vie sur scène. Une ambition qui guide avant tout le travail effectué en répétition. «Au cours de cette phase, il s’agit de réussir à trouver quelque chose que ni moi, ni les acteurs n’auraient pu imaginer à la maison.» Le plateau devient alors laboratoire. Et la distribution essentielle à la création. «Tout art est quelque chose qui doit partir de nos expériences de la vie.» Des expériences de vie qui doivent amener, sur scène, le souffle de l’auteur, celui des acteurs, celui de l’époque. A Vidy, dès vendredi, ces souffles seront, entre autres, soutenus par une plasticienne. Chaque soir, en direct, elle réalisera une peinture. Une touche d’abstraction pour nourrir la poursuite du réel. Et le dialogue ouvert par Thomas Ostermeier, par-delà le XXe siècle.

Créé: 24.02.2016, 10h17

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