Le tigre de Pierric Tenthorey a rugi mollement au Théâtre du Jorat

Le Veveysan champion du monde de magie a dévoilé une nouvelle création, de loin pas à la hauteur de son talent. Déception

Pierric Tenthorey, magicien.

Pierric Tenthorey, magicien. Image: Florian Cella

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Pierric a encore du pain sur la planche. La première de Tigre! Tigre!, vendredi à Mézières devant 800 spectateurs, a laissé un goût d’inachevé. Car la marge de progression, jusqu’aux prochaines représentations fin octobre à Vevey, est grande. Après avoir tourné durant dix ans avec un Homme encadré sur fond blanc finement ciselé dans l’épure esthétique, dans la rigueur narrative, dans la justesse du geste et la maîtrise des illusions, le champion du monde de magie a offert un nouveau spectacle plus ambitieux mais bien moins abouti à son personnage burlesque, qui manie la magie comme il jongle, qui danse, mime et pousse avec humour le public dans des questions philosophiques sur fond de claustration.

Le touche-à-tout a repris l’idée de base du premier opus, enfermant son clown muet dans une pièce dont il tente de sortir, usant de répétitions pour nouer la connivence avec le public. Mais, construit autour de leitmotivs plutôt que de variations, les saynètes quittent cette fois-ci les rivages kafkaïens d’une situation de départ cauchemardesque pour aller fouiller plus avant l’humanité et l’animalité de sa marionnette, ainsi que la perversité des rapports humains. Aux prises avec des éléments extérieurs, la quête n’est plus de s’extraire coûte que coûte du décor carnivore mais, plutôt, de composer avec les intrus et surprises qui surgissent sur scène. Pour corser le jeu, Pierric mélange des astuces très simples à d’autres plus élaborées, ajoutant des numéros de grande illusion avec apparitions d’objets ou corps qui défient la gravité. Il y a plein de bons gags. De nombreux tours bluffent le spectateur. La générosité de l’artiste n’est jamais prise en défaut. Encore faut-il qu’il maîtrise toutes les cordes qu’il accroche à son arc. Ou à son violon.

Sur le papier, l’idée de départ permettait d’aller fouiller plus largement la gamme émotionnelle du personnage. Elle se veut, aussi, très spectaculaire, avec un final emporté par des éléments déchaînés. L’exercice de style paraît pourtant trop régressif. Et très bricolé. L’absurde a, cette fois-ci, cédé la place au loufoque – on ne compte plus les moments où l’analyse psychologique autour de la bestialité se suffit d’imitations zoologiques ou de combats clownesques de coqs adolescents. Le travail esthétique, autour de l’éclairage coloré par exemple, aurait mérité plus de rigueur pour emballer la proposition d’un vrai élan poétique. Sans oublier les effets – même des très simples ou d’autres rodés dans le précédent spectacle – qui n’étaient techniquement pas ajustés. Avec, aux côtés de Pierric Tenthorey, un comédien musicien et une danseuse qui n’ont de loin pas sa virtuosité, cette nouvelle création pâtit définitivement trop d’à-peu-près. Elle perd en fluidité ce qu’on croyait gagné en maturité.


"Tigre! Tigre!" Vevey, Théâtre Le Reflet, ve 27 et sa 28 oct. (20 h). Rés.: 021 925 94 94 Cossonay, Pré-aux-Moines, ve 2 mars 2018 (20 h). Rés.: 021 861 04 75 www.pierric.ch (24 heures)

Créé: 12.09.2017, 11h46

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