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Pour/ContreAvec «D’autres», Tiphanie Bovay-Klameth fascine autant qu’elle dérange

La comédienne lausannoise joue son solo ethnographique à l’Arsenic, à Lausanne. Critiques.

Sur scène,Thiphanie Bovay-Klameth paie de sa personne pour incarner tous les membres d'une communauté villageoise en pleine organisation de sa soirée de gym.
Sur scène,Thiphanie Bovay-Klameth paie de sa personne pour incarner tous les membres d'une communauté villageoise en pleine organisation de sa soirée de gym.
julien Mudry

Après avoir tourné dans toute la Suisse romande et avant le Casino de Rolle en 2018, Tiphanie Bovay-Klameth s’installe à l’Arsenic avec D’autres. Dans sa performance ethnographique créée l’an dernier au 2.21, la comédienne lausannoise incarne tous les rôles d’une petite communauté villageoise, au moment où s’organise une soirée de gym. Un seul en scène qui fascine autant qu’il peut surprendre.

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POUR

Gérald Cordonier

Chef de la rubrique Culture & Société

Avec son solo tragicomique à l’accent du terroir, Tiphanie Bovay-Klameth réussit une fusion rare sur les scènes romandes: offrir au public un spectacle populaire qui ne déroge à aucune règle des recherches contemporaines (affectionnées par les jeunes générations d’artistes). Ou l’inverse. Élaboré telle une partition qui entrelace finement ses fils narratifs (et donc les niveaux de lecture), D’autres – son premier seul en scène entièrement conçu, écrit et joué – offre surtout à la comédienne un terrain dans lequel elle peut déployer sa force de jeu. Et c’est peu dire. Durant 1 h 30 – avec, il est vrai, un petit quart d’heure de trop –, le caméléon Bovay-Klameth habite une vingtaine de personnages, navigue de caractère en caractère, change de corps en un geste ou une flexion de voix. La performance impressionne. Elle inquiète aussi. Car, sans concession, l’artiste nous plonge dans les névroses ordinaires des petites gens. Sans cynisme mais avec un sens de l’observation qui autorise la caricature, elle appuie là où ça grince. Forcément, ça dérange. Mais en puisant le spectaculaire dans les interstices du quotidien et les petites manies de cette communauté villageoise, l’artiste virtuose réussit surtout à réveiller les angoisses existentielles qui sommeillent en chacun.

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CONTRE

Boris Senff

Journaliste, rubrique Culture & Société

Les indéniables talents scéniques de Tiphanie Bovay-Klameth (les planches romandes ont gagné une présence d’une intensité remarquable) ne sauraient la dispenser de répondre du propos de son seul en scène D’autres . Si l’enfer, c’est toujours les autres, il s’agit encore de prendre la température de cette (con)damnation. Sur le ressort de l’imitation de ses proches, la comédienne verse trop souvent dans la caricature, filant des excès qui finissent par se confondre avec une volonté de moquerie. Mais le trait forcé ne fait-il pas partie des flèches du carquois comique? Certes. L’outrance en soi n’est pas le principal reproche que l’on fera au traitement qu’elle inflige à ses personnages, une classe populaire saisie dans une médiocrité surlignée. Bête et méchant se pose en slogan acceptable. C’est plutôt le ressassement des tics, tocs et autres faiblesses de ses incarnations qui lasse. Certaines scènes y échappent. Quelques moments clés structurent vaguement le propos. Mais, à l’image de la tante prise dans ses délires d’écholalies, le spectacle fatigue plus qu’il n’indigne en insistant avec complaisance sur les mêmes travers humains.

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