Tiphanie Bovay-Klameth sublime l’âme villageoise

ThéâtreLa comédienne lausannoise réussit avec son premier solo, D’autres, une performance ethnographique troublante autant qu'hilarante. Critique.

L'affiche du spectacle.

L'affiche du spectacle. Image: DR

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Zouc, sortez de ce corps! L’observatrice incarnée (et torturée) du tréfonds de l’âme humaine - depuis longtemps retirée des feux de la rampe -, aurait-elle enfin quelqu’un à qui transmettre le témoin? On attendait avec impatience le premier seule-en-scène de Tiphanie Bovay-Klameth, comédienne passée par la troupe des Deschiens et pilier de l’univers loufoque du Fribourgeois François Gremaud.

Au 2.21 depuis une semaine avant l’Echandole les 29 et 30 mars, la native de Bussigny réussit une performance scénique et humoristique bluffante. Et subjugue par son acuité à saisir et transcender les névroses ordinaires, par sa capacité à visiter une multitude de personnalités toutes plus banales les une que les autres, mais tellement vraies et attachantes.

La vérité de sa proposition autorise la comparaison avec la géniale Jurassienne. Et pas seulement à cause de leur ressemblance physique. Comme son aînée et modèle dont elle paraît avoir entièrement digéré l’art, Tiphanie Bovay-Klameth tire le spectaculaire de petits riens. Sans jamais tomber dans le “à la manière de...”. Sans jamais, non plus, céder aux codifications du spectacle comique.

Durant une heure trente (15 minutes en trop, il faut l’avouer) et sur un plateau totalement nu, la comédienne donne corps, sans jamais moquer, à tous les membres d’une communauté villageoise qui prépare la soirée annuelle de sa société de gymnastique, de la préparation des costumes et l’aménagement de la salle au salut final d’une soirée conçue avec la passion des petites gens, investies dans leur mission, généreuses, vite débordées aussi.

Le fil narratif principal se double subtilement d’une incursion dans le deuil de l’une des participantes. A l’heure d’enterrer le proche, ce drame familial se remplit de tragédies ménagères, de maladresses ou d’imperfections du quotidien. Et donne, surtout, la dimension toute personnelle au solo imaginé par la comédienne, sur fond d’absence du père.

A un rythme vertigineux le caméléon Bovay-Klameth navigue de caractère en caractère. La comédienne paie de sa personne. Elle se démultiplie, se donne la réplique, change de personnage en un geste ou une flexion de voix, habite littéralement les corps et les esprits. Au gré de ses pérégrinations dans les petits riens, de ses regards lancés aux ombres qu’elle crée, de ses acrobaties physiques, elle réussit littéralement à remplir le vide qui l’entoure. Quelle force d’évocation! Qui plus est lorsque cette démonstration virtuose - presque effrayante tant l’artiste paraît, par moment, possédée par ses créatures - réussit à amener les émotions à fleur de peau.

“Quand la passion est réelle, on perd le contrôle de soi”, dit l’une des monitrices de gymnastique. “Quand la passion est authentique et l’inspiration sincère....” devrait-elle dire.

Créé: 04.03.2017, 13h52

Infos

Au 2.21 à Lausanne, les représentations affichent complet. Il reste des places pour l'Echandole à Yverdon (29 et 30 mars, rés.: 024 423 65 84 ou www.echandole.ch)

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