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ThéâtreAu TKM, le comédien-funambule Omar Porras sublime Beckett

Dirigé par Dan Jemmett, le Colombien livre une interprétation virtuose de «La dernière bande», soliloque tragicomique. Critique.

Au TKM, Omar Porras habite le personnage de Krapp avec une rare justesse.
Au TKM, Omar Porras habite le personnage de Krapp avec une rare justesse.
MARIO DEL CURTO

Dan Jemmett, habile révélateur de l’âme humaine, a vu juste lorsqu’il a perçu l’étincelle de Krapp chez Omar Porras. Sur la scène de «son» théâtre, le TKM, le comédien colombien habite avec une justesse rare le héros de La dernière bande de Samuel Beckett. Déjà les dix premières minutes du spectacle révèlent l’épaisseur de ce personnage exhalant le pessimisme beckettien. Dix minutes plongées dans le silence, donc, où les postures, les gestes, les mimiques subtilement grimacières disent tout de ce Pierrot philosophe. Lorsque Krapp se met à parler, enfin, on est déjà avec lui. Dans sa turne décrépite. Dans sa solitude d’écrivain raté au crépuscule de sa vie.

On rit avec lui de ce «petit con» qu’il était trente ans en arrière, sur ces vieux enregistrements qu’il réécoute, rembobine et débobine (les effets sonores de la bande forcent l’effet comique: facile mais efficace). On s’amuse de ses commentaires acerbes sur ce «moi» d’antan. On s’émeut, aussi, de son expression mélancolique – Pierrot, encore – lorsque vient le récit de ses amours perdues.

Cabotin, Omar Porras? Que nenni. En funambule de la scène, il vadrouille entre farce et tragédie, entre parole et mime dans ce texte lapidaire, ciselé, nourri de ruptures. Esquissant la facette clownesque de Krapp sans en forcer le trait, Dan Jemmett souligne une notion qui lui est chère, celle de numéro (24 heures du 10 novembre). Bien lui en a pris. En transposant la turne de Krapp sur la scène d’un théâtre (jolie mise en abyme!), le metteur en scène londonien fait écho, non sans ironie, à l’essence dramaturgique de l’écrivain irlandais. Comme l’écrit l’historienne du théâtre Catherine Naugrette: «Pour Beckett, l’échec de l’artiste à représenter le monde constitue la matière même de son art.»

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