Au TKM, Omar Porras trouve ses aises

Un théâtre, une saisonLe metteur en scène a dévoilé, mardi, le programme qui composera sa troisième saison à la tête du théâtre de Renens. Au menu: 21 rendez-vous artistiques.

Dans <i>Frères Ennemis</i>, le Vaudois Cédric Dorier plonge une distribution de choix dans l’univers de Racine.

Dans Frères Ennemis, le Vaudois Cédric Dorier plonge une distribution de choix dans l’univers de Racine. Image: Alan Humerose

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Un bon 30% de théâtre pur, un tiers de propositions qui acoquinent volontiers des comédiens avec des musiciens ou des danseurs et, enfin, un dernier tiers de vrais concerts, classiques ou d’artistes du monde. Il fallait oser proposer trois fois plus de rendez-vous artistiques que son prédécesseur. La formule défendue par Omar Porras pour la programmation du TKM semble porter ses fruits. Alors que le metteur en scène a dévoilé mardi le déroulé de sa troisième saison à Renens, il a annoncé un bilan plus que réjouissant pour celle qu’il vient de boucler: les 92 soirées théâtrales et les 11 dédiées à de la musique ont affiché un taux de fréquentation moyen supérieur à 83%. Avec près de 24 300 spectateurs, le TKM atteint un score rarement égalé du temps où le théâtre s’appelait encore Kléber-Méleau. De quoi donner confiance au Colombien d’origine qui défend le mélange des genres, dans ses mises en scène comme avec sa casquette de directeur.

«Je crois en un théâtre total qui mélange tous les savoir-faire liés aux arts de la scène», confie Omar Porras en rappelant sa volonté de développer, au TKM, un répertoire de spectacles, issus de son Teatro Malandro mais pas seulement! Depuis son arrivée dans l’Ouest lausannois, le directeur a remonté sa célèbre Vieille dame tirée de Dürrenmatt, son Soldat imaginé par Stravinski et Ramuz, sans oublier sa première création dans son nouveau refuge: Amour et Psyché tiré de Molière, qui a fait le plein en mars dernier. En septembre, il allumera ainsi les feux en mariant sa fougue latine à la pudeur nippone, grâce à Romeo et Juliette, créé il y a cinq ans avec la troupe japonaise SPAC. Celle-ci rejoindra le TKM en juillet, sitôt qu’elle aura quitté le Festival d’Avignon où elle assure l’ouverture dans la Cour d’honneur.

Outre les deux créations de saison et la série de concerts – que le musicien en résidence Cédric Pescia dédiera à Bach ou Boulez –, le TKM promet d’accueillir, entre autres, six productions suisses ou étrangères: Courir, le récit musical et littéraire des aventures d’Emile Zátopek créé par Thierry Romanens et Robert Sandoz, On n’est pas là pour se faire engueuler, un cabaret Boris Vian mis en scène par Eric Jeanmonod et produit par le Théâtre du Loup, La ménagerie de Verre de Tennesse Williams, mis en scène en 2016 par le français Daniel Jeanneteau, ou encore la prochaine création de Jean Liermier au Théâtre de Carouge: Cyrano de Bergerac de Rostand, avec Gilles Privat dans le rôle du célèbre héros romantique.

Le TKM osera également le pari d’offrir un nouveau tour de piste aux Frères ennemis de Racine. Début 2018, il met à l’affiche cette pièce qui a valu à Cédric Dorier un grand succès critique et public depuis deux saisons. «C’est une production aboutie et ambitieuse. Ce spectacle a déjà tourné en Suisse romande mais je suis convaincu qu’il a encore un grand potentiel. Le TKM va donc permettre à Cédric de le recréer en troisième saison. Si l’on veut alimenter un répertoire nourri de propositions de qualité, il faut savoir tourner le dos au système actuel (ndlr.: lié aux soutiens publics) qui privilégie la nouveauté, les projets inédits. Défendre les créations est important. Nous inventer un héritage tout autant.»

On l’aura compris, Omar Porras n’entrera pas frontalement dans le débat qui secoue actuellement le paysage théâtral vaudois, quant aux efforts publics réalisés ou non pour soutenir un théâtre de facture moins contemporaine que celui privilégié par la politique culturelle lausannoise. «J’ai travaillé pendant 25 ans comme artiste indépendant et je connais très bien la réalité vécue par les créateurs. Je trouve, d’ailleurs, légitime de revendiquer et, pour ma part, je le fais par des poèmes qui s’entendent. C’est selon moi la meilleure manière pour défendre une situation et pour parler à tous. Quoi que l’on pense, Vidy constitue depuis Apothéloz la matrice du théâtre pour l’ensemble de la Suisse romande. S’attaquer à la matrice n’est jamais très sain car d’elle dépend la descendance!»

Et pour déjouer certaines idées reçues qui voudraient opposer artistiquement le TKM à son grand frère du bord de l’eau, c’est avec impatience qu’Omar Porras se réjouit de lancer le week-end d’octobre estampillé ¿Que tal Bogota?, une escapade théâtrale en Colombie imaginée main dans la main avec Vidy, autour de deux spectacles, plusieurs rencontres et des moments festifs. Cet événement sera le premier à placer la prochaine saison du TKM sous le signe du métissage. Qui se poursuivra autour de l’Inde en février, avec cinq rendez-vous dédiés au Kathakali, théâtre musical et dansé du Kerala.

(24 heures)

Créé: 30.05.2017, 21h13

Deux créations

«La dernière bande» de Samuel Beckett. «Ce projet est un vieux rêve, confie Omar Porras. Quand j’ai rencontré Dan Jemmett, il y a vingt ans à Vidy, il m’a dit avec son accent anglais: «Quand tu seras vieux, tu devrais jouer le rôle de Krapp (ndlr: écrivain raté qui revient sur son passé) et je te mettrai en scène.» On s’est revu il y a quelque temps et il m’a dit qu’il était prêt à donner de la place à Beckett dans ses recherches du clown métaphysique. Comme promis, il m’a proposé le rôle.» (14 nov.-3 déc.)
«Le choix d’Achille» d’après Homère. «Après avoir lu Camus et Proust avec une générosité incroyable, Michel Voïta m’a confié son rêve de raconter l’ Iliade sur scène. Je l’ai pris au mot mais je lui ai proposé d’en faire un vrai spectacle, avec tous les moyens du théâtre.» (27 fév.-18 mars.)

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