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CritiqueTrouvez-moi un «Titre à jamais provisoire»

À Vidy, Guillaume Béguin s’emmêle les pieds dans les circuits de sa création.

La femme androïde aux prises avec un homme élevé par un robot. L'amour ne connaît pas de limites.
La femme androïde aux prises avec un homme élevé par un robot. L'amour ne connaît pas de limites.
JULIE MASSON

Projet ambitieux que celui du metteur en scène Guillaume Béguin et de sa dernière création, «Titre à jamais provisoire», présentée depuis mardi dernier au Théâtre de Vidy. En cherchant à polariser des positions radicalement éloignées – celle de l’ancestral homo sapiens, d’un côté, le robot, de l’autre – il espère dévoiler, dans un même geste reliant un passé ancien et un avenir proche, la condition de l’être humain contemporain. Ses déchirements entre perte et nostalgie. Ses difficultés à éprouver une émotion dans un monde gouverné par les algorithmes.

Les obsessions biologiques et le chaos mental de son personnage de femme androïde, cherchant à lutter contre son insensibilité programmée, sont probablement les nôtres, mais le maelstrom de ses pensées pas toujours bien connectées – un effet réussi d’«expression-machine» – finit aussi par emporter sa pièce tripartite dans une confusion houleuse. Il en émerge pourtant des séquences fortes, le plus souvent des monologues, où se construit un discours parasité de bugs et de délires.

Le besoin de transmettre, d’enfanter selon un vecteur biologique qui a les faveurs de la société et de l’actualité politique (les polémiques autour de la gestation pour autrui) traverse la pièce et culmine dans une scène d’obstétrique au burlesque effrayant. Le besoin d’amour de créatures auxquelles manquent, si ce n’est des nerfs pour sentir, des sentiments pour ressentir, glace aussi dans l’expression de psychés aliénées, réifiées.

Mais Guillaume Béguin a mis beaucoup de jeu autour de ses lignes de force, trop souvent brouillées par l’excès de ce matériau disparate. Il devient dès lors difficile de relier certains volets du spectacle. Un flottement occasionnel dans le jeu d’acteur ainsi que quelques problèmes de diction, n’aident pas à clarifier cette galaxie qui crépite entre la forêt profonde et l’automatisation absurde.

Mention spéciale à la scénographie, ondulant entre ombres et lumières, végétation et cercueil-miroir, ainsi qu’aux masques inquiétants, qui confèrent un malaise sensoriel à l’ensemble dont on ne sait si les incohérences cherchent à traduire le non-sens des androïdes (merci le système d’exploitation) que nous sommes en train de devenir.

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