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FestivalLes Vaudois dans la jungle avignonnaise

Difficile de se frayer un chemin dans l’offre luxuriante du OFF d’Avignon. Prise de pouls.

Charlotte Monnier jouera «Et toi, t'es là pour quoi?» solo sur le thème de l'anorexie, à l'Espace Saint-Martial.
Charlotte Monnier jouera «Et toi, t'es là pour quoi?» solo sur le thème de l'anorexie, à l'Espace Saint-Martial.
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L'exubérant Omar Porras, capitaine du TKM à Renens, se dévoile dans «Ma Colombine», magnifique soliloque écrit par Fabrice Melquiot, son homologue au Théâtre Am Stram Gram, à Genève.
L'exubérant Omar Porras, capitaine du TKM à Renens, se dévoile dans «Ma Colombine», magnifique soliloque écrit par Fabrice Melquiot, son homologue au Théâtre Am Stram Gram, à Genève.
ARIANE CATTON BALABEAU
Philippe Soltermann clame son admiration du chanteur Hubert-Félix Thiéfaine dans «J'arriverai dans l'ascenseur de 22?h?43», au Théâtre Arto.
Philippe Soltermann clame son admiration du chanteur Hubert-Félix Thiéfaine dans «J'arriverai dans l'ascenseur de 22?h?43», au Théâtre Arto.
MEHDI BENKLER
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Le festival OFF d’Avignon a tous les attributs d’une jungle. Leurs rêves en bandoulière, les artistes y partent à l’aventure dans une chaleur étouffante. Mais sa loi peut se révéler sans pitié pour les explorateurs peu préparés à arpenter les chemins tortueux de ce monde aussi hostile que porteur de promesses. Rares sont les Vaudois à se risquer dans cette Amazonie théâtrale: ils sont une quinzaine cette année. Les plus vernis sont les élus de la Sélection suisse en Avignon, vitrine alléchante de la création romande et alémanique. Les autres devront conquérir leur place.

Un «passage obligé»

Dans le cagnard juilletien de la Cité des papes, comment appâter les spectateurs et les programmateurs dans la forêt luxuriante du «plus grand théâtre du monde», déroulant cette année 1592 spectacles dans 139 lieux, du 5 au 28 juillet? Créé en 1966 en marge du prestigieux IN fondé en 1947 par Jean Vilar, le OFF a le pouvoir d’ouvrir grand les portes aux compagnies en quête de dates de tournée. «J’avais envie de porter mon spectacle vers un territoire plus grand et il est clair qu’Avignon est un passage obligé», relève Virginie Janelas. La metteuse en scène de La Côte défendra sa pièce «Tête de cerf» au Théâtre du Centre, écrin de 50 places. Remplie d’espoir, elle ne se berce pas d’illusions pour autant. «On y va avant tout pour l’aventure. Ce qui compte c’est d’essayer.»

Car la concurrence est rude, pour ne pas dire acharnée. Il n’est pas rare de voir une troupe faire ses valises en cours de route, à sec. À la charge des compagnies, les frais de location d’une salle oscillent grosso modo entre 8000 et 15'000 euros pour l’ensemble du festival, sans compter les salaires et l’hébergement. Tous s’accordent sur ce point: le risque financier est énorme. «Il faut bien compter 20'000 francs pour un spectacle comme le mien», articule Charlotte Monnier. La comédienne jouera son touchant monologue sur l’anorexie, «Et toi, t’es là pour quoi?» accompagnée du musicien lausannois Jérémie Kisling, à l’Espace Saint-Martial.

Les coups de pouce pécuniaires – subventions des collectivités publiques – étant maigres, voire inexistants, les artistes pèsent le pour et le contre avant de descendre dans le chaudron avignonnais. Virginie Janelas a assuré ses arrières en amassant un pécule pour assurer au moins les salaires. «Nous avons fait appel à des soutiens privés et lancé un crowdfunding. Ça nous a permis d’atteindre la moitié de notre somme idéale, ce qui est déjà génial!»

Le comédien Philippe Soltermann a lui aussi placé les plus et les moins dans la balance avant de se décider à jouer son solo de fan de Thiéfaine, «J’arriverai par l’ascenseur de 22h43», au Théâtre Arto. À quelques jours de son premier plongeon dans le OFF, il confie: «Financièrement, je ne suis pas sûr d’y arriver, même si j’ai eu la chance d’obtenir des subventions. Ce qui m’a motivé à sauter le pas, c’est que je joue dans un lieu qui se trouve sur l’itinéraire des programmateurs. Et que j’ai une trentaine de dates à Paris dans la foulée, ce qui me permettra d’équilibrer mon budget si ça ne marche pas bien à Avignon.»

Une poignée de Vaudois (et de Romands) se serreront les coudes dans les murs de l’Espace Saint-Martial, créé en 2007 par Jean Chollet, pasteur-metteur en scène et ex-directeur des Terreaux, à Lausanne. Mêlant productions suisses et internationales, ce théâtre niché dans une église accueillera 18 spectacles cette année – dont trois pièces de la Cie La Marelle, fondée par Jean Chollet. Lequel observe, sous sa casquette d’artiste: «Les compagnies profitent des contacts des unes et des autres et s’entraident. Mais, pour être honnête, les programmateurs ne viennent pas autant que je le souhaiterais.»

L’art de tracter

L’enjeu principal reste de convaincre les spectateurs de se glisser dans la salle. Pour rentrer dans ses frais via la billetterie, bien sûr. Mais pas seulement. Au OFF d’Avignon, le bouche-à-oreille est pape. Le spectacle dont tout le monde parle attirera programmateurs et journalistes. La combine pour y parvenir? Le tractage. Pendant trois semaines, les artistes paradent en costumes, alpaguent les passants, improvisent des saynètes en dégainant leurs flyers dans une effervescence festive.

«Environ 80% du public arrivent par ce biais», chiffre Charles Seydoux, à l’affiche d’«Amok» à l’Espace Saint-Martial. Mais tracter est aussi un art. Avec ses codes et ses exigences. «Pour «L’Évangile selon Pilate», d’Éric-Emmanuel Schmitt, distribuer des flyers sur les terrasses ne suffit pas. Il faut décrire le spectacle, observe Jean Chollet. Pour «Mozart et Salieri», au contraire, deux chanteurs entament le «Papagena, Papageno» de «La Flûte enchantée», et le tour est joué!

Avignon, festival OFF Du 5 au 28 juillet www.avignonleoff.com

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Calvin en balade chez les papes

Sans compter la Sélection suisse en Avignon, les baladins de la scène genevoise se disséminent chaque été aux quatre coins du «plus grand théâtre du monde». Hormis «L’Oiseau migrateur» qu’il présente cette édition aux enfants petits et grands dans le cadre de la vitrine arrangée par Laurence Pérez, Dorian Rossel ira par exemple allumer sa «Laterna Magica» créée cette saison d’après Ingmar Bergman au Gilgamesh Belleville.

L’auteur, metteur en scène et directeur du Théâtre Am Stram Gram, Fabrice Melquiot, flambera lui aussi au cœur du magma créatif de sa France natale. Avec un tout frais «Hercule à la plage», variation sur le thème du héros aux 12 travaux que Mariama Sylla montera au Gilgamesh encore. Mais aussi avec ce «Ma Colombine» qu’Omar Porras n’a pas fini de tourner de sitôt, ainsi que trois performances originales données au Parvis d’Avignon: «Les Électronucléistes», qui fusionnent les improvisations scripturales de Melquiot, Emmanuelle Destremau et Samuel Gallet avec les musicales d’Eric Linder alias Polar; un de ces «Bals littéraires» dont l’animateur a le secret; et une attendue mise en musique de la splendide plume valaisanne de Jean-Marc Lovay, «Un Phare dans la montagne». Le tout, abstraction faite des spectacles tirés de ses œuvres publiées… Toujours au Parvis, Yvan Rihs dirigera Patrick Mohr dans son propre «Relais», un solo où le dialogue fuse.

À l’Espace Saint Martial, ce sont les inséparables Claude-Inga Barbey et Doris Ittig qui iront promener dans la zone franche entre la vie et l’art leur «Femme sauvée par un tableau» initialement dévoilée sur le plateau d’un Théâtre Saint-Gervais encore aux mains de Philippe Macasdar. Sans viser l’exhaustivité, on signalera enfin l’accès à l’Olympe avignonnaise du jeune chorégraphe genevois Edouard Hue, qui dansera deux pièces sur des compositions de Charles Mugel – un très physique «Forward» en solo, et «Into Outside», avec quatre autres interprètes, au Golovine Théâtre. Katia Berger

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