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ThéâtreVian et Lagarce nouent un dialogue à Dorigny

Dans «Schmürz», Gian Manuel Rau esquisse une variation autour de l’absurde sous la forme d’un diptyque caustique.

Les pièces de Jean-Luc Lagarce et de Boris Vian sont jouées l'une après l'autre.
Les pièces de Jean-Luc Lagarce et de Boris Vian sont jouées l'une après l'autre.
MARIO DEL CURTO

«Ce personnage, cet objet de théâtre rôdait depuis longtemps dans mon esprit.» Qui donc est ce Schmürz qui hante les pensées du metteur en scène alémanique Gian Manuel Rau? Un pauvre hère, un bouc émissaire chargé de tous les maux du monde, héros malgré lui d’une pièce de Boris Vian, «Les bâtisseurs d’empire». Saisi par l’aspect visionnaire de ce texte à la fois cruel et grinçant, l'artiste le porte à la scène dès samedi à la Grange de Dorigny. «Cette pièce de 1959 est d’une grande actualité, souligne-t-il, car elle parle d’une famille qui vit dans des circonstances qui rappellent les nôtres, en cette période d’urgence écologique.»

Mais son propos va plus loin. Esquissant une variation autour de l’absurde, le spectacle se décline sous la forme d’un diptyque sous le titre de «Schmürz». En guise de prologue, la toute première pièce de Jean-Luc Lagarce, «Erreur de construction», écrite en 1977 en hommage à «La cantatrice chauve» de Ionesco, ouvre les portes d’un monde absurde. Loufoque, aussi.

Miroir l’un de l’autre

L’intuition a cueilli le metteur en scène lors d’une promenade berlinoise: ces deux textes se font écho. L’un est le miroir de l’autre. «Tous deux sont traversés par les mêmes leitmotivs: les images d’un danger qui rôde, la sensation d’enfermement, le constat qu’on n’est rien devant un système oppressant.»

Car le Schmürz cristallise nos contradictions, les peurs qui nous envahissent, l’exclusion sociale. «C’est un être très laid, handicapé, intersexuel, dépeint le metteur en scène. Les gens le maltraitent, mais il se remet toujours et garde un grand sens de l’humour. Il personnifie la peur, mais aussi les principes de l’amour et du pardon. S’il avait une religion, il serait bouddhiste.»

Pour modeler cet univers absurde, la scénographie s’inspire d’éléments du brutalisme – courant architectural des années 50 à 70 –, appuyés par un éclairage puissant et un univers sonore prononcé. «Nous avons imaginé quatre espaces dans l’idée de marquer cette dystopie, qui dépasse le réalisme.» Au final, personne ne survit dans cette histoire tragico-burlesque. À l’exception du Schmürz. Et avec lui tous les exclus de la société.

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