Vidy et l’Arsenic dynamitent Tchekhov et Labiche

ScèneUn collectif irlandais revisite «Platonov» pour crier à la faillite d’une époque alors que la Cie Genevoise questionne sa créativité en mode vaudevillesque.

«Chekhov’s First play»  détourne avec audace «Platonov» de Tchekhov.

«Chekhov’s First play» détourne avec audace «Platonov» de Tchekhov. Image: DR

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Les scènes institutionnelles ont-elles définitivement tourné le dos au répertoire de texte? Et que reste-t-il des auteurs entrés au panthéon théâtral lorsque la nouvelle génération d’artistes s’en saisit? Alors que cette question anime et divise, depuis quelques jours, le milieu scénique vaudois (nos éditions des 13 et 16 mai), un heureux hasard de calendrier met à l’affiche lausannoise deux spectacles aux inspirations «classiques», chacun dans un genre différent, le drame ou le vaudeville.

L’occasion est parfaite pour sonder l’état de la liaison qu’entretient (ou non) la création contemporaine avec la tradition. Et – nous ne dévoilons là aucun secret – de mesurer avec quelle décomplexion les grandes plumes peuvent passer à la moulinette de la modernité. Qui les détourne sans le moindre tabou – sans respect, diront certains – pour réfléchir à la pratique théâtrale autant qu’à l’époque. Les deux levers de rideau ont lieu ce mercredi soir. Ces spectacles restent à l’affiche jusqu’à samedi et dimanche.

Au Théâtre de Vidy, c’est le collectif dublinois Dead Center qui, en accueil, devrait intéresser, entre autres, les inconditionnels du dramaturge russe avec Chekhov’s First Play, créé en 2015. Ce spectacle singulier et explosif, insaisissable aussi, convoque l’âme slave et propose – dans sa première partie, du moins – une adaptation toute classique du premier drame d’Anton Tchekhov. Après, ça se gâte carrément. Et le Platonov qu’une bande d’oisifs attend ne sera pas celui qui foule depuis 1880 les scènes du monde entier.

En quelques créations seulement, les Irlandais récompensés aux Irish Times Theatre Awards se sont fait remarquer sur les scènes de Londres ou de New York comme des enfants terribles qui triturent la dramaturgie avec leurs mises en scène audacieuses, marquées par une identité sonore soignée autant que par un goût assumé pour des questions fondamentales sur le théâtre. Casque audio sur les oreilles, le spectateur qui assiste à leur variation sur Tchekhov entend non seulement la pièce mais aussi le commentaire du metteur en scène qui réagit, en direct, à la représentation. Doublant les dialogues originaux d’une lecture du sous-texte attribué à cette célèbre pièce. Tirant la lassitude de cette petite bourgeoisie russe vers une thématique tout actuelle, sur fond de crise financière et identitaire occidentale. Le tragique n’est pas là où on l’attend. L’humour non plus.

A l’Arsenic, l’ambiance s’annonce tout autre. A l’instigation de trois comédiennes romandes – Anne Delahaye, Michèle Gurtner et Viviane Pavillon – les metteurs en scène Christian Geffroy Schlittler et Clémentine Colpin conduisent un projet collectif qui a pour point de départ La cagnotte d’Eugène Labiche. Cette nouvelle création sera dévoilée ce mercredi. «Il ne s’agit aucunement d’une adaptation et l’on ne retrouvera rien du texte original», confie Christian Geffroy Schlittler, le Français d’origine qui agite depuis plusieurs années déjà les scènes romandes avec ses spectacles nourris des maîtres du répertoire, de Molière à Tchekhov, en passant par Strindberg. «En nous inspirant avant tout de l’esprit et de la rigueur du vaudeville plutôt que de ses codes habituels, tels les portes qui claquent, nous avons cherché à écrire notre propre pièce comique pour exploiter, par exemple, le rapport que ce genre tisse avec la quotidienneté de notre existence ou pour expérimenter un certain niveau d’humour que l’on ne trouve que dans ces comédies.»

Comme dans la version originale, il devrait être question du déplacement rocambolesque d’une clique d’amis, des comédiens en l’occurrence. Mais dans cette Cagnotte, les pérégrinations géographiques s’annoncent surtout créatives, voire existentielles. «Nous avons imaginé un spectacle sur la création… d’un spectacle que l’on ne voit jamais, une pièce qui traite de la manière, presque angoissante, avec laquelle le vaudeville reste figé sur ses thématiques. Notre proposition devrait être divertissante. Il s’agissait, en tous les cas, de nous confronter à un genre et de cultiver un plaisir de jeu rare sur les scènes contemporaines.»

Créé: 17.05.2017, 10h04

Infos

Lausanne, Théâtre de Vidy
«Chekhov’s First Play», par Dead Centre, jusqu’au sa 20 mai. Rés.: 021 619 45 45
Lausanne, Théâtre de l’Arsenic
«La cagnotte», par La Cie de Genève, jusqu’au di 21 mai. Rés.: 021 625 11 36

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