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CritiqueA Vidy, «L’Avare» révèle l’obsession de l’argent et du profit

Ludovic Lagarde transpose le chef-d’œuvre de Molière dans un hangar d’import-export, où Harpagon se fait violent, délirant, survolté.

Laurent Poitrenaux (en gris clair), magistral en Harpagon.
Laurent Poitrenaux (en gris clair), magistral en Harpagon.
DR

«Ne rougissez-vous point de déshonorer votre condition par les commerces que vous faites? De sacrifier gloire et réputation au désir insatiable d’entasser écu sur écu?» harangue Cléante face à son père, Harpagon. Au Théâtre de Vidy, la lecture de L’Avare de Molière par Ludovic Lagarde révèle, avec farce et fracas, une tare majeure de notre société: l’avide appât du gain et du profit. Mué en boss despote d’une boîte d’import-export, Harpagon n’est pas sans rappeler certains chefs d’entreprise obnubilés par leur magot («Ô ma chère cassette!»), au détriment des relations humaines et autres considérations morales.

Il ne fallait pas moins qu’un Laurent Poitrenaux pour camper cet avare impétueux et délirant. Cinglant d’ironie et de cynisme, le comédien (déjà dirigé avec mae­stria par Lagarde dans Providence, cette année à Vidy) dévoile une prodigieuse veine comique. Bourré de tics nerveux, prompt à dégainer sa carabine, son Harpagon transpire à la fois d’extra­vagance grotesque et de violence. Ridicule quand il déclame sa flamme à Mariane en slam; survolté lorsqu’il découvre que Cléante en pince secrètement pour la même Mariane.

Mercredi, cette soirée de première à Vidy s’est achevée sous les paillettes pour fêter la 100e représentation de ce spectacle enlevé, aux accents (parfois) un peu trop potaches. Dans la salle, des dizaines de collégiens hilares ont été gagnés par la langue de Molière. Et son étonnante actua­lité.

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