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ThéâtreA Vidy, Guillaume Béguin chasse le robot qui menace en nous

Le metteur en scène présente à Vidy «Titre à jamais provisoire», sa dernière création. Rencontre.

La femme robot de Guillaume Béguin interroge des désirs très humains et cherche même l'amour en dépit de son insensibilité machinique.
La femme robot de Guillaume Béguin interroge des désirs très humains et cherche même l'amour en dépit de son insensibilité machinique.
JULIE MASSON

Après avoir beaucoup envisagé l’humain à la lisière de l’animalité à travers des pièces comme «Le théâtre sauvage» ou «Le baiser et la morsure» – attentive à la communication non verbale des singes –, Guillaume Béguin poursuit son interrogation sur les motivations profondes de notre existence.

Avec «Titre à jamais provisoire», il ne se contente pas de jauger les fondements originels qui nous animent toujours mais opère un saut dans ce qui n’est déjà plus tout à fait de la science-fiction, en examinant les préoccupations d’une femme androïde totalement technologique malgré son apparence biologique. «Elle est très proche de nous et en même temps très différente, commente le metteur en scène. Elle pose la question de qui nous sommes aujourd’hui à travers un prisme décalé.»

Le point de départ de ce projet collectif entamé «sans texte préalable» il y a plus d’un an tentait une fois de plus de mesurer ce qui demeure (ou ce qui disparaît) sous la surface d’évolutions incessantes. «Il y a 10 000 ans environs, nous étions encore des chasseurs-cueilleurs plus ou moins en fusion avec la nature dans le ventre de la forêt, avec, pour seule altérité, des végétaux et des animaux. Aujourd’hui, nous sommes biologiquement presque pareils mais la révolution numérique est passée par là avec des smartphones qui sont comme des bouts de nous-mêmes et qui nous aident à réfléchir. Personnellement, depuis que j’en ai un, je ne retiens plus aucun nom, car je sais que je peux les récupérer ainsi.»

Guillaume Béguin, qui a fini par écrire le texte définitif de cette nouvelle création, ne vise pas la dénonciation de la technologie et de ses applications actuelles. Tout juste cherche-t-il une distance critique avec des développements qui lui semblent inéluctables. «En ce qui me concerne, je ne suis pas très technologie. J’essaie juste de l’utiliser intelligemment. Chez ceux qui cherchent à rester à l’écart, j’observe souvent une certaine souffrance, liée à l’incompréhension du monde dans lequel ils vivent.»

Par contre, il peut très bien prendre à son compte, ne serait-ce que partiellement, l’insensibilité qu’il prête à son androïde. «La femme robot ne sent rien. Je crois que beaucoup de gens souffrent de cette difficulté à s’inscrire physiologiquement, à sentir le monde. La nature, le yoga, la nourriture comblent quelque chose, mais, dès que je me retrouve derrière mon ordinateur, je ressens de nouveau une coupure.»

Le chat en peluche vibrant

Les «techno-machines» s’infiltrent toujours plus dans la vie humaine. Guillaume Béguin a été attentif au Japon, pays qui refuse l’immigration et développe au galop une main-d’œuvre robotique, des adjuvants mécaniques comme des exosquelettes. «Dans les EMS, on a le choix désormais entre la TV et le chat, qui n’est plus qu’une peluche vibrante!»

Dans ces logiques de dépossession qu’entraînent les avatars de la virtualité, le metteur en scène se souvient de vacances en compagnie d’une amie très versée dans les réseaux sociaux. «Quand je suis rentré, j’ai voulu raconter mon voyage à des amis, mais ils m’ont tout de suite arrêté en me disant qu’ils savaient déjà tout…» Dans ces nouveaux environnements sommeille toujours un chasseur-cueilleur en nous. Mais les désirs se transforment. Les frustrations également. La science ouvre d’immenses horizons, mais pas tous les possibles. Le rêve y survivra-t-il? «Titre à jamais provisoire» s’infiltre dans la question.

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