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ThéâtreÀ Vidy, les joueurs de cartes italiens ouvrent leur malle à souvenirs

Massimo Furlan a invité les retraités joueurs de cartes à monter sur scène dans un spectacle vibrant et vivifiant. Critique.

Dans «Les Italiens», les trois retraités en costume de Superman font une démonstration de leurs jeux de cartes fétiches.
Dans «Les Italiens», les trois retraités en costume de Superman font une démonstration de leurs jeux de cartes fétiches.
PIERRE NYDEGGER

«L’Amérique n’existerait pas sans les Italiens!» Cette phrase prononcée par Richard Nixon est un joyau dans la malle à souvenirs de Silvano Nicoletti. Au Théâtre de Vidy, il raconte, pas peu fier, sa rencontre fugace avec le président américain au Beau-Rivage Palace de Lausanne. À ses côtés, Giuseppe Capuzzi et Luigi Raimondi content à leur tour leur départ de leur Italie natale dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Suisse.

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A relire:Massimo Furlan mise sur un brelan tricolore

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Fresque émaillée de culture populaire tricolore, «Les Italiens», nouvelle pépite de Massimo Furlan, dépeint les vies aussi belles que cabossées de ces retraités qui jouent aux cartes à Vidy. Entre dévoilements intimes et touches de fantaisie folâtre dont seul Furlan a le secret, le spectacle émeut sans tirer les ficelles du pathos et s’articule avec finesse autour de thèmes tels que la filiation, la langue, l’intégration.

Les rêves de gosses, d’abord. Ces souvenirs douillets qui tapissent leur mémoire. Silvano voulait «faire rigoler le monde comme Fernandel», Giuseppe s’imaginait en Alessandro Mazzola, star de l’Inter Milan. Et Luigi? Son père était sa figure tutélaire; ses valeurs étaient son point d’ancrage: casa, chiesa, lavoro («maison, église, travail»). Ce rapport au fils s’incarne à travers la génération des secundi. Tissant pudiquement des liens avec ces pères de substitution, Francesco Panese, Vincenzo Di Marco et Miro Caltagirone déroulent des bribes de leur propre histoire en contrepoint aux récits de leurs aînés. Poignante, cette confession de Vincenzo sur son rapport au sicilien. «C’est la langue de la honte, des culs-terreux. Mais c’est la langue de mon grand-père, de mon père. Elle m’a appris le silence, l’esprit de l’ironie et surtout la comedia.»

La voix des femmes résonne à travers le bouleversant soliloque d’Alexia Casciaro. La danseuse originaire des Pouilles se mue en chanteuse à paillettes avant de laisser tomber son micro. «Je ne peux plus continuer.» Face public, elle raconte que sa grand-mère n’a eu le droit de porter de belle robe qu’une fois allongée dans son cercueil. «Je porte ce poids, je porte cet héritage.» Celui de la femme brimée. Frissons.

En allégorie de la Suisse, la danseuse Nadine Fuchs livre un point de vue double, tressé de son propre vécu et des clichés de l’intégration: «Que viens-tu faire ici?» demande-t-elle aux Italiens entassés dans une vieille Fiat. L’italien, si expressif, s’entremêle au français, le drame à la frivolité, la fragilité à la chaleur humaine dans ce petit bijou scénique. Vibrant et vivifiant.

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