Passer au contenu principal

CritiqueA Vidy, «Mesure pour mesure» de Shakespeare ne sort pas assez de sa boîte

La mise en scène de Karim Bel Kacem pousse son dispositif au maximum pour un résultat peu concluant

La nouvelle boîte de Karim Bel Kacem est subdivisée en deux espaces avec, de part et d’autre, les gradins du public.
La nouvelle boîte de Karim Bel Kacem est subdivisée en deux espaces avec, de part et d’autre, les gradins du public.
LDD

Le metteur en scène Karim Bel Kacem s’acharne à concevoir des mises en scène qui sont autant de mises en boîte littérales. Pariant sur la proximité et les modulations d’un son que les spectateurs perçoivent dans des écouteurs, il a déjà proposé deux pièces – Gulliver et Blasted de Sarah Kane – où le public dûment casqué s’installait derrière des vitres sans tain autour des parois d’un espace fermé pour assister au spectacle de points de vue très différenciés.

Ce dispositif culmine dans sa version du Mesure pour mesure de Shakespeare, pièce qui lui permet aussi d’en prendre ses distances puisque Karim Bel Kacem revient à des gradins situés de chaque côté d’une boîte vitrée, elle-même subdivisée en deux espaces. Se trouver d’un côté ou l’autre (le bureau du pouvoir ou la prison) change donc la perception que l’on a de la mise en scène.

Tout cela est aussi fastidieux à expliquer que pauvre en pertinence, même si ce nouvel essai exploite plusieurs belles trouvailles comme des projections qui se démultiplient en enfilade sur les différents niveaux de vitrage, des jeux sonores plus aboutis avec des séquences de chuchotements. Les meilleurs moments déploient des ambiances spectrales à faire passer un moine chenu pour l’Empereur de Star Wars entouré d’hologrammes! Sur l’argument de l’intransigeance au pouvoir et de la surveillance généralisée, Karim Bel Kacem cherche à tirer Shakespeare du côté de la société du risque zéro et de l’état d’urgence permanent.

Angelo, parangon de vertu que le duc de Vienne a choisi comme remplaçant lors d’une absence, revendique une intransigeance absolue envers Claudio, condamné à mort pour «lubricité» avant mariage. Le puritain finira par être pris à son propre piège, captivé par la sœur de l’accusé au point de trahir ses convictions. Heureusement, le duc, en surveillant maniant aussi bien les techniques du déguisement (en moine) que la surveillance vidéo, veille au grain et chacun sera puni selon son grade…

Avec sa complexité gratuite et factice, le dispositif n’apporte pas de plus-value décisive à une pièce qui pourrait facilement s’en délester. Apparaîtrait alors avec plus de netteté une mise en scène disjointe, éparpillant ses centres d’intérêt et ses ressorts dramatiques. Le finale, en parodie d’émission TV, permet de s’ébrouer hors de la boîte en conservant la notion de «spectacle généralisé» et, épisode drôle et surprenant, cherche un renouveau de la perspective qui ne suffit pas à ressaisir la pièce.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.