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ThéâtreÀ Vidy sévit un Frankenstein plus indigeste qu’horrifique

La Fabrique des monstres de Jean-François Peyret se présente en créature scénique boursouflée. Critique.

La Fabrique des monstres ou Démesure pour mesure de Jean-François Peyret profite tout de même d’un beau quatuor de comédiens.
La Fabrique des monstres ou Démesure pour mesure de Jean-François Peyret profite tout de même d’un beau quatuor de comédiens.
MATHILDA OLMI

«Je sens que la fin est proche.» Heureux protagoniste de La Fabrique des monstres du dramaturge Jean-François Peyret dont la première avait lieu mardi au Théâtre de Vidy. Car, pour le soussigné, la fin de la pièce, si ardemment attendue, tardait, tant le galimatias et la mise en scène désordonnée de cette variation autour du Frankenstein (1818) de Mary Shelley épuisaient dans la saturation et le télescopage de ses multiples éléments.

Certes, le metteur en scène se revendique du chaos, citant d’ailleurs dans ses notes d’intention la préface de Mary Shelley à son ouvrage, dans l’édition de 1831: «L’invention, il faut l’admettre humblement, ne consiste pas à créer à partir du vide, mais du chaos (…). Elle consiste en la capacité de saisir les potentialités d’un sujet, et dans le pouvoir de modeler et mettre en forme des idées qu’il lui suggère.»

La question du scientisme et du genre

Quand il s’agit de repérer les aspects à mettre en valeur, Jean-François Peyret effectue des choix prometteurs. Apparaît rapidement la question du scientisme, cette valorisation de la science comme outil ultime de compréhension du monde, mais opérant par l’analyse et donc la division. Ou encore celle du genre, liée à l’une des premières célébrités littéraires féminines du XIXe rivalisant sur un champ d’expression dominé par les hommes.

Par contre, quand il s’agit de «modeler et mettre en forme», le bât blesse. On croit deviner certaines hypothèses qui ont présidé à ce puzzle frénétique bouturant les discours les plus divers dans l’essoufflement d’un plateau où le silence n’a presque jamais sa place. La science, tout à son éclaircissement détaillé de parcelles du réel, ne parvient plus à générer une vision d’ensemble. Et le corps disjoint des logos fait donc écho à celui de Frankenstein, assemblage de cadavres revivifié, mais à l’unité problématique.

Sur le papier, ce mimétisme paraît séduisant. Sur scène, il devient indistinct, brouillé par un parasitage constant, pourtant revendiqué, et semble davantage s’adresser à un cercle fermé de «décrypteurs» qu’à un public ouvert qui ne se privait d’ailleurs pas de quitter la salle.

Il faut ajouter que Jean-François Peyret ne lésine pas sur la difficulté puisque son kaléidoscope fait encore surnager l’histoire de Frankenstein lui-même, cette créature romantique engendrée par la science et blessée par sa condition de monstre sensible mais incompris. Passons sur quelques tics du théâtre contemporain, comme cette nécessité d’exhiber le plateau à nu ou de monter le fracas du son. Plusieurs saynètes déploient de l’inventivité, de la force ou un comique tordu (ce clin d’œil à Fin de partie de Beckett), grâce à des acteurs très vifs (Jeanne Balibar, Jacques Bonnaffé, Joël Maillard, Victor Lenoble). Mais leur enchaînement intrépide s’abat sur l’attention, ajoutant du trouble au trouble.

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