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ScèneLes vives splendeurs du «Cid» brillent encore sur les planches du Théâtre du Jorat

«Le Cid» de Corneille arrive à la Grange sublime dans une mise en scène d’Yves Beaunesne. Propos

Les yeux de Chimène (Zoé Schellenberg) brillent à Mézières dès vendredi.
Les yeux de Chimène (Zoé Schellenberg) brillent à Mézières dès vendredi.
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«J’ai longtemps refusé de m’intéresser au «Cid». J’en gardais un très mauvais souvenir scolaire. Nous avions d’ailleurs tellement chahuté notre prof!» Directeur-fondateur de l’école de théâtre de la Manufacture à Lausanne, Yves Beaunesne a fini par changer d’avis et craqué pour les yeux de Chimène, mettant en scène la fameuse pièce de Corneille en 2016. Au moment où elle arrive au Théâtre du Jorat pour deux représentations, l’actuel directeur de la Comédie Poitou-Charentes se souvient de la redécouverte du texte, des années plus tard, dans une maison de vacances où ne traînaient qu’une dizaine de livres, et de l’avoir dévoré d’une traite.

«Même si Rodrigue déclare qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années, il faut parfois savoir attendre!» Saisi par «cette incroyable histoire de 1637», il est enfin frappé par la modernité du texte, sentiment qui se vérifie lors des premières rencontres avec les acteurs. «Ces jeunes gens étaient aussi captivés que par un film contemporain.» À la fin du processus, le constat demeurait. «J’ai vu des enfants des banlieues médusés en cinq minutes par la musique de cette langue riche et limpide qui leur rappelait peut-être le rap.»

Un texte de quatre siècles

Près de quatre siècles après sa création sur fond de querelle classique, les thématiques continuaient à toucher. «Une histoire d’amour, le rapport aux parents, les interdits sociaux. Et l’honneur: comment défendre son nom en un instant alors qu’on peut désormais se retrouver jeté en pâture, bafoué pour longtemps, sur les réseaux sociaux. Les correspondances avec aujourd’hui étaient nombreuses.» Yves Beaunesne n’a pas pour autant voulu «tourner autour de cette histoire avec micros et vidéos», mais a choisi d’en magnifier les splendeurs historiques. «Le décor était important, je voulais restituer certains aspects de l’Espagne des XIe et XIIe siècles, sous une domination arabe traversée aussi d’échanges culturels. Les mathématiques, la science, mais aussi la littérature, avec des «Mille et une nuits» qui serait aujourd’hui à remettre, pour son érotisme, dans les mains de tous les musulmans.» Les costumes, la scénographie, mais aussi la musique portent cette attention.

Le Belge est encore demeuré fidèle à l’esprit de tragicomédie de cette pièce dont il relève l’humour. «Il y a un élément comique, qui passe souvent par la tendresse du regard. Sur un Rodrigue beau à faire tourner les têtes mais qui va de déconvenue en déconvenue. Chez Corneille, le tragique se teinte de cocasse et de grotesque. Difficile de savoir s’il connaissait Shakespeare, mais on en a le sentiment, car il ne cède jamais complètement à la tragédie sombre, triste et mélodramatique. C’est plus riche que ça.»

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