Tom Tirabosco dévoile son enfance

Bande dessinéeDans «Wonderland», le Genevois raconte la famille, comment il percevait ses parents, ses frères. Mais aussi l’éveil de l’imaginaire et sa fragilité face à l’extérieur

Le petit Tom et son père dans une confrontation allégorique.

Le petit Tom et son père dans une confrontation allégorique.

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Partir à l’aventure sur ses propres terres. Traquer l’enfant au fond de soi. Le ranimer, jouer avec lui dans les souvenirs, cerner les points de cristallisation. Pour ce faire, Tom Tirabosco a mis en place un chantier lent: dix ans de navigation à vue pour aboutir à Wonderland. Sous la forme d’un long roman graphique, ce récit autobiographique court jusqu’à 15 ans. Pourquoi? «C’est dans les premières années que les choses se mettent en place, répond l’auteur genevois. C’est à cette période fondatrice que la sensibilité s’exprime, que naît la confiance au monde. Je voulais parler de ma famille, assez drôle, haute en couleur. Je n’ai pas eu une enfance banale. C’est aussi une manière de rendre hommage à mes parents.»

Le récit n’est pas linéaire. Il y a des échappatoires sur l’histoire de l’art, sur l’opéra que chantait son père. On découvre qui était le Tchèque Zdenek Burian, un des illustrateurs de La vie privée des animaux. La puissance de son dessin mettait en orbite le petit Tom, par ailleurs craintif et introverti («Je viens du ventre noir de la peur»). Ces planches décrochent, oubliant le découpage en cases. Le lyrisme prend alors le dessus. La poésie perce. Et les allégories nous font passer du singulier à l’universel.

Dans l’horizon de l’enfance, deux figures masculines s’imposent: le père et un des deux frères. Les colères du premier, «un colosse de presque 2 mètres chaussant du 46», secouent la famille. Dans un passage, cet ancien basketteur italien, fou de Verdi et peintre du dimanche dans sa cave, se transforme en diable fourchu. Admirables pages sur la filiation. Drôle aussi, ce papa qui pond un œuf à table!

Quant à Michel, qui vient au monde sans mains et avec une jambe mal formée, il bouleverse forcément. Tirabosco montre sa formidable force de caractère, le décrivant comme un taureau qui renverse tout sur sa course. Un dialogue entre les deux frères, en postface, montre que les perceptions de l’un envers l’autre, et vice versa, étaient très différentes de ce qui est conté. Travail sur la déformation du souvenir. La souffrance, le refus des prothèses pour les bras, les opérations, la fausse jambe, l’apprentissage de la flûte de Pan, débouchent sur des moments forts. La mère, dont le père était boucher à Lausanne, et le troisième frère, le benjamin passionné d’insectes et de botanique, occupent l’arrière de la scène.

Les frères et, surtout, le fils de Tom Tirabosco apprécient le livre, qualifié par l’auteur de «rêverie dans le souvenir». Quant aux parents, ils seraient en phase de digestion. «J’ai longuement réfléchi à comment raconter cette histoire, détaille l’auteur. Afin que les souvenirs débouchent sur aujourd’hui, conduisent au regard mélancolique que j’ai sur le temps présent. Il fallait que je me mette à nu. Je raconte des choses frontales sur la famille, je devais rester sincère sur moi. J’ai construit ce livre à la fois comme une autobiographie et un objet fictionnel à la portée dépassant celle du nombril.» Pari réussi avec beaucoup de délicatesse.

Le récit se lit en noir et blanc dans un trait détaillé et charbonneux: un choix personnel, tout comme la technique chère à l’auteur, le monotype, procédé apparenté à la gravure. Wonderland s’inscrit magnifiquement dans le catalogue d’Atrabile, le premier éditeur de Tirabosco. Le titre renvoie au pays des merveilles, clin d’œil à l’univers de Disney et à celui du petit Nemo de Winsor McCay. (24 heures)

Créé: 11.04.2015, 08h52

Note et dédicaces

Wonderland
Tom Tirabosco
Ed. Atrabile, 136p.
En librairie ce lundi
Dédicaces: à la Fnac à Lausanne, le 2 mai dès 14h; chez Payot Lausanne, le 9 mai entre 10h et 12h30

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