Ses tours de passe-passe surgissent dans tous les registres

La rencontreMagicien, comédien et metteur en scène hyperactif, Pierric Tenthorey poursuit sa quête d'un personnage au jeu minimaliste.

Pierric Tenthorey, champion du monde de magie et comédien. (PHOTO:PATRICK MARTIN)

Pierric Tenthorey, champion du monde de magie et comédien. (PHOTO:PATRICK MARTIN) Image: Patrick Martin

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Champion du monde de magie, comédien, auteur, metteur en scène et peintre à ses heures perdues, Pierric Tenthorey est un touche-à-tout, un hyperactif. Malgré la fatigue, il arrive à ne pas trop se faire attendre, tôt le matin. En franchissant la porte du café lausannois, très vite l’excitation surgit, les mains encore froides. «J’ai travaillé la nuit et ce matin, deux moments où on me fout la paix. La nuit, il n’y a pas de limites, je peux rester dans ma bulle. Normalement j’arrive à bosser jusqu’à 3 heures, même si en ce moment c’est difficile, car il y a mes deux gamins qui me réveillent tôt. La petite a 2 mois.» Tout sourire, il use du temps de l’interview pour s’interroger sur sa pratique. Comme un moment de pause dans un programme bien chargé. Il faut suivre: il répète dans la nouvelle création d’Isabelle Meyer, «Un fantôme à l’opéra», où il incarne un magicien, travaille en parallèle sur «Les conquêtes de Norman» dont il cosigne la mise en scène. Sans oublier la tournée actuelle de son spectacle «One Magic Show», la préparation d’un troisième roman, sa première exposition de peinture en cours et des projets de films.

Prêt pour un petit tour de passe-passe?
Non. Je ne suis pas du genre à réaliser des tours sans arrêt. Mes amis de la magie impromptue auraient déjà préparé quatorze effets avec les objets de cette table. C’est une autre façon de fonctionner. De mon côté, je me dirige de plus en plus vers la magie théâtralisée. Il me faut un cadre, un personnage, ou à tout le moins un événement scénique.

En quoi le théâtre vous aide-t-il à être un bon magicien?
Ça n’a rien à voir avec la narration. On dit toujours qu’il faut raconter des histoires. Moi je trouve cette idée un peu cliché. Au théâtre, c’est la situation et le personnage qui m’intéressent. Robert Houdin disait: «Un magicien n’est pas un jongleur, c’est un acteur qui joue un rôle de magicien.» Beaucoup diraient que la magie n’a pas besoin du théâtre pour exister. Je n’y crois pas. Pour moi, ça communique. Mais trop de théâtre ne m’intéresse pas trop non plus. Lorsqu’on parle «d’embarquer les gens» par exemple. Je préfère que le public soit conscient d’être en train d’assister à une pièce. À l’image du ventriloque: on sait très bien que ce n’est pas la marionnette qui parle, sinon ça n’aurait aucun intérêt. La magie, c’est pareil, il faut créer des va-et-vient. Ce que je cherche dans la magie au théâtre, c’est l’effet de distanciation.

Un atout qui vous a fait remporter le titre de champion du monde de magie en 2015?
Je pense, oui. J’ai présenté un spectacle clownesque, pas de la magie rentre-dedans. Ça m’a permis de défendre autre chose. On m’a souvent reproché de ne pas me concentrer uniquement sur la magie, mais de faire du théâtre et d’écrire des pièces. Pourtant mes tours fonctionnent grâce à tout cela. En fait, avec «Homme encadré sur fond blanc», j’ai voulu m’éloigner du monde de la prestidigitation qui ne me plaisait plus trop. Mais ce monde s’y est intéressé et j’ai pu présenter le spectacle dans des congrès. Au XIXe siècle, pendant les grandes heures de l’illusionnisme, certains sketches duraient jusqu’à trente minutes. Aujourd’hui, la magie revient au théâtre, c’est plus simple. Alors qu’il y a une dizaine d’années j’avais de la peine à trouver des lieux pour tourner «Homme encadré sur fond blanc».

Est-ce que vous ne vous perdez pas à force de vous démultiplier?
Depuis que je suis gamin, c’est toujours la grosse question. Non, je n’ai pas l’impression de me disperser. Toutes mes activités se complètent. La peinture m’aide à la mise en scène. Mon premier roman découle de l’écriture d’un spectacle: rien ne fonctionnait pour les planches, alors c’est devenu un texte.

Sur scène, à quoi pensez-vous?
Je suis à l’écoute du public et je reste concentré sur mon monologue intérieur. Même lorsque je ne parle pas, ça me donne le bon rythme, tout en m’évitant de devenir fou.

Vous préférez la parole ou le silence?
Le silence. J’adore Shakespeare, le théâtre de texte, mais encore plus le muet. C’est tellement propre. Quand je retourne dans la parole, je me dis souvent «ferme-la!» Je déteste parler par facilité, alors que je pourrais exprimer une idée avec un simple geste. C’est le plaisir de se faire comprendre avec un froncement de sourcil.

Les comparaisons à Buster Keaton ou Jacques Tati, ça vous enchante ou ça vous bloque?
Bien sûr, ça me fait plaisir. Mais en admirant Buster Keaton, je ne vois pas ce que je peux rajouter, donc ça m’effraie aussi un peu. J’essaie toujours de creuser pour apporter mon petit grain de sable. Et je revendique totalement que la créativité passe aussi par la copie. Mais seulement s’il y a la volonté de faire les choses autrement ensuite.

En magie, quelle a été votre pire frayeur?
On peut toujours se rattraper. Des fois c’est même bien d’accepter la faute. Dans ce cas l’humour aide beaucoup. Avec trop de sérieux, la chute peut être bien dure.

Les autres magiciens vous impressionnent-ils?
Bien sûr. Dernièrement, un magicien japonais m’a complètement bluffé. C’est le but recherché lorsqu’on se retrouve entre nous. Je garde certains tours uniquement pour ces moments-là.

Alors que vos spectacles d’humour et de magie se construisent avec une précision clinique, vos peintures sont souvent abstraites. Un moyen de se relâcher?
Elles sont aussi plus sombres, sortent de mon inconscient. En peinture, je travaille avec des coulures. Je fais une tache en ayant un dessin en tête, puis j’incline la toile. Tout comme avec la magie et le théâtre, c’est une balance entre maîtrise et relâchement.

Créé: 25.01.2020, 13h04

En dates

25 juillet 1981 Naissance à Vevey.

2009 Création d’«Homme encadré sur fond blanc».

1998 Cours de danse classique avec Denis Mattenet.

2005 Stage à la Royal Academy of Arts, à Londres.

2012 Première du «One Man Magic Show» au Festival Diabolo. Proch. dates: Théâtre de Poche de la Grenette (23-26 jan. 2020), Casino Théâtre de Rolle (31 jan. 1er fév.). Théâtre du Martoret à Saint-Maurice (25 avr.).

2014 Publication de son 1er roman «Les aventures de».

2015 Champion du monde de magie (Close-up, FISM).

2016 Création de «Le pélican» au Pulloff, d’après «Le pélican» et «L’Île des morts» de Strinberg.

2017 et 2019 Naissance de ses deux enfants.

2019 Sortie de son recueil «Géographies».

2020 Première exposition personnelle de peinture à la Maison Visinand, à Montreux, jusqu’au 2 février.

14 février 2020 Première de «Un fantôme à l’opéra» d’Isabelle Meyer (Casino de Montbenon).

25 mars 2020 Première de la trilogie d’Alan Ayckbourn «Les conquêtes de Norman» au THL Sierre. Comise en scène avec le Collectif StoGramm.

Sur le vif

Qu’est-ce qui vous endort?

La lecture.

Un plat que vous ne mangerez jamais?

Aucun. Quand je pars à l’étranger, je teste absolument tout.

La personnalité avec qui vous ne partiriez pas en vacances?

(Long silence). Quelqu’un de trop bavard ou un politicien d’extrême droite.

Quelles sont vos mauvaises pensées?

Si je n’apprécie pas une pièce au théâtre, je peux devenir assez méchant. Je suis parfois trop critique par rapport à ce que je vois.

Quel défaut avez-vous hérité de vos parents?

Le fait d’être toujours en retard et l’imprécision temporelle.

Qui aimeriez-vous rencontrer ?

J’ai failli croiser la route d’Anna Karina. Mais j’ai annulé à la dernière une émission où elle était en fait invitée. Maintenant qu’elle est décédée, ça m’emmerde car c’est une des personnes à qui j’aurais eu envie de dire merci.

Votre livre de chevet?

«La vie et les opinions» de Tristram Shandy. Un grand livre humoristique du XVIIIe siècle. C’est l’histoire d’un homme qui n’arrive pas à raconter sa vie. C’est l’antinarration, l’antiégocentrisme. J’en ai fait un monologue que j’aimerais bien reprendre toute ma vie. Cet ouvrage est à la fois formateur et très drôle.

Votre boisson préférée?

Le thé froid de Migros.

Où aimeriez-vous vous produire demain?

À Londres, en anglais. Même avec mon fort accent.

Le comédien qui vous fait avancer aujourd’hui?

James Stewart, pour sa carrière et la façon dont il a affiné son jeu. J’admire aussi Michael Lonsdale. Il a un débit de paroles tellement étrange.

Que changeriez-vous chez vous?

Étonnamment, la procrastination. J’aimerais que la paperasse, les horaires et le rangement pèsent un peu moins sur ma vie professionnelle.

Quels sont vos projets?

Je travaille sur un troisième volet de one man show, après «Homme encadré sur fond blanc» (2007) et «Tigre! Tigre!» (2017) Je veux emmener mon personnage vers le chaos.

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