Trois visages de la création scénique suisse

FestivalA-côté de Milo Rau, figure de proue des créateurs invités à Programme Commun, le public peut découvrir les univers de Boris Nikitin, Lorena Dozio et Phil Hayes.

Le festival Programme Commun réunit les affiches desThéâtre de Vidy, de l'Arsenic et du Théâtre Sévelin 36 durant quinze jours.

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Boris Nikitin, le Bâlois qui bouscule les cadres


«Ceci n’est pas une performance, pas un concert, ceci n’est pas la vraie vie.» Et… Hamlet ne sera, d’ailleurs, non plus pas un Hamlet. Le Bâlois Boris Nikitin (1979) arrive en Suisse romande accompagné de Julian Meding – musicien et performer à la personnalité trouble – avec une performance dérangeante, aux limites du théâtre musical expérimental, du cabaret queer et de la recherche documentaire. Un spectacle qui n’emprunte à Shakespeare que le titre de la célèbre pièce et les contours de son personnage synonyme de folie et de mensonge pour questionner l’identité, la violence, le réel. Être ou ne pas être? Durant un peu plus d’une heure sur un plateau presque nu, Julian Meding, rebelle au crâne et aux sourcils rasés, confronte sa personne (son personnage?) et son histoire au public, dans un monologue âpre et révolté, entrecoupé de silences, d’invectives, de chansons. Sur fonds d’écran géant et aux côtés d’un ensemble baroque, il croise sa biographie à celle d’un Hamlet contemporain. Entre fiction et réalité. Entre séduction et répulsion. Ces thématiques sont au cœur du travail du metteur en scène aux origines suisses et ukrainiennes. Depuis une dizaine d’années, celui qui est également scénographe, créateur d’installation et directeur artistique du festival It’s the Real Thing s’est fait remarquer au plan international par Woyzeck, F wie Fälschung, Imitation of Life et des récompenses obtenues pour sa vision personnelle et abrasive de la représentation théâtrale. Formé à l’Institut d’études théâtrales à Giessen puis aux côtés de René Pollesh et Frank Castorf, l’artiste à l’univers autant punk que féministe évolue à cheval entre les scènes indépendantes et les théâtres institutionnalisés.

(ECAL Je 23 mars et ve 24 (21 h), sa 25 (17 h) et di 26 (14 h). En allemand, avec surtitres français. Rés.: 021 619 45 45 ou programme-commun.ch)


Lorena Dozio, la Tessinoise qui décode l’invisible


Tessinoise installée à Paris, la danseuse et chorégraphe Lorena Dozio (1979) revient en Suisse romande. Elle avait déjà fait des incursions à Genève ou à Neuchâtel. A Lausanne, l’artiste présente Otolithes, sa dernière création qui – en variations déclinées par quatre danseurs – transforme les corps en instruments musicaux et transmetteurs de codes. Le spectacle tire son nom de petits cristaux contenus dans l’oreille interne et se construit autour des chants d’oiseaux ou de langages sifflés pratiqués de par le monde. C’est doux, c’est enivrant. Dans un lent mouvement qui se déploie à la verticale, à l’horizontale surtout, le quatuor fend l’air et l’espace avec un rythme entièrement maîtrisé et une gestuelle nourrie de yoga.

Formée au Dams de Bologna et ensuite au CNDC d’Angers, Lorena Dozio évolue entre la France et la Suisse. Soutenue depuis plusieurs années par Pro Helvetia, elle développe un travail très sensible, attachée au «principe de l’œuvre» plus qu’à la forme pure. Dans ses créations chorégraphiques personnelles ou ses projets cosignés, Lorena Dozio s’intéresse à la notion d’identité, à la perception et au langage commun, à la relation entre le visible et l’invisible, proposant entre autres un cycle de pièces autour de la technologie. A travers des dramaturgies qui évoluent dans la finesse, elle n’hésite pas non plus à arpenter le territoire de l’image ou à nourrir son univers de transdisciplinarité. Cette rare représentante de la scène chorégraphique suisse italienne développe un parcours de plus en plus remarqué sur la scène nationale.

(Théâtre Sévelin 36 Sa 25 mars (15 h 30), di 26 mars (18 h 30). Rés.: 021 620 00 11 ou programme-commun.ch)


Phil Hayes, le Zurichois qui fouille nos récits


Performeur, acteur, réalisateur et musicien anglais installé en Suisse depuis 1998, le Zurichois Phil Hayes (50 ans) a ses habitudes sur les scènes vaudoises. A l’Arsenic où il a présenté plusieurs de ses créations ou projets développés avec des Simone Aughterlony ou Christophe Jaquet. A Vidy, où il a présenté l’an dernier Legends & Rumours, une performance théâtrale hilarante en forme d’exercice de style autour du récit qui construit nos souvenirs ou des événements passés que l’on fantasme souvent comme spectaculaires. Avec un sens très poussé de la dramaturgie, une économie de moyens au profit d’idées exploitées – scénographiquement comme narrativement – dans toutes leurs amplitudes, un amusement communicatif à arpenter la scène et, surtout, un grain de folie tout britannique que l’artiste entretient grâce à ses collaborations avec les Anglais de Forced Entertainment. Dans These are my principles… If you don’t like them I have others (librement traduit par Voici mes principes… si vous ne les aimez pas j’en ai d’autres), Phil Hayes s’amuse avec sa complice Nadia Gambier dans une conversation improbable qui tient de la joute oratoire décalée. Avec malice, les comédiens interrogent l’inconstance de nos choix sur un mode de «plutôt oui ou plutôt non?». Et réussissent à faire douter le public de ce qu’il pense lui-même, le confrontant à ses propres principes. Le théâtre que développe Phil Hayes est ludique autant qu’intelligent, à la recherche de formes scéniques inédites et souvent très simples, où les contours de l’improvisation donnent le ton de pièces en réalité très réfléchies. Délicieux!

(Théâtre de Vidy Je 30 mars (21 h 30), ve 31 (18 h), sa 1er avr. (17 h). En anglais simple. Rés.: 021 619 45 45 ou programme-commun.ch) (24 heures)

Créé: 19.03.2017, 14h15

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