Les Urbaines, aussi, se mettent au queer

FestivalDans l’air du temps, le festival lausannois de création contemporaine remet en question le masculin et le féminin.

Durant tout le week-end, une quarantaine de propositions gratuites sont suggérées.

Durant tout le week-end, une quarantaine de propositions gratuites sont suggérées. Image: DR

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Le monde de l’art peut se faire complice des discriminations. C’est le constat des Urbaines, formulé comme un avant-goût de sa 22e édition qui se déroulera ce week-end entre Lausanne et Renens. Pour combattre le sexisme ambiant, la direction a placé le festival gratuit sous le thème de la parité et du queer. Performeuse trans, DJette au nom travesti le temps d’un set, transformistes: ils seront une quarantaine de raconteurs d’histoires venus de partout. Autant d’hommes et de femmes qui interrogeront à leur manière le genre, à travers concerts, spectacles, œuvres plastiques ou ateliers.

2 et 2. Démultipliée, cette 22e édition annonçait presque automatiquement la parité. Pourtant, la programmation frôle le hasard. «Nous n’avons pas commencé l’organisation en nous imposant des quotas, assure Ysaline Rochat, codirectrice de la manifestation. C’est à la fin du processus que les caractéristiques de l’édition se sont révélées.» Derrière le constat posé, pas de militantisme grandiloquent. «Nous ne voulons pas faire la morale, soutient son binôme Samuel Antoine. Ces dernières années, des artistes intéressants aux identités fluides sont apparus. En tant qu’observateurs des arts émergents, nous avons comme mission de reconnaître leur existence en leur offrant une plateforme d’expression.»

Des sujets actuels

Le respect de la parité et de l’hétérogénéité n’est pas une première. «En 2017, les projets proposés étaient tout aussi inclusifs, continue le codirecteur. Mais nous avions moins mis cet aspect en avant dans notre communication.» À l’heure où la Suisse se dote d’une loi contre l’homophobie, l’action culturelle résonne encore plus fortement.

En 2018, le queer n’est rien de nouveau. Théorique et politique, le mouvement né fin 1980 conteste les catégories binaires liées aux genres, aux sexualités, aux origines. Depuis 2013, La Fête du Slip consacre elle aussi ses festivités lausannoises à ces thématiques. Sa codirectrice Viviane Morey partage le postulat du tandem des Urbaines. «L’univers des arts vivants marginalise les catégories de personnes non privilégiées, comme partout, explique-t-elle. Les institutions culturelles ont la responsabilité de réfléchir aux représentations sociales.»

«Les institutions culturelles ont la responsabilité de réfléchir aux représentations sociales»

La démarche n’est-elle pas une tendance, confinée au monde intellectuel et élitiste? «Les festivals permettent de visibiliser certaines personnes ou thématiques, répond la sociologue. Autour de moi et même plus largement, je vois du changement, dans les gestes, les paroles. Le public comprend mieux les enjeux queers.»

Pour tous les goûts

Des considérations identitaires, oui, mais pas que. Le festival continuera sur sa lancée de toujours, en questionnant la diversité des moyens d’expression, en bousculant les codes de représentation du réel, en brouillant les frontières entre domaines artistiques. Sa dimension utopique veut donner à réfléchir sur nos pratiques et modes de pensée. Mais aussi avant-gardistes soient-ils, les organisateurs des Urbaines se défendent en chœur contre l’étiquette d’intello, critique régulièrement lancée à l’encontre de manifestations culturelles, ici et ailleurs. «Nous voulons mélanger des projets de qualité et assurer l’accessibilité du festival. Le public a toujours été large. Nous fonctionnons beaucoup à l’émotionnel.»

Pour rester ouvert et drainer ses publics, la manifestation subventionnée a toujours évité de reprogrammer les artistes. «C’est un défi, admet Ysaline Rochat, mais c’est très stimulant! Repérer les nouveautés permet de surprendre le visiteur et garantir la diversité.» Décloisonnées, Les Urbaines restent avant tout un festival de découvertes, qui ne veut pas devenir plus grand. (24 heures)

Créé: 07.12.2018, 08h00

Paradoxal

Le festival des Urbaines accueillera de nombreuses premières romandes, suisses et mondiales pour bousculer les genres, identitaires comme artistiques. C’est le cas de «Plight Notions», performance de l’Américain Bully Fae Collins. Perruque vissée sur la tête, il devient Shandy, personnage paranoïaque, loin des paillettes. Dans ses «notions du désespoir», il raconte sa descente aux enfers, en y ajoutant la violence humoristique propre au slapstick comedy.

À l’affiche

Drôles ou plus sombres, les performances autour du queer interrogent la répartition binaire des rôles. Petite sélection de propositions à découvrir ce week-end.

«The New Body»

Lauréat de plusieurs prix artistiques, le Kosovar Astrit Ismaili explore les perceptions sociales en faisant interagir gestes, sons et voix grâce à des capteurs fixés sur son corps. (Les Jumeaux, sa et di 18 h)

«Mother the Verb»

Avec la performance onirique «Mother the Verb», Ivy Monteiro et Javier Stell-Fresquez explorent la maternité dans une perspective queer. (Parc de Montbenon, ve 20 h 30, sa 19 h 45, di 14 h 45)

«Truque Trrah»

Artiste transgenre et immigrée, la brésilienne Mavi Veloso casse les codes. Lors de ses performances «opéra-trans», elle met en lumière les notions de transformation et d’adaptation, avec son corps comme support et vecteur principal. (Le Romandie, sa 0 h 15)

«Superdance»

Pour la chorégraphe Oneka von Schrader, le patriarcat n’est pas une fatalité. Ailleurs, le sexe féminin est synonyme d’un pouvoir bienveillant. Pour cette première suisse, cinq danseuses s’en inspirent et célébreront toutes les couleurs du féminin. (Théâtre Sévelin 36, ve 20 h 15, sa 19 h 30)

Les Urbaines, c’est aussi…

«Velours Avoine»

Chanter la recherche d’emploi, il fallait y penser. La Genevoise Noémie Griess et Carmelo Benzi ont osé. (Théâtre Sévelin 36, ve 22 h 30, sa 21 h 45, di 18 h)

Atelier de cuisine

Pour renouer avec les pratiques gastronomiques qui se perdent. (Bày Hài, di 12 h)

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