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L’usine construite pour léviter

Véritable OVNI architectural à Genève, le Pavillon Sicli est une prouesse due à l’ingénieur Heinz Isler. Désormais centre culturel, il accueille les Design Days fin septembre. Découverte.

La coque de ciment armé qui fait la structure du bâtiment ne repose sur aucun mur porteur.
La coque de ciment armé qui fait la structure du bâtiment ne repose sur aucun mur porteur.
LAURENT GIRAUD

L’édifice a quelque chose du vaisseau spatial. C’est peu dire qu’il est comme un OVNI dans le paysage industriel du quartier de la Praille, à Genève. Le pavillon Sicli étonne par sa silhouette depuis 1970, date de sa construction – ou de son atterrissage, piloté par l’ingénieur suisse Heinz Isler (1926-2009). Dans cette ancienne usine, les murs sont non seulement rares, mais aussi très discrets et c’est le toit qui fait toute la structure. Comme un grand voile blanc gonflé par le vent, il semble flotter au-dessus du sol, à peine posé sur de grandes baies vitrées.

Que ce soit à Genève ou dans le reste de la Suisse romande, c’est un joyau architectural méconnu. Apparemment, des générations d’ados l’ont même confondu avec un fantastique skatepark. Difficile de leur jeter la pierre, à voir sa surface lisse et vallonnée. Près des entrées principales, des panneaux avertissent en tout cas que les patins à roulettes sont strictement interdits. Témoin de l’âge d’or d’une société florissante à l’époque, le logo de Sicli – pour «Secours immédiat contre l’incendie» – trône toujours au-dessus de la porte maîtresse.

Pourtant, l’entreprise de fabrication et de location d’extincteurs a vidé les lieux depuis 2011. Un départ qui a signé la fin d’une histoire de plus de quarante ans, mais aussi, le début d’une reconversion qui n’a pas perdu de temps. A peine une année après la fermeture de l’usine, le Canton de Genève a racheté le bâtiment pour en faire un lieu culturel consacré à l’architecture, à l’urbanisme et au design. Depuis, il offre un cadre unique à diverses manifestations, expositions et conférences, dont les Design Days, qui s’y tiendront du 28 septembre au 1er octobre prochain (voir ci-contre).

Mais l’ancienne fabrique n’est pas seulement en pleine renaissance. Elle pourrait bien accéder à une reconnaissance qui n’a que trop tardé. Car le Canton de Genève ne s’est pas contenté de le racheter. Il a aussi entrepris d’en établir la valeur en s’adressant au professeur Franz Graf, du Laboratoire des techniques et de la sauvegarde de l’architecture moderne de l’EPFL.

«La conclusion de nos recherches est qu’il s’agit d’un monument d’importance nationale, explique-t-il. Pour vous donner une idée, il entre dans la même catégorie que l’immeuble Clarté, de Le Corbusier (ndlr: aussi à Genève), qui a récemment rejoint la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.» Pour l’instant simplement inscrit à l’inventaire des monuments historiques du Canton, le pavillon ne devrait pas tarder à être classé.

URBAN LECTURE - 2014 - Pavillon Sicli from COCOON Productions on Vimeo.

Prouesse technique

Pour tout dire, les bâtiments en forme de coque renversée ne manquent pas dans les années 60, et Heinz Isler est un maître du genre avec plus d’un millier d’édifices de ce type à son actif, en Suisse (principalement alémanique) et en Europe. Mais l’usine Sicli est sans doute l’un de ses principaux morceaux de bravoure. Comme une coquille d’œuf posée sur le sol, ce type de structure n’a besoin d’aucun mur porteur pour tenir debout: c’est sa forme elle-même qui permet au ciment armé de se jouer de la gravité.

A Genève, Heinz Isler a relevé le défi supplémentaire de créer une coque asymétrique avec deux dômes et sept points d’appui couvrant une surface de près de 1000 m2: «C’est sa première et sa seule réalisation du genre, avec une forme originale qui représente une prise de risque au niveau technique», relève Franz Graf. Et d’expliquer que la structure du pavillon n’est pas le fruit de savants calculs, mais d’un procédé aussi intuitif qu’expérimental pour créer des formes qui naturellement absorbent l’attraction terrestre.

«L’architecture de l’époque visait la plus grande performance possible en utilisant le minimum de matière. Ici, l’exercice est poussé à l’extrême. Il n’y a pas un gramme de ciment en trop», remarque Franz Graf. C’est le cas de le dire: l’épaisseur de la coque varie entre 30 centimètres à sa base et 9 centimètres à peine au sommet. Pour la petite histoire, une fois la construction terminée, Heinz Isler est revenu régulièrement à la Praille inspecter sa création. Près de 50 ans plus tard, et sans aucune rénovation, le pavillon Sicli est toujours en lévitation.

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