Le Valaisan nourrit sa passion en trois dimensions

PortraitLe spécialiste des effets spéciaux, Nicolas Elsig, n’a jamais failli à son rêve de gosse. Entre deux blockbusters, il anime le prochain spectacle du Ballet Béjart.

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L’ancien appartement familial niché dans une vieille bâtisse du centre de Sion étant devenu trop petit, il s’est transformé en studio. Sur l’écran géant qui couvre l’entier du mur du salon, Nicolas Elsig projette un portrait de Beethoven. À l’aide d’un logiciel hyperpointu, le Sédunois redessine le visage de l’Allemand en trois dimensions. De profil, ce dernier tourne la tête et sourit. Quinze heures de boulot rien que pour ces quelques secondes d’animation. Mais Nicolas Elsig n’a jamais compté ses heures. Surtout quand passion et travail se confondent. Difficile, même pour lui, de définir en un mot son activité professionnelle. «Je fais de la retouche d’image, du travail de postproduction. Comme compositeur digital, j’assemble des images finales en y intégrant de la 3D et des effets spéciaux.» Son dernier mandat? Créer des animations et des projections pour le nouveau spectacle du Béjart Ballet Lausanne, Dixit, un show articulant cinéma, danse et théâtre mis en scène par Marc Hollogne. L’artiste-technicien permet ainsi aux danseurs de sauter virtuellement dans différents univers, d’une savane africaine au milieu d’un troupeau de flamants roses. Ou encore de redonner vie à Maurice Béjart, à Wagner, à Beethoven…

Discret mais déterminé

Avec son léger accent valaisan, Nicolas Elsig tutoie spontanément. Réservé, voire un peu timide, il se décrit patient et méticuleux. «Surtout quand je redessine chaque cheveu de la tête de Beethoven», plaisante-t-il. Persévérant aussi, si l’on sait qu’il n’a jamais perdu de vue son rêve de gosse. «À 12 ans, je voulais déjà devenir maquilleur d’effets spéciaux.» Biberonné aux Alien, Terminator ou encore Jurassic Park, il fait ses premiers essais grâce à un logiciel spécialisé qu’il installe sur l’ordinateur de son père. Alors que son frère et sa sœur se dirigent vers le gymnase, lui choisit la voie de l’apprentissage. Il se voyait bien aux Beaux-Arts mais la raison l’emporte. Pour faire plaisir à son papa dentiste, il entame une formation bancaire. «Je suis têtu mais pas frontal. J’ai toujours tout fait pour arriver à ce que je voulais. Et je dois dire qu’avec le recul ce bagage commercial n’a pas été inutile.» Une fois son CFC en poche, il enchaîne avec un deuxième, cette fois, en graphisme. Il le démarre à Sion et le terminera à l’EPFL. C’est également à Lausanne que sa future femme, Sylvie, étudie la psychologie. Pendant ses années vaudoises, il se forme le soir en autodidacte et essaie de rencontrer les gens du milieu, peu nombreux – «la plupart s’étaient formés à l’ECAL puis étaient partis aux États-Unis» –, jusqu’à ce jour de 2006 où l’artiste digital Nicolas Imhof le contacte pour lui demander de travailler sur les effets spéciaux de Nos archives secrètes, la série de la RTS. «J’avais réalisé la moitié de mon rêve. Mais ça restait la Suisse…» Nicolas Imhof a toujours été frappé par son énergie à concentrer ses efforts dans un but précis. «Il est doté d’une vraie gentillesse mais sait également être ferme et dire stop au client quand sa demande est irréaliste, explique celui qui est aujourd’hui devenu son ami et le parrain de son fils. Sa force est d’être très proactif.»

À Londres pour «Le livre de la jungle»

Nicolas Elsig retourne s’installer à Sion et se lance en indépendant. Son deuxième coup de pouce viendra en 2015 d’un autre copain du milieu, Vincent Frei, au carnet d’adresses bien rempli. Lors d’un voyage à Stuttgart à un salon international consacré aux effets spéciaux, il rencontre les grosses entreprises spécialisées, celles qui travaillent pour les superproductions américaines. «J’ai simplement allumé la mèche et je l’ai poussé à postuler. Il a fait le reste, se souvient ce consultant en effets visuels. Si on n’est pas compétent, on n’est pas rappelé. Il existe un syndrome assez suisse de modestie. Le fait que Nicolas soit très polyvalent s’est vu dans la démo qu’il a envoyée à Londres.» Trois mois plus tard, le Valaisan part dans la capitale anglaise pour cinq semaines intensives de création d’effets spéciaux sur les films Les Quatre Fantastiques et Le livre de la jungle. Des plans d’une dizaine de secondes pour chacun. Rebelote l’année suivante avec Passengers et Pirates des Caraïbes.

«Sylvie sait que c’est ma passion et me pousse. Pendant mon absence, elle gère nos trois enfants. Elle est incroyable. Tous nos amis sont hallucinés de voir que ça fonctionne.» Le jeune quadra avoue avoir ressenti une sensation douce-amère lors de ses premiers séjours londoniens. Être loin de Jérémie, d’Élisa et de la petite dernière, Amélie, née cette année, reste un crève-cœur. «Mais notre manière de fonctionner montre à nos enfants que ce style de vie est possible.» Les journées anglaises sont intensives. «Je ne fais que bosser, même le week-end. Mais l’année prochaine, pour mon mandat sur Avengers, on va s’organiser pour que Sylvie et les enfants me rejoignent pendant les vacances de carnaval.» À Sion, cette ville «à l’excellente qualité de vie», Nicolas consacre le peu de temps libre qu’il lui reste à bricoler, à modéliser des objets et à imprimer en 3D des gadgets pour ses enfants. «Jérémie est fan de Star Wars. Je viens de lui fabriquer un masque de Dark Vador.» À le voir couver du regard sa fille Élisa, 4 ans, arrivée pendant la séance photos, on l’imagine volontiers papa poule. (24 heures)

Créé: 11.12.2017, 09h44

Bio

1977 Naissance le 14 juillet à Sion.

1999 Quitte le Valais et rejoint Sylvie, sa future femme, qui étudie à Lausanne. Il termine son CFC de graphiste, commencé à Sion, à l’EPFL.

2006 Retour en Valais, où il vit toujours, et première expérience de réalisation d’effets spéciaux sur la série Nos archives secrètes, diffusée sur la RTS. Décide de se mettre à son compte.

2010 Naissance de son fils, Jérémie. Suivront Élisa, en 2013, et Amélie, en 2017.

2015 Postule auprès d’une boîte spécialisée dans les effets spéciaux à Londres et décroche son premier mandat pour Les Quatre Fantastiques et Le livre de la jungle.

2016 Enchaîne avec d’autres blockbusters, comme Pirates des Caraïbes.

2017 Responsable des animations dans les projections de Dixit, le prochain spectacle du Béjart Ballet Lausanne.

Lausanne, Théâtre de Beaulieu

Lausanne, Théâtre de Beaulieu
Du ma 19 au sa 23 déc. (20 h), di 24 (15 h)
Rés.: Ticketcorner
www.bejart.ch

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