[Vidéo] Vaud doit ses trésors ethno à la curiosité d’amateurs éclairés

EthnographieLe MCAH met en lumière ses richesses venues des Amériques et d’Océanie dans une exposition temporaire

Méconnue, la collection ethnographique du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire sera mise en lumière. VIDÉO: NATACHA ROSSEL


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Un masque bleu vif à l’allure peu amène accueille depuis quelque temps le visiteur du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire (MCAH). A ses côtés, d’étonnants objets venus des quatre coins du globe détonnent avec les trouvailles habituellement exposées dans les vitrines de l’institution lausannoise. Eclectique, fascinante, émouvante même, la collection ethnographique du MCAH sommeillait dans les dépôts de Lucens – abri des biens culturels vaudois – depuis des décennies. Il était temps de la tirer de sa léthargie forcée. «Nous nous sommes rendu compte que le musée possédait des lots provenant des Amériques et d’Océanie tout à fait intéressants. Aujourd’hui, nous souhaitons ressortir ces objets de leurs caisses et les montrer au public», s’enthousiasme Lionel Pernet, directeur du musée. Le titre de l’exposition temporaire présentée jusqu’au 23 avril à Rumine résume à lui seul la démarche: «Révéler les invisibles».

Une histoire du canton de Vaud

Bien sûr, la collection du MCAH ne saurait rivaliser avec le Quai Branly à Paris – mais l’intéresse, son conservateur en chef du patrimoine vient donner une conférence mercredi – ni avec le Musée d’ethnographie de Genève (MEG). Cet ensemble hétéroclite détient certes des qualités scientifiques indéniables, mais sa force est ailleurs. Il dévoile un pan méconnu de l’histoire vaudoise. «A partir du XIXe siècle, de nombreux collectionneurs ont donné ou légué leurs biens au musée. L’un de nos objectifs est ainsi de raconter une histoire du canton à travers ces personnalités, reprend Lionel Pernet. Cela nous apprend beaucoup sur le rapport des Vaudois à l’Autre, à l’Ailleurs.»

Souvent autodidactes, ces collectionneurs méritent que l’on s’attarde sur leur parcours d’amateurs éclairés. Héritier des Lumières, humaniste, Benjamin Delessert (1773-1847) constitue une impressionnante collection botanique étoffée de diverses pièces ethnographiques, qu’il cède au musée en 1824. Selon la muséologue Claire Brizon, «il a probablement collecté ces objets par le biais de botanistes» arpentant les territoires lointains. «Nous sommes à l’époque des expéditions de James Cook. Il existe alors un engouement vis-à-vis des autres cultures, des territoires d’outre-mer», rappelle cette spécialiste de l’Océanie.

«A partir du XIXe siècle, de nombreux collectionneurs ont donné ou légué leurs biens au musée»

Un peu plus tardive, la collection de William Morton vaut elle aussi le détour. Au début du siècle dernier, ce richissime Anglais féru d’histoire naturelle, Vaudois d’adoption, a énormément voyagé en Indonésie. «Il a chiné des objets sur place, à Ceylan, à Bornéo et à Sumatra, sourit Claire Brizon. Puis il en a fait don au musée en 1908.» Parmi ses trouvailles, un bouclier dayak figurant un démon aux dents jaunes acérées et au regard d’un rouge hypnotisant fascine autant qu’il tétanise.

Toujours du côté de l’Indonésie, la collection Vogel lève le voile sur les pratiques des datus bataks, guérisseurs des maux de la société dotés de pouvoirs magiques. «A l’instar de nombreux Européens, Hermann Vogel est parti dans ce que l’on appelait les Indes hollandaises pour l’exploitation des terres agricoles et le commerce du tabac, détaille Claire Brizon. Il a constitué une collection exceptionnelle du datu batak, composée notamment de plusieurs livres contenant des incantations pour invoquer les esprits et lutter contre les maladies.»

Avant de dévoiler plus avant cette collection riche de quelque 2600 objets, l’équipe du MCAH doit aujourd’hui s’attaquer à une tâche colossale: inventorier et documenter. «Nous devrons en premier lieu déterminer quand chaque pièce est entrée au musée et par quel biais, explique la chercheuse. Puis nous devrons nous mettre en relation avec des ethnologues qui connaissent l’usage matériel de ces objets.» A terme, l’idée est de les faire voyager via des expositions, mais aussi de permettre à des chercheurs de les étudier.

Un musée universel à Lausanne

Mais avant tout, la collection ethnographique retrouvera ses lettres de noblesse au sein du MCAH après plusieurs tentatives avortées. Beaucoup l’ignorent: un musée d’ethnographie avait vu le jour en 1913 à Lausanne, dans les locaux de l’Ecole de Commerce (actuel Gymnase de Beaulieu). «L’acte politique n’a pas été suivi d’une réelle concrétisation», souligne Lionel Pernet. Plus tard, le MCAH récupère les pièces ethnographiques sans vraiment les mettre en valeur. La collection tombe alors dans l’oubli.

A la tête du musée cantonal depuis deux ans, l’archéologue a décidé de les ramener à la lumière avec l’appui de spécialistes. «Nous souhaitons créer des ponts avec les autres disciplines présentes à Rumine, telles que la zoologie ou la géologie, pour réimaginer un musée universel à Lausanne, expose Lionel Pernet. Il s’agit pour nous d’interroger le monde avec des questions d’aujourd’hui, avec cette diversité de collections.»

Créé: 26.02.2017, 16h41

Conférence

«Le patrimoine dispersé des Kanak»
Conférence d’Emmanuel Kasarhérou
et Roger Boulay
Me 1er mars à 20 h, Palais de Rumine
www.mcah.ch

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