Le vétéran François K n’a pas posé les plaques

InterviewPionnier de la house et remixer star, le Français émigré à New York dans les années 1970 se pose à Electrosanne en légende du «deejaying». Entretien.

DJ pionnier, François Kevorkian a aussi géré un studio d’enregistrement, monté une maison de disques dédiée aux musiques électroniques, Wave,et (re)mixé le son de groupes fameux comme U2 ou Depeche Mode.

DJ pionnier, François Kevorkian a aussi géré un studio d’enregistrement, monté une maison de disques dédiée aux musiques électroniques, Wave,et (re)mixé le son de groupes fameux comme U2 ou Depeche Mode.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Dès ses débuts, François Kevorkian, qui mixe demain au Festival Electrosanne, a été façonné par le rythme. «Dans les années 1970, j’étais batteur, fan de jazz électrique et de funk, donc de Miles Davis et de Herbie Hancock, se souvient le vétéran des platines de 61 ans, contacté au téléphone. Je suis parti à New York parce que c’est là où ça se passait. Sans hésitation, je voulais participer.»

Les rêves promis par la Grande Pomme se paient souvent assez chers et le Français ne fera pas exception. «L’essentiel, à New York, c’est de survivre. J’y suis toujours arrivé, même s’il y a eu des moments difficiles. J’ai fait des boulots comme du nettoyage, de l’assistance à domicile. Des sacrifices nécessaires, ça valait le coup.»

L’émigré n’allait pourtant pas devenir le nouveau Billy Cobham du jazz fusion. Ses rêves d’instrumentiste dérivent rapidement vers une approche plus pragmatique de la musique. «Pour jouer dans un groupe, il fallait se battre: on se retrouvait souvent à une centaine pour une audition. Une fois, un club m’a engagé comme batteur pour que je me produise avec un DJ – c’était physique, il fallait jouer entre cinq et sept heures en continu.

Le boulot de DJ me paraissait plus simple: il n’y avait pas toutes ces répétitions à organiser et tout ce matériel à transporter. Deux-trois sacs de disques suffisaient. Pourquoi ne pas essayer?»

Le son du moment

La fréquentation des clubs lui permet de cerner le son du moment et les attentes du public. «A l’époque, des groupes comme Kool & The Gang, Crown Height Affair, Brass Construction marchaient fort. J’adorais tout ce qui était funk et R&B, mais il y avait aussi des trucs disco plus commerciaux et aussi des choses afros, comme Manu Dibango. Il y avait un son new-yorkais qui naviguait entre la disco Salsoul et Philadelphie et, de l’autre côté, les trucs vraiment funky.»

François Kevorkian met le pied à l’étrier dès 1976 et file dans la nuit. «J’ai tout de suite trouvé du boulot, ça a marché instantanément. J’avais des connaissances musicales, alors que la plupart des DJ ne connaissaient rien à la musique elle-même. Dès le début 1977, je faisais déjà des petits montages sur bande.»

Même en ces temps reculés, les DJ ne se contentent déjà plus depuis longtemps d’enchaîner les disques – les «plaques», dans le jargon – mais génèrent leurs propres versions de certains titres. «La plupart des DJ réalisaient des montages spéciaux, leur «edit», qu’ils gardaient pour eux-mêmes. On travaillait avec les moyens du bord, mais il y avait déjà des effets, du blending, du delay, du phrasing. J’avais une formation de batteur, mais aussi quelques connaissances en électronique. Au début, je ne travaillais pas en multipistes, mais sur un deux pistes. Les boucles se réalisaient à la main, en coupant les bandes au ciseau. On n’avait rien inventé: Pierre Schaeffer, avec la musique concrète, l’avait déjà fait avant nous, même si je ne le savais pas à l’époque, et les Jamaïcains produisaient des versions uniques dès le début des années 1970.»

Ce pionnier du son d’avant la house mais puisant dans le meilleur des musiques blacks écume les clubs mythiques comme le Studio 54, le Paradise Garage ou le Loft, travaille pour le label Prelude et certaines de ses bandes, passées sur disque, seront achetées en bootleg par d’autres DJ.

Sa longévité, François Kevorkian ne la doit pas qu’à une hygiène de vie qui ne connaît qu’un seul excès: la passion pour la musique. «Je ne fume pas, je ne bois pas, je ne consomme aucune substance légale ou pas et je ne me suis pas amusé à multiplier de nouvelles conquêtes sexuelles chaque soir – certains en ont payé le prix au moment de l’arrivée du sida. Je me suis dédié à la musique, au studio…» S’il a pu faire durer le plaisir, c’est qu’il l’a aussi varié.

Dès 1983, il passe à la production, contacté par des «clients» inattendus. Kraftwerk lui demande un remix pour le single Tour de France. «J’ai essayé d’en faire quelque chose de plus funky, même s’ils étaient déjà superfunky!» La collaboration avec les Allemands se poursuivra, elle en amènera d’autres: U2, Eurythmics, Midnight Oil, The Smiths auront droit au traitement sonore de docteur Kevorkian, toujours très «respectueux du cachet d’origine».

En 1990, il mixe le son de Violator, l’album qui porte Depeche Mode au sommet du succès. Il ouvre aussi un studio qui emploiera jusqu’à 20 personnes et, dans les années 1990, se diversifie encore en fondant la maison de disques Wave. Revenu à son premier métier de DJ, devenu passeur de dubstep à New York, il s’amuse de l’éternel recommencement. «Il y a beaucoup de cycles, dans la musique. Il faut savoir s’adapter sans trop souffrir.» Champion de la boucle?

Créé: 02.09.2015, 19h22

Electrosanne par là

Lausanne, divers lieux et clubs
Jusqu’au 6 septembre
(François K, demain à la Place de l’Europe
et conférence sa 16h à l’Hotel du Flon)
Rens.: 021 624 20 25
www.electrosanne.ch

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 8

Paru le 26 février 2020
(Image: Bénédicte) Plus...