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Vevey Images prime un projet à la gloire de la mère et un livre sur des gangs violents

Le Grand Prix et le Prix du Livre ont été sélectionnés ce week-end. Interview de l’artiste Christian Marclay, président du jury.

Christian Marclay a présidé le jury.
Christian Marclay a présidé le jury.
KEYSTONE

Le photographe Hongrois Peter Puklus a remporté le Grand Prix Images Vevey ce week-end avec son projet «The Hero Mother - How to Build a House» qui se propose de mêler photographie, sculpture et installation autour des notions d’héroïsme maternel et de protection paternelle. Sa réalisation sera exposée lors de la prochaine édition du festival, qui aura lieu du 8 au 30 septembre 2018. Le jury d’Images a aussi décerné le Prix du Livre Images Vevey à Jono Rotman, pour son travail aussi documenté qu’esthétique sur les gangs de motards maoris de Nouvelle-Zélande. Cette aide va à la réalisation et la publication de son ouvrage. D’autres prix accompagnent ces deux distinctions principales, parmi lesquelles il faut citer le Mention Lumière Broncolor qui va à Angélique Stehli, étudiante suisse de l’Ecal. Interview de Christian Marclay, artiste très sonique qui a présidé le jury.

Comment se sont déroulés les débats? Ce n’est pas toujours facile. En trois jours, on regarde tellement de dossiers. Plus d’une soixantaine… Au début, cela va assez vite, mais, plus on s’approche des derniers choix et plus cela devient ardu, même si l’accord final s’est fait naturellement, à l’amiable, et que nous sommes satisfaits de rendre des gens heureux.

Que le projet de Peter Puklus, lauréat du Grand Prix, soit multimédia - une dimension beaucoup explorée par Vevey Images - a pesé dans la décision? Il y a évidemment un rapport qui se fait avec le festival, qui n’est pas seulement consacré à la pure photographie. Pendant la manifestation, Vevey devient un musée «in situ» avec des œuvres qui s’adaptent à la ville elle-même, sorte de cadre pour les travaux exposés. Ce filtre a influencé le choix. A Vevey, il n’y a pas l’obsession fétichiste des images en deux dimensions. Avec Peter, il y avait une multitude d’approches et pas strictement de la photo, même si elle reste au centre de son travail et y joue un grand rôle. On sent l’artiste qui veut sortir de la photographie à l’heure où tout le monde l’utilise. Il a envie d’autre chose, de sculpture, d’installation. D’autres rapports qui permettent de repenser son usage dans une visée plus tridimensionnelle.

Le jury a-t-il aussi été sensible aux aspects sociopolitiques de son projet? Je pense qu’il joue un peu avec certains clichés. C’est un jeune papa qui découvre cet aspect de la vie, cette création ultime de la vie qui met au défi son travail de créateur. Il joue donc du cliché de la femme héroïque qui me au monde un enfant et lui qui leur bâtit un logis protecteur. Mais c’est un projet à plusieurs dimensions et qui va certainement encore se développer avec d’autres idées quand l’artiste viendra à Vevey et découvrira les espaces proposés. Le but de l’art est de poser des questions, pas d’accepter les choses, de dérouler un seul point de vue. Je pense que Peter Puklus va nous offrir ça, en “story teller” qui sait raconter des histoires.

Quelle a été votre position d’artiste qui travaille beaucoup avec le son au sein de ce jury? En tant qu’artiste, juger le travail d’autres artistes pousse à être humble. Habituellement, je vois beaucoup d’expos et, quand ça ne me plaît pas, je ne vais pas forcément plus loin que ce constat. Dans un jury, il faut articuler ses choix. Ces trois jours de discussion m’ont beaucoup apporté. Mon regard d’artiste se différenciait de celui des professionnels de la photo qui connaissaient souvent les candidats, alors que je n’en connaissais aucun. Savoir où en est un artiste dans sa carrière, le contexte de son travail, peut biaiser les choix. Ma voix était plus subjective, plus abstraite aussi peut-être.

Un mot sur le Prix du Livre Images Vevey? Le travail de Jono Rotman relève d’une approche très classique, mais sur un sujet très dur. Il a mis 10 ans pour s’infiltrer dans ces gangs de motards. Son livre devrait d’ailleurs comporter d’autres éléments que ses photos: des documents, des interviews. La maquette qu’il nous a transmise a été réalisée rapidement et ne témoignait pas du livre qu’il veut faire - il le rêve comme réalisé par un membre du gang!. Le festival va pouvoir l’accompagner pour réaliser son idée, de manière efficace et cela devrait donner un très beau livre, historique en un sens car cette culture d’outsiders va disparaître.

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