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«Une victoire des femmes n’est pas une défaite pour les hommes»

La chanteuse Yvette Théraulaz donne sa voix à la grève.

Yvette Théraulaz, figure emblématique de l'artiste engagée pour la cause des femmes.
Yvette Théraulaz, figure emblématique de l'artiste engagée pour la cause des femmes.
ODILE MEYLAN

Yvette Théraulaz, allez-vous participer à la grève du jour? Bien sûr, et nous devrions la conduire plus souvent pour que les hommes et les femmes qui doutent encore que nous vivons dans une société faite par les hommes et pour les hommes en prennent conscience. Tout au long de la journée, de la gare à Chailly en passant par le Musée historique, nous allons chanter «L’hymne des femmes»: «Depuis la nuit des temps, les femmes/Nous sommes cell’s qu’on n’veut pas voir/Écrivons notre histoire/Construisons nos espoirs». On ne va pas chanter «Le zizi» de Pierre Perret!

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous? C’est, dans la foulée de Mai 68 – la plus belle révolution du XXe siècle –, prendre son destin en main, mettre des mots sur ce qui nous enchaîne, nous étouffe. L’indépendance économique des femmes est un but important à atteindre, mais l’émancipation ne s’arrête pas là. La parité salariale ne doit pas dédouaner de tout le reste. Il y a aussi les questions domestiques, la parentalité. Le privé est politique. Debout! Changer de paradigme prend du temps, peut-être plusieurs générations même si, depuis #MeToo, il y a une accélération, car tant les femmes que les hommes sont pris dans la domination masculine. Mais il faut souligner qu’une victoire des femmes n’est pas une défaite pour les hommes. On doit changer, mais la domination masculine ne doit pas être remplacée par la domination féminine. Assez des dominations. Je milite pour un élargissement des possibles par-delà les catégories hommes et femmes et les comportements qui leur sont assignés.

Avez-vous subi des discriminations dans votre parcours en raison de votre statut de femme? Évidemment. Beaucoup. Au moment de #MeToo, tout m’est revenu en mémoire. À commencer par mes professeurs de théâtre, des metteurs en scène, des collègues… Le milieu artistique n’échappe pas à la misogynie, aux rapports de force. La promotion canapé existe partout. Tous les hommes ne sont pas pour autant des prédateurs et toutes les femmes ne sont pas des saintes. Au moment où cela se passe, on pense que ce n’est pas important, mais si, c’est important! Dans ma jeunesse, je n’étais moi-même pas émancipée. J’ai mis des années à comprendre. J’ai subi, j’ai été touchée dans mon intimité. Jamais jusqu’au viol, mais pas loin. On subit aussi les remontrances des autres et quelquefois des femmes elles-mêmes, les «Qu’est-ce que tu as fait pour que ça t’arrive?», «Comment tu étais habillée ce jour-là?» Mon engagement féministe a été ma réponse. Après, on m’a foutu la paix. J’étais devenue la peine-à-jouir, la pas rigolote. Quand on ne rit pas aux blagues égrillardes, on nous fait passer pour coincée et rabat-joie. Mais cela ne m’a pas empêchée de continuer à chanter. Et à aimer les hommes. Boris Senff

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