«Vidy est un lieu de débat»

ThéâtreLe style de Vincent Baudriller peut déranger, mais il vise un sang neuf. Bilan et suite du menu.

Vincent Baudriller, directeur de Vidy, adore les «disputes» dans le foyer du théâtre

Vincent Baudriller, directeur de Vidy, adore les «disputes» dans le foyer du théâtre Image: VANESSA CARDOSO

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Deux mois après l’ouverture de la nouvelle saison du Théâtre de Vidy, la poussière (et la mousse) du spectacle d’ouverture, Idiot! de Vincent Macaigne, est à peine retombée qu’il est déjà l’heure pour Vincent Baudriller de présenter la fin de sa saison, de février à juin 2015, et de dresser un premier bilan de ce démarrage crissant qui a bousculé les habitudes de certains réguliers de l’institution.

Quelques réactions outrées ont même été entendues. «Pour Vidy, élargir le public est un enjeu important, je dirais même une question de survie, assure le directeur. Le public fidèle, qui a accompagné l’aventure initiée par mes prédécesseurs, Matthias Langhoff et René Gonzalez, doit être élargi à d’autres générations et il faut qu’elles se croisent.»

Certaines cartes d’adhérents n’ont ainsi pas été renouvelées, mais sans que cela inquiète le timonier des salles de Vidy. «D’autres les ont aussi remplacées. Je suis souvent dans le foyer, à la fin des spectacles. Après celui de Romeo Castellucci, j’ai parlé à des dames d’un certain âge qui semblaient troublées, un peu perdues et qui s’interrogeaient. A côté, il y avait des spectateurs d’une trentaine d’années qui défendaient l’œuvre. Ils ont tous fini par parler ensemble pendant une heure. C’est l’idée: le théâtre doit être un carrefour d’ouverture et de débat. Idéalement, j’aurais voulu organiser une rencontre avec le public pour Romeo, mais cela n’a pas été possible. Nous la ferons peut-être l’an prochain, quand il reviendra.»

Les chiffres ne viennent pas démentir le discours de Vincent Baudriller. Le taux de fréquentation serait pour l’heure de 85% (dont 20% d’invitations – particulièrement nombreuses lors du week-end d’ouverture), contre 77% lors de la saison dernière, avec une proportion identique d’invitations. «C’est un peu mieux que l’an dernier. Actuellement, il y a 3700 cartes d’adhérents contre 4100 l’an dernier, mais en fin d’année. Le cadre est plutôt très bon, surtout pour une saison de transition.» Les promesses d’un changement de programmation ont aussi pu exciter la curiosité et il faudra donc attendre la fin de saison pour une estimation plus précise de l’évolution du public face à la nouvelle donne de Vidy, à son moteur plus raccord avec la création contemporaine.

«C’est trop pour Lausanne»

Les surprises, les propositions radicales ou exploratoires ne devraient en tout cas pas manquer. «J’ai pu entendre, ici ou là, des gens dire que «c’était trop pour Lausanne», poursuit le directeur. Mais je ne crois pas, tous les échelons de la création théâtrale, des compagnies romandes aux internationales en passant par les nationales, doivent être représentés.»

La présence de ce qu’il appelle des «marqueurs» du théâtre d’aujourd’hui – citant Vincent Macaigne, Romeo Castellucci, Boris Charmatz – lui paraît indispensable. «Même si l’on n’a pas forcément à se conformer à leurs esthétiques, ce sont des points de référence.» Au passage, il se réjouit de l’accueil de l’Idiot! de Vincent Macaigne à Paris. «Il a fait l’événement dans deux lieux, le Théâtre de la Ville et Nanterre-Amandiers, et il a bénéficié d’une couverture médiatique hors du commun, sous la bannière de Vidy.»

D’ailleurs, si ce n’est pas «trop» pour Lausanne, selon Vincent Baudriller, c’est parce qu’il croit à l’émulation internationale de la région. «Lausanne est une capitale. Avec ses entreprises, ses écoles, comme l’EPFL, ses institutions culturelles.» Et il n’hésite pas à rêver à un pôle de création contemporaine de niveau européen, pour autant que certaines passerelles entre Vidy, l’Arsenic (qui présentera un programme commun du 18 au 29 mars prochain), la Manufacture et l’ECAL se renforcent.

Pour l’heure, c’est encore le programmateur de Vidy qui doit convaincre de la suite des opérations. Déjà annoncés, les spectacles de Christoph Marthaler (Das Weisse vom Ei (Une île flottante), à la fin du mois, et de Matthias Langhoff (Cinéma Apollo), dès janvier, nourriront probablement encore quelques passions critiques – et pas seulement les détracteurs du «K» de la Kantine, hommage à la tradition alémanique. La fin de la saison se profile directement sur une réflexion au rapport au texte – mais aussi aux auteurs, sous l’intitulé «Écrire un théâtre». «Les premiers spectacles de la saison jouaient d’un théâtre du mystère, de l’énigme, qui ouvrait plus de questions que de réponses.»

Les questions devraient demeurer, mais le rapport à la langue passera par des auteurs d’époques et de styles très variables, de Shakespeare à Ramuz en passant par Pasolini et Houellebecq, qui ne devraient laisser personne indifférent. On y trouve même une Encyclopédie de la parole de Joris Lacoste, idéale pour qui cherche le débat et veut trouver les bons mots.

Créé: 09.11.2014, 15h02

Sélection

Du 3 au 13 mars Stanislas Nordey, Affabulation de Pier Paolo Pasolini.
Du 18 au 29 mars «Programme Commun», avec l’Arsenic.
Du 19 au 22 mars Angélica Liddell, Carta de San Pablo a los Corintios et Tandy. <
Du 19 au 21 mars Romeo Castellucci, Giulio Cesare et Pezzi Staccati.
Du 21 au 24 avril Maguy Marin, Singspiele et BiT.
Du 28 avril au 10 mai Guillaume Béguin, Le manuscrit des chiens III de Jon Fosse.
Du 29 avril au 1er mai Julien Gosselin, Les particules élémentaires de Houellebecq.
Lausanne, Théâtre de Vidy
Rens.: 021 619 45 45
www.vidy.ch

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