La vieille ville de Delémont se met aux phylactères

CulturePremière édition des Rencontres suisses et internationales avec Zep en Grand Trissou.

Virginie Augustin, l’auteure d’«Alim le tanneur», en pleine séance de dédicace vendredi à Delémont’BD. Image: Keystone

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Tout d’abord le lieu: Delémont jouit d’une vieille ville au charme préservé. Son périmètre est resté intact: fontaines et bâtiments du XVIIe siècle, château du XVIIIe. Or voici que ce bourg se convertit aux phylactères. Et flottent les drapeaux du Jura mélangés aux jaunes à l’effigie de Titeuf. Car Zep, invité d’honneur de ces premières Rencontres suisses et internationales, se retrouve partout à travers sa créature. Mélange passé-présent: il y a fort longtemps, alors que le patois fleurissait encore en seigneur, on disait plutôt Trissville que Delémont. Zep, grand manitou de la BD suisse et enfantine, est donc devenu le premier Grand Trissou.

Philippe Duvanel, directeur artistique de Delémont’BD, commente: «Nous voulions mettre en avant la qualité de la création suisse. Zep s’impose et cumule les qualités d’auteur suisse, d’auteur phare et d’auteur lisible. Quant au choix du mot «rencontres», c’est pour souligner la convivialité.» Elle s’incarne un peu partout. Chez cette dame qui vous invite à prendre possession du banc à l’ombre au bas de chez elle. Avec Christa, la sommelière de l’Hôtel du Bœuf, qui s’enthousiasme: «L’engouement des bénévoles est magnifique. Ici, dans la vieille ville, tout le monde met la main à la pâte du succès de la manifestation. Espérons que les températures ne feront pas fuir les gens vers les piscines.»

Le taquin Etienne Lécroart

Rien de mieux pour la fraîcheur que l’épaisseur des vieux murs. Les bouquinistes sont installés dans le château et la librairie, dans une des ailes qui sert de salle de sport. Derib expose, en avant-première et dans une cave du XVIIe, les crayonnés du Galop du silence, sa nouvelle œuvre axée sur l’élevage des chevaux des Franches-Montagnes. Etienne Lécroart, pilier de l’Ouvroir de la bande dessinée potentielle, cousine du fameux OuLiPo cher à Raymond Queneau, montre aussi ses œuvres peintes sur bois dans un entresol historique. Ce taquin amuse la galerie avec des planches dont les éléments peuvent se monter de deux façons. Le sens change radicalement. Ce qui provoque l’hilarité et l’admiration de Nils, étudiant de Courrendlin.

Moins fraîche mais insolite, car installée dans une ancienne boucherie, l’exposition des couvertures Artima. Et le visiteur de décoller sur les représentations de l’espace des années 1950 avec les publications Météor, Spoutnik et Atome Kid des Editions Artima. A deux pas, la rétrospective Zep le montre au dessin entre 8 ans et 48 ans. Deux planches inédites et la couverture du prochain Titeuf à paraître en août, Bienvenue en adolescence, dévoile sa soif de grandir. L’expo, par petites touches, une centaine d’originaux, fait le tour de toute sa production.

Un côté vintage

Lorsque Mezzo découvre la scénographie de «Love in Vain» (lire ci-contre), il s’exclame: «C’est très bien, ce lieu intime, pour des petites planches! J’aime les boiseries, cela procure un côté vintage, comme le livre. Quant à ces sortes de vitraux, agrandissements de mes dessins, ils sont colorés comme dans les églises, car il ne faut pas oublier que le blues est une chapelle.» Et d’avouer que c’est en lisant Keith Richards et Brian Jones, en fan des Stones, qu’il en est arrivé à Robert Johnson.

Côté presse, Delémont’BD montre le dessinateur suisse Peter Gut, ignoré de ce côté-ci de la Sarine, et rend hommage à Cabu et à Wolinski.

Neuf expositions, cinquante auteurs, dont une moitié de Suisses et de Jurassiens, Delémont’BD organise tout au long du week-end, parallèlement aux séances de dédicace, des rencontres, des animations, des projections et des concerts.

Jean-Claude Mézières s’entretiendra de son Valérian. Noyau peindra au doigt. Rosinski réalisera en direct le portrait de ses personnages. Les adeptes d’heroic fantasy se réjouiront de la présence de Patrick Boutin-Gagné, venu tout spécialement du Canada. Il y aura des conférences sur la Première Guerre mondiale et sur la fusée de Tintin. Quant à l’incontournable Zep, il répondra aux questions, dimanche, par la seule magie de son dessin. (24 heures)

Créé: 04.07.2015, 16h14

Infos pratiques

Delémont, divers sites
Jusqu’à dimanche (9 h-18 h)
www.delemontbd.ch

Les noirs de Mezzo résonnent de profondeur. (Image: DR)

«Love in Vain» version Mezzo

En entrant, on entend le blues de Robert Johnson (1911-1938). Cette voix connue semble sortir d’une vieille radio des années 30. Sur les murs sont tendus les originaux à l’encre de Mezzo. Vous savez, l’hallucinant dessinateur du «Roi des mouches». Cette fois, il retrace la vie très noire d’un des plus formidables bluesmen de tous les temps. L’auteur de «Love in Vain», le tube des Stones – et de beaucoup de musiques déchirantes que se sont appropriées Dylan, Clapton, Led Zeppelin et les Blues Brothers – est mort à 27 ans, sans doute d’un empoisonnement, mais déjà rongé par la bibine et la syphilis.

Les noirs de Mezzo résonnent de profondeur. La vie de Johnson (scénarisée par Jean-Michel Dupont) se consume comme une torche vive. Dans le livre paru l’an dernier chez Glénat, c’est le fourchu qui tient le rôle du narrateur. Et cet enfer est plus réel, moins fantasmé, que celui de Dante. Entre réalisme et expressionnisme, sorte de ligne claire de l’obscur, le talent du dessinateur évoque Chester Gould, Crumb et les gravures de Frans Masereel. Le voyage (sexe, blues et alcool), des champs de coton aux ambiances ségrégationnistes du Mississippi, mène à Chicago et à Harlem. Vingt-sept ans, comme Hendrix, Morrison, Joplin…

Sur les traces d’une mèche célèbre

Titeuf, le personnage de Zep, sert de fil rouge à Delémont’BD. A la gare, le voici taillé à la tronçonneuse dans la masse d’un chêne par Michel Schmid, de Cornol. Le géant a la figurine de Titeuf dans sa poche et remarque: «Ce personnage est bourré de petites subtilités, de détails et d’astuces. Il ne possède pas un nez de sept nains.»

L’Ajoulot a choisi un fût de 75 centimètres de diamètre pour sortir du bois le héros des préaux. En l’air, il flotte sur des drapeaux. Dans maintes vitrines, il fait de la retape à travers l’affiche du festival. Chez un pharmacien, il dit ce qu’il faut lire en bande dessinée. Chez un boulanger, le voici immortalisé dans deux gros pains. Sa mèche démesurée sert de flèche sur la façade et sur le sol de l’exposition Zep. Et, dorée par des enfants des écoles, elle donne un sacré coup de jeune à la grille et aux armoiries du château.

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